Le 16 mars 2017, il avait créé la surprise générale en succédant à Aïssa Hayatou à la tête de la Confédération africaine de football (CAF). A peine trois ans plus tard, il fait déjà l’objet de soupçons dans la gestion si l’on croit le rapport établi par Fatima Samoura. La secrétaire générale de la FIFA a été désignée par l’instance mondiale pour superviser les transactions financières à la CAF. Le rapport qu’elle a établi fait état de nombreuses irrégularités. Ahmad Ahmad et ses proches collaborateurs auront des comptes à rendre. Le Malgache jouerait même sa tête.

Par Mohamed Touileb
L’audit décidé par la FIFA pourrait être fatal pour les personnalités phares de la structure footballistique suprême en Afrique. On parle d’un trou financier de 24 millions de dollars. Soit près de la moitié de la subvention de 51 millions de dollars accordés par la FIFA, entre 2015 et 2018, qui est sans traçabilité. Quelques détails : Cinq virements seulement, d’une valeur de 1.6 million de dollars, ont été justifiés sur quarante examinés. Soit 35 autres, réunissant la somme de 8.4 millions de dollars, à la destination inconnue. Ainsi, les auditeurs évoquent «des éléments potentiels de mauvaise gestion et d’abus de pouvoir ont été découverts dans des domaines clés des finances et des opérations de la CAF.» Il n’en fallait pas plus pour que Gianni Infantino, qui prône une posture ultra-patriarcale quand il s’agit d’Afrique, réagisse. «l’argent de la FIFA sert à développer le football dans le continent et non le mettre dans les poches des dirigeants. J’espère que le président de la CAF a réalisé que je vais être sévère contre la corruption», a-t-il mis en garde. En langage plus clair, l’Italo-Suisse a Ahmad Ahmad et ses bras droits dans le collimateur. Même si l’enveloppe en question a été accordée en 2015. Epoque où le Camerounais Hayatou était toujours au commandement de la CAF.
L’allégeance ou la destitution ?
Toutefois, il faut savoir aussi que cela peut être une manœuvre d’Infantino pour préparer le terrain à une « inféodation » de la CAF à l’organe planétaire de la gestion de la balle ronde. Surtout que la FIFA envisage d’investir 1 milliard de dollars pour « moderniser » le football africain. Mais, avant cela, il faudra que l’Afrique accepte certaines propositions, qui ressemblent à des recommandations d’ailleurs, comme organiser la Coupe d’Afrique des nations une fois tous les quatre ans au lieu de rester un rendez-vus biennal comme ce fut le cas depuis la création de ce tournoi. Ces « griefs » que les examinateurs sont en train de collecter serviront, peut-être, comme un moyen de pression sur les décideurs à la CAF pour avaliser les propositions de la FIFA sans trop de scepticisme.
En tout cas, les éléments à charge contre Ahmad Ahmad commencent sérieusement à s’empiler. Entre les accusations d’harcèlement sexuel, la mise en garde-à-vue l’été dernier à Paris pour une affaire de paiement douteux versé à une société d’équipements gérée par un proche et les révélations de ce rapport, on peut croire que le successeur de Hayatou verra sa cote prendre un sérieux coup. n