Après une multitude de reports dans une affaire qui continue de défrayer la chronique, le procès de Kamel Chikhi, alias «El Bouchi» et de ses co-accusés, tous poursuivis pour octroi d’avantages ainsi que d’abus de fonction, s’est ouvert hier au tribunal de Sidi M’hamed à Alger.
Une séance qui a vu le principal prévenu être entendu par le juge, lui et six autres co-accusés, dont Khaled Tebboune. Etaient également entendus Abdelkader Ben Zahra, le chauffeur de l’ancien patron de la DGSN Abdelghani Hamel, le fils de l’ex-wali de Relizane Djalal Eddine Lemehal, l’ancien P/APC de Ben Aknoun Kamel Bouarab, le procureur principal près le Parquet de Boudouaou et le procureur adjoint près du même tribunal, ainsi que le gendre de l’ex-wali d’Oran. Mais à l’évidence, l’essentiel de l’instruction repose sur le visionnage des caméras de surveillance récupérées dans le bureau de Kamel Chikhi, qui filmait à leur insu les entrevues avec de hauts responsables qu’il recevait dans son bureau.
Appelé à la barre, Kamel Chikhi a d’abord nié tous les chefs d’inculpation à son encontre. Par la suite, il a affirmé que Khaled Tebboune n’a jamais intercédé en sa faveur auprès de quelque administration que ce soit. Le magnat de l’immobilier Kamel Chikhi expliquera que le nom Khaled Tebboune a été évoqué pour ternir l’image du père qui était au même moment ministre de l’Habitat. «Khaled Tebboune n’a rien à voir, il a été cité dans cette affaire pour faire tomber son père. Il ne m’a jamais aidé et il ne m’a pas servi d’intermédiaire», a affirmé Chikhi. Des dires qu’a confirmés l’accusé Khaled Tebboune, selon lequel «il n’y a aucune preuve qui m’implique dans ce dossier. J’ai rencontré El Bouchi pour prendre un café… et c’est inconcevable de passer 18 mois en prison pour deux bouteilles de parfum qu’il m’a offertes», a-t-il dit au juge. Et d’ajouter qu’il a «été auditionné cinq fois par le magistrat instructif pour la même raison, avant de me rajouter le grief de constituer une bande de malfaiteurs !». Sur sa relation avec le chauffeur personnel d’Abdelghani Hamel, ancien patron de la police, Kamel Chikhi a dit qu’il le connaissait depuis 17 ans. «J’ai emprunté 700 000 dinars à Chikhi. Je lui ai rendu 500 000. Or, pendant l’instruction on m’interroge sur le patron de la DGSN et ses enfants, j’ai même déposé plainte au niveau du tribunal militaire pour dénoncer la hogra», a répondu, pour sa part, celui qui était chauffeur d’El Hamel. De son côté, le procureur principal de Boudouaou (Boumerdès) dit avoir connu Kamel Chikhi en sa qualité de promoteur immobilier. Le procureur de la République a fait savoir, dans son réquisitoire, que Kamel Chikhi a reconnu les faits qui lui sont reprochés pendant l’instruction devant le magistrat instructif, mais qu’il revient aujourd’hui sur ses dépositions. Il a requis alors 10 ans de prison ferme et une amende de 500 000 DA contre le principal accusé dans cette affaire. Le Parquet a également requis la même peine contre l’ancien P/APC de Ben Aknoun. Une peine de 7 ans de réclusion assortie d’une amende de
1 million de dinars a été requise contre le chauffeur de Hamel, tandis qu’il a été requis deux ans de prison à l’encontre des autres accusés.
Pour rappel, la même instance judiciaire avait prononcé des peines allant de 4 à 8 ans de prison ferme à l’encontre de 12 autres accusés pour «abus de pouvoir et de fonction et acceptation de pots-de-vin et de cadeaux de l’accusé principal, Kamel Chikhi, en contrepartie de facilitations administratives pour la réalisation de ses projets immobiliers». Le tribunal a également prononcé la saisie des biens immobiliers de certains accusés et des membres de leurs familles et des amendes de 500 000 DA.