Plusieurs économistes estiment que dans le contexte de double crise sanitaire et économique mondiale, les projections et objectifs à partir desquelles a été établi le projet de texte sont difficilement réalisables, taux de croissance du PIB à hauteur de 4%, excédent de la balance commerciale et stabilisation des réserves en devises en 2021 avant d’atteindre 50 milliards de dollars en 2023.

Le Budget de l’Etat contenu dans le projet de loi de finances 2021 adopté comporte plusieurs incertitudes relatives aux hypothèses ou fondamentaux sur lesquels a été établi ce texte. Pour l’économiste Mahfoud Kaoubi, qui est intervenu hier dans l’émission «l’Invité de la Rédaction» de la Chaîne III, les projections sur notamment le taux de croissance, près de 4% en 2021, sont peu réalistes. Ce seuil ne peut être atteint, a-t-il ajouté, qu’avec l’application de réformes structurelles : réforme du budget, de la fiscalité, de l’administration, privatisations. Le projet de loi de finances ne prévoit pas de changements fondamentaux en la matière. Qui plus est, parvenir à atteindre cet objectif est d’autant plus incertain que la loi de finances 2021 n’a pas prévu de mesures complémentaires pour atténuer l’impact de la pandémie Covid-19 sur les entreprises et le pouvoir d’achat des travailleurs, attendues par les entrepreneurs et les salariés depuis plusieurs mois. L’autre incertitude pointée du doigt par l’économiste est l’évolution du prix du baril. La loi de finances 2021 prévoit un baril de référence de 45 dollars en 2021. Rien n’est sûr, cette moyenne de prix du baril peut être atteinte l’an prochain, avec les incertitudes sur la croissance des pays de l’OCDE en 2021. Paradoxalement, en dépit d’une situation de crise économique, le projet de loi de finances 2021 n’introduit pas de changements, en particulier, au chapitre des dépenses publiques, a-t-il observé. Les dépenses budgétaires totales ont augmenté de 10% perpétuant la tendance baissière s’éloignant de la trajectoire budgétaire à moyen terme tracée par le nouveau modèle économique de 2016, a souligné le spécialiste. Outre le déficit du budget, celui du Trésor affiche également un record, plus de 3 000 milliards de dinars. Rien n’indique, également, que l’administration fiscale puisse recouvrer les recettes fiscales ordinaires projetées dans le projet de loi de finances 2021. Ces déficits ont pour conséquences d’alimenter les pressions inflationnistes et d’accentuer la dégradation de la situation économique du pays, a-t-il averti. La loi de finances 2021 prévoit, néanmoins un excédent de la balance des comptes courants et, partant, un excédent de la balance commerciale réalisé à travers une réduction importante de la facture importations. Ce qui justifie la stabilisation des réserves de change à 46 milliards de dollars en 2021. Plusieurs spécialistes de l’économie nationale sont sceptiques quant à la réalisation de cet objectif.
«Les prochaines années seront difficiles»
Compte tenu de cette situation financière compliquée, Slimane Zeghdar, le président de la Commission finances de l’APN, a, dans son intervention à l’issue de la séance d’adoption du texte, affirmé que la crise sanitaire dans le monde a exercé des pressions sur l’activité économique mondiale et que les prochaines années seront difficiles en Algérie si des moyens ou solutions ne sont pas trouvés pour dynamiser l’économie nationale, mettre fin à l’utilisation guère rationnelle de l’argent public et à la dépendance aux hydrocarbures. Le ministre des Finances, Aymène Abderrahmane, lui, dans son intervention à l’issue de la séance de vote des députés sur la loi de finances 2021, a affirmé qu’il va falloir mobiliser des sources de financement des finances publiques hors budget de l’Etat, c’est-à-dire par le marché financier. Il a indiqué à la presse, en marge de cette séance d’adoption, que le déficit budgétaire record prévu en 2021, plus de 2 700 milliards de dinars, sera financé par le marché financier.

«Le déficit budgétaire financé par le marché financier»
Qu’est-ce qu’entend le premier responsable du secteur par marché financier ? Un expert du domaine, qui a requis l’anonymat, précise qu’il s’agit de la levée de fonds : emprunts obligataires, recours à la finance islamique. Pour le spécialiste, le gouvernement cible la mobilisation de l’argent informel à travers la finance islamique. Réussira-t-il à mobiliser cette énorme manne financière ? Ce n’est sûr. Pour un autre spécialiste, ce n’est pas une solution qui peut financer cet énorme déficit du budget, mais un package de remèdes dont, avant tout, une meilleure appréhension de l’assiette fiscale et une meilleure collecte de l’impôt. La loi de finances 2021 ne garantit pas, en outre, qu’une portion importante de ce déficit soit gommée avec une plus grande efficacité des services fiscaux. <