Le professeur Khelifa Foudil ne veut pas que son annexe soit une demi-annexe. Il entend accomplir sa tâche jusqu’au bout et, bien sûr, bénéficier des mêmes instruments que toutes les autres annexes pour mener à bien sa mission de prévention des maladies, de toutes les maladies. Et si les kits de tests du Covid-19 tardent à venir à Constantine, la cause est à chercher ailleurs que dans l’annexe de l’institut Pasteur de Constantine. Nous l’avons sollicité pour nous éclairer sur ce qui fait la une des médias du monde entier depuis le mois de décembre. Entretien.

Reporters : Le monde a connu ces dernières années des pathologies virales comme le Sras ou le Mers, mais sans grande panique ni morbidité comme dans le cas du Covid-19. Pourquoi ?
Khelifa Foudil : Effectivement, le monde a connu à partir de l’année 2002 la première pandémie causée par un coronavirus. Cette pandémie est partie du sud de la Chine, provoquée par le Sars CoV à l’origine du Sras. Une dizaine d’années plus tard, un autre coronavirus dénommé le Mers CoV provoquait lui aussi une pandémie, dont le point de départ était l’Arabie Saoudite. L’actuel virus qui circule, le Sars CoV 2 à l’origine du covid 19, est le plus contagieux, puisque nous avoisinons à ce jour les 200 000 malades diagnostiqués positifs, alors que pour le Sras CoV il y a eu environ 8 000 cas dans le monde et 800 pour le Mers CoV.

La Chine, la Corée du Sud, la France ou l’Italie ont chacun essayé d’endiguer à sa façon la progression du virus. Y a-t-il, selon vous, une solution idoine pour contrer efficacement une progression d’un virus ?
Ces pays ont fini par confiner leurs populations, c’est malheureusement la seule manière d’endiguer la propagation du virus qui, je le rappelle, est très contagieux. La seule arme efficace est le confinement de la population.

On assiste à la propagation de « conseils » provenant de médecins improvisés qui relèvent de la fantaisie et, on en rirait, si la situation n’était pas dramatique. Quelles sont les recommandations exactes des gestes barrières pour prévenir du Covid-19 ?
Ce virus se transmet principalement par les gouttelettes de salive et par les mains. Il est donc indispensable dans la situation actuelle de pandémie d’éviter les rassemblements, les déplacements. Toute personne qui présente des signes de difficultés respiratoires doit porter un masque afin d’éviter la propagation des virus. Il ne faut pas oublier que la grippe saisonnière sévit toujours et que, elle aussi, tue. Il faut se laver les mains et le visage plusieurs fois par jour avec de l’eau savonneuse. Eviter également de porter les mains au visage.

La complication des personnes contaminées les amène toutes aux urgences et au fameux appareil d’aide respiratoire. Le ministère de la Santé a avoué que notre pays n’en dispose que de 400. Pourrait-il y avoir un palliatif à la pénurie de ces appareils qui s’annonce ?
(Dans son allocution d’hier, le président Tebboune a affirmé que l’on dispose de 2 500 appareils d’aide respiratoire, ndlr)
La complication de cette maladie peut être effectivement une détresse respiratoire sévère qui nécessite une mise sous respiration artificielle à l’aide d’un respirateur. Il n’y a malheureusement pas de palliatif à cette manière de traiter.
L’Algérie a pris des dispositions pour contrer la propagation du Covid-19. C’est trop tard pour certains, trop tôt pour d’autres, alors que beaucoup clament que l’on fait fausse route. Votre avis sur cette situation inédite.
S’il est trop tôt, non ! Trop tard je ne sais pas, l’avenir nous le dira. Les mesures prises par les autorités doivent être appliquées. Si on libère les enfants de l’école pour éviter les contaminations, ce n’est pas pour qu’ils aillent jouer ensemble dehors. Les enfants doivent rester à la maison. J’ai été sidéré de voir que les étudiants sont sortis ce mardi pour manifester, venant de la part d’intellectuels c’est décevant. Par ces comportements irresponsables, ils mettent leurs vies en danger et celle des autres, particulièrement de leurs parents et grands-parents. Les autorités devraient à mon avis tenter de sensibiliser beaucoup plus la population par le biais de la télévision avec des spots simples.

Pour être plus clair, l’Algérie dispose-t-elle de suffisamment de compétences humaines et de matériels pour faire face à un nombre important de malades ?
Tout est lié à l’ampleur que prendra l’épidémie dans notre pays. Nous avons l’exemple de l’Italie qui est un pays développé et qui se retrouve complètement dépassée par l’ampleur de l’épidémie tant sur le plan matériel qu’humain.

Est-ce que nous disposons d’assez de recul et de l’expérience des autres pays pour ne pas nous aventurer dans l’inconnu ?
Je ne pense pas que l’on s’aventure dans l’inconnu. Le problème est bien identifié, les solutions sont connues. Je le répète, tout sera lié au nombre de cas que nous aurons à gérer.

On parle aussi de mutation du virus et des conséquences sur un éventuel vaccin, traitement, etc. Qu’en est-il au juste ?
Il n’y a pas à ce jour, comme pour le virus de la grippe, des mutations prouvées. Par contre, on sait qu’il y a deux souches différentes qui circulent actuellement, la deuxième est la plus virulente.

On parle de vaccin allemand ou américain. Pensez-vous qu’en un laps de temps aussi court un vaccin serait possible ?
Il y a effectivement des avancées pour la fabrication de vaccins, mais à mon avis, ils ne seront pas disponibles à temps pour endiguer l’épidémie.

Une dernière recommandation, Professeur ?
Permettez-moi d’insister sur les mesures prises par les autorités qui doivent être respectées. Tout un chacun doit être responsable et prendre le problème très au sérieux. Les parents doivent sensibiliser leurs enfants, leur expliquer qu’il faut se laver les mains plusieurs fois par jour, surtout en rentrant à la maison, et que l’on ne doit sortir que si l’on ne peut pas faire autrement.<