PAR NAZIM B.
Le verdict dans le procès en appel du journaliste Rabah Karèche sera annoncé le 11 octobre, a indiqué hier le président du Tribunal de Tamanrasset, qui a abrité l’audience marquée, notamment par les plaidoiries des avocats de l’accusé juste après que le Procureur a requis une peine de 18 mois de prison ferme. En première instance, il a été condamné à 8 mois de prison ferme et 4 mois avec sursis après un requis de 3 ans de prison.
Le journaliste est poursuivi pour les chefs d’inculpation d’«administration d’un compte électronique consacré à la diffusion d’informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société», «diffusion volontaire de fausses informations susceptibles d’attenter à l’ordre public» et «usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et à l’unité nationales». Il est en détention depuis le 19 avril dernier, bouclant ainsi ses 169 jours en prison. Hier, ses avocats ont mis en avant le caractère « infondé » des accusations pour lesquelles le journaliste a été mis en prison. Mais plus que les plaidoiries des avocats, c’est un des notables qui intervenaient comme témoins qui a suscité l’admiration de l’assistance en mettant en évidence l’innocence du journaliste. « Je connais Karèche depuis onze ans, il a toujours porté notre voix et nos préoccupations à travers ses articles sur Liberté. Je fais partie de ceux qui ont demandé à Karèche de venir à Tazerout et parler de notre refus de ce découpage administratif (…) », a-t-il dit à l’adresse du président de la Cour. Et d’interroger : « Comment le directeur du journal est en liberté et le journaliste qui a écrit l’article est en prison? », une interrogation à laquelle le président de la Cour a répondu que « le journaliste Karèche n’est pas poursuivi pour un délit de presse ». Or, les avocats, pour leur part, ont bâti leur plaidoirie sur cette hypothèse que le journaliste a été poursuivi pour ses écrits, d’autant plus que le président de la Cour a entamé la séance en demandant à Karèche s’il avait publié « le démenti du ministère de l’Intérieur concernant le découpage administratif ? ». Ce à quoi Karèche a répondu : « Non, j’étais en prison ». Le président de la Cour a reproché, ensuite, à Karèche d’avoir partagé le lien des articles de Liberté sur ses réseaux sociaux, faisant remarquer qu’il « n’est pas poursuivi pour un délit de presse, mais pour des publications sur les réseaux sociaux qui visent à répandre un discours de haine ». Intervenant lors de l’audience, la conseillère du président de Cour reproche au journaliste d’avoir partagé le lien du journal Liberté. « Vous auriez dû laisser le public lire l’information sur le site de Liberté et ne pas le partager sur vos réseaux sociaux », a-t-elle reproché au journaliste, ce qui a suscité l’incompréhension des présents. Dans sa plaidoirie, Maître Zoubida Assoul a indiqué au président de la Cour que « toutes ses interventions face à Rabah Karèche sont à charge », lui demandant s’il était « le juge ou le procureur ». L’avocat Bakouri Amirouche a souligné, quant à lui, que « plein de journaux évoquent la colère dans l’Ahaggar mais on se focalise sur le journal Liberté (…) », précisant que « l’article en français n’est pas agressif, mais quand on le traduit en arabe ça devient effrayant pour certains ». De son côté, Maître Batir a plaidé l’innocence de Rabah Karèche, soutenant que ce dernier « n’a fait que son travail de manière honnête, il n’a fait que rapporter les faits ». Mostefa Bouchachi a demandé, pour sa part, au président de la Cour de faire triompher la justice. « Quand vous venez le matin au tribunal pour faire triompher la justice, vous avez une lourde responsabilité », a indiqué l’avocat. n