La mouture du projet de révision de la Constitution a été adoptée, hier, quasiment à l’unanimité par les membres du Conseil de la nation. Sur un total de 128 voix (111 présences et 17 procurations), 127 se sont exprimées par «oui» contre une seule abstention. Ainsi, après avoir eu l’aval de l’Assemblée populaire nationale, jeudi dernier, c’est sans peine que le projet de la Loi fondamentale a franchi le cap du Conseil de la nation. Le Parlement dans ses deux chambres a donc donné son quitus en attendant le grand test populaire que sera le référendum prévu le 1er novembre prochain.

Durant la séance plénière qui s’est déroulée en présence du président du Conseil de la nation par intérim, Salah Goudjil, du Premier ministre, Abdelaziz Djerad, et des membres du gouvernement, les sénateurs ont entendu une présentation des grands axes contenus dans le projet de Constitution. Le Premier ministre a d’abord tenu à noter que le projet d’«une nouvelle Loi fondamentale est l’un des 54 engagements du président de la République lors de sa compagne électorale», et ce, «en réponse aux revendications du peuple qui aspire à bâtir un Etat jouissant d’une véritable démocratie». Un Etat qui est appelé et qui doit être «capable de relever les défis qu’imposent la réalité du terrain et la conjoncture au niveau international», a déclaré M. Djerad.
La nouvelle Constitution «consacre les principes fondamentaux de l’Algérie que sont l’Islam, l’Arabité et l’Amazighité, ainsi que l’unité de son peuple et la préservation de son territoire, des acquis qu’elle a eus et su préserver à travers son histoire». Le nouveau texte sera «une étape importante pour la construction d’une Algérie moderne, au service du peuple et qui puise sa force dans la volonté du peuple», a ajouté le Premier ministre, en enchainant qu’il sera également «le début de réformes profondes dans la gestion des affaires de l’Etat, comme la lutte contre la bureaucratie, la décentralisation, la lutte contre la corruption, ainsi que la moralisation de la vie politique en séparant l’argent du politique notamment».
La Constitution révisée consacre «la séparation des pouvoirs exécutif et législatif» et aspire à doter le pouvoir législatif d’une «véritable indépendance», à travers les différents instruments et lois relatifs à ses missions, selon M. Djerad, pour lequel, sur le chapitre du pouvoir judiciaire, «les droits, les libertés et l’égalité des citoyens sont garantis, de même que la liberté d’expression pour les journalistes» dans le projet de Loi fondamentale, car ce sont «les bases d’un Etat moderne». Il faut aussi donner «la considération qui sied à la société civile» dans le sens où elle doit «participer à tout ce qui se fait dans le pays», ainsi qu’à «la jeunesse algérienne qu’on veut encourager, car les jeunes ont prouvé, dans plusieurs domaines (technologiques et autres) qu’ils sont la vraie richesse du pays. Ils sont l’avenir du pays». C’est tout cela qui «permettra au pays de retrouver sa place dans le concert des Nations, notamment dans la géostratégie», a assuré le Premier ministre. La Constitution se veut aussi garante de «la stabilité du pays, de la liberté d’investissement et de commerce, et ce, à travers des mécanismes», dans l’objectif de parvenir à «passer d’une économie de rente à une économie productive». Bien sûr, en associant «la diaspora algérienne à l’étranger et en maitrisant les nouvelles technologies, la numérisation, etc.».

Préservation de l’unité nationale
Le Premier ministre est revenu sur un autre point de la Constitution, à savoir «le renforcement de l’unité nationale et sa préservation contre les toutes les manœuvres qui tenteront de la déstabiliser», estimant que le nouveau texte «met un point aux dérives qui touchent à l’unité nationale et déstabilisent les institutions». Il assurera, par la suite, que la Loi fondamentale proposée se veut, par ailleurs, garante d’«élections propres et transparentes», avant de souligner que la date du 1er novembre pour le referendum populaire a été choisie car c’est «un symbole du sacrifice de nos martyrs», tout comme le «choix de la Déclaration du 1er Novembre 1954 comme base dans la nouvelle Constitution», a-t-il dit, avant de rendre hommage au «Hirak qui a fait tomber le régime corrompu pacifiquement». C’est ainsi qu’il a réitéré que la nouvelle Loi fondamentale «garantit les libertés, préserve l’unité nationale loin des discours haineux et de tout extrémisme, dans le respect de la Constitution et des lois de la République», assurant que l’Etat préservera son cachet social au profit de tous les Algériens, sans aucune distinction, encouragera l’économie productive ainsi que l’exploitation rationnelle des richesses pour les préserver pour les générations futures.
Le Premier ministre s’est également exprimé sur «l’Armée nationale populaire (ANP)» qu’il a qualifiée de «pilier sur lequel repose l’Algérie» et qui «n’hésite pas à faire preuve de sacrifice à chaque fois que le devoir l’appelle», notant que selon la nouvelle Constitution, elle pourrait sortir pour des missions de paix à l’étranger.
D’autres points contenus dans le nouveau texte ont été présentés aux membres de la Chambre haute, dont les prérogatives du Président, les cas de nomination d’un Premier ministre ou d’un Chef de gouvernement, le pouvoir judiciaire, etc.
Intervenant à la clôture de la séance juste, le président du Conseil de la nation par intérim, Salah Goudjil, a lancé «un appel à tous les Algériens d’aller voter en force le jour du référendum», considérant que la nouvelle Constitution sera «le premier jalon pour la construction d’une Algérie nouvelle». n