Maintenant que la production du vaccin chinois contre le Covid-19 CoronaVac est lancée en Algérie, les attentes sont du côté de la production du vaccin russe Sputnik V dans le pays. Selon toute vraisemblance, ce projet serait opérationnel vers «la fin de l’année» ou «éventuellement l’année prochaine», selon les déclarations des uns et des autres des responsables des autorités sanitaires, après que son lancement eut été initialement programmé pour fin septembre ou début octobre.

PAR INES DALI
Le rallongement du délai de la production du vaccin russe est expliqué par l’élargissement du partenariat algéro-russe dans le domaine pharmaceutique à d’autres produits, comme la fabrication des médicaments d’oncologie.
Mais la question ne se pose pas tant sur les délais que sur les quantités qui seront produites en Algérie. Des observateurs font remarquer que le pays produit déjà le CoronaVac, dont la cadence de production ira crescendo : un million de dose en ce mois d’octobre, 5,3 millions de doses dès janvier 2022, puis 100 millions de doses par an.
Avec la prochaine entrée en production d’un deuxième vaccin sur le marché national se poserait alors la question du risque d’un «surplus de production» qui pourrait conduire à un surstock, et ce, alors que la pandémie pourrait avoir connu un déclin. Un questionnement, somme toute, légitime que se posent certains, à savoir que pourrait-on alors faire de millions de doses de vaccins qui pourraient ne pas être utilisés. La réponse serait probablement dans le fait que l’Algérie ambitionne d’exporter les vaccins qu’elle aura produits, notamment vers les pays africains. Mais avant de passer à l’exportation, il faut d’abord satisfaire le marché local. A ce propos, le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS) a déclaré, avant-hier, que l’Algérie devrait «vacciner plus de 35 millions de personnes pour atteindre l’immunité collective». Selon les dernières statistiques communiquées la semaine dernière, il y aurait quelques 10 millions de personnes ayant reçu les anti-Covid-19. Il reste, donc, 15 millions de personnes pour lesquelles il faut assurer 30 millions de doses, sachant que chaque personne a besoin de deux injections d’anti-Covid.
Ce n’est qu’une fois la vaccination des Algériens terminée que l’option de l’exportation entrerait en lice, avec une participation active au programme africain de vaccination. L’Afrique représente un marché à fort potentiel, sachant que les pays de ce continent sont les moins vaccinés au niveau mondial. «L’Afrique est le continent où le taux de vaccination est le plus bas à travers le monde», a alerté l’Organisation mondiale de la santé il y a quelques jours, précisant que seulement «2% des 6 milliards de doses administrées à l’échelle planétaire l’ont été en Afrique». D’où l’opportunité du marché africain qui reste sous-vacciné.
Pour arriver au stade de l’exportation, beaucoup d’étapes restent encore à franchir, dont la production du vaccin Sputnik V qui viendra renforcer les capacités de production de l’Algérie. L’Agence nationale de sécurité sanitaire viendra prêter main forte au ministère de l’Industrie pharmaceutique qui a la charge de faire aboutir ce projet. La contribution de l’ANSS a été mise en exergue par son premier responsable, qui a relevé le «rôle pivot dans la gestion de l’opération de production du vaccin anti Covid-19 à travers sa participation à la Commission nationale chargée de la production du vaccin au plan national».

Un Centre de recherches dans les épidémies et les vaccins
Indiquant que l’instance qu’il supervise contribue à «l’étude du dossier» de la production du vaccin russe en Algérie, le Pr Kamel Senhadji a souligné «l’éventualité d’entamer la production de ce vaccin l’année prochaine». Entretemps, l’Agence de sécurité sanitaire s’est lancée dans un travail anticipatif sur d’éventuelles autres épidémies, selon son président. «Un travail est en cours pour la réalisation d’un centre national de quarantaine supervisé par l’Agence nationale de la sécurité sanitaire, et ce, dans le but de maîtriser les épidémies susceptibles de se propager», a-t-il révélé.
Il a ajouté que ledit centre sera accompagné par un autre, à savoir «un centre de recherches spécialisé dans les épidémies et les vaccins». La leçon de la pandémie de Covid-19 semble avoir été assimilée et la mise sur pied d’un centre de quarantaine mais aussi d’un centre de recherche dans ce domaine est l’une des rares conséquences «bénéfiques» de cette maladie mondiale, après les multiples problèmes que le pays a rencontrés et auxquels il a dû faire face avec les moyens du bord, notamment pour les mises en quarantaine, la disponibilité des vaccins et le manque crucial de données scientifiques en raison de l’absence de la recherche en épidémiologie.
Outre sa participation à l’étude du dossier de la production du Sputnik V, l’ANSS s’acquitte d’un «rôle consultatif notamment en ce qui a trait au domaine scientifique au vu des compétences humaines qu’elle recèle», selon le Pr Senhadji, qui a noté, dans ce sens la contribution de l’Agence en matière de «formation dans le domaine des vaccins et autres». n