La condamnation surprise à un an de prison ferme de Karim Tabbou, dans des conditions jugées à la limite de la légalité, continue à susciter la colère et la consternation. Cette nouvelle condamnation pose désormais la question de la possibilité de sortie de Tabbou, prévue initialement pour aujourd’hui jeudi 26 mars.

Pour beaucoup, elle demeure incompréhensible, notamment dans une période particulière propice à la pondération. Le fait que cette condamnation en appel intervient dans une atmosphère d’anxiété, liée à la propagation du coronavirus et les mesures de confinement instaurées par l’Etat, ajoute à la colère de la famille Tabbou. Pour les avocats, le procès de mardi à la Cour d’Alger est une «dérive grave dans la forme et dans le fond». Certains iront même à se demander comment des magistrats ont pu accepter de prononcer un jugement en l’absence des conditions minimales exigées par le droit. La condamnation de mardi aura vite été considérée comme «abusive» à l’endroit d’un homme politique incarcéré pour ses déclarations. Des partis politiques ont vite réagi à un procès vivement critiqué.
Le Parti des Travailleurs (PT) s’est interrogé sur «la signification de ce procès expéditif et de la condamnation qui s’en est suivie». «Cela se passe au moment où les Algériennes et les Algériens, à l’instar des peuples du monde entier, sont saisis d’angoisse, inquiets face aux risques ravageurs que
pourrait provoquer la pandémie du covid-19 sur les vies humaines dans notre pays», note le PT. Jil Jadid, qui a interpellé les autorités supérieures du pays pour intervenir au plus vite, estime qu’«au moment où le pays avait besoin de retrouver sa sérénité, d’unir ses forces pour lutter contre l’épidémie et surtout de tourner la page de l’arbitraire pour construire enfin un Etat de droit, cette décision du tribunal et la manière avec laquelle elle a été prise sont tout simplement une provocation». Le FFS a tenu à dénoncer «avec une extrême virulence ce grave dérapage judiciaire» et exige l’annulation immédiate «de ce jugement expéditif et sans fondement». Le procès en appel de mardi et ses conditions semblent souffrir de l’absence d’un certain nombre d’exigences réglementaires qui laissent en suspens un certain nombre d’interrogations. Pour Me Noureddine Benissad, avocat et président de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH), les conditions dans lesquelles s’est tenu le procès en appel de Karim Tabbou à la Cour d’Alger n’étaient pas réglementaires. L’avocat a dénoncé «une grave atteinte aux droits de la défense». Les avocats de Karim Tabbou, qui se sont déplacés hier à la prison de Koléa, n’ont pas été autorisés à le voir au prétexte qu’il était toujours à l’infirmerie.

La libération de Tabbou compromise ?
Karim Tabbou devait quitter la prison aujourd’hui après avoir purgé sa peine d’un an de prison, dont six mois avec sursis, selon le verdict du procès du 11 mars dernier et une condamnation pour «atteinte à la sécurité nationale». Le procès en appel, qui est intervenu entretemps avec une condamnation à une année de prison ferme, compromet désormais cette libération. La question de la possibilité de sortie où non de Karim Tabbou continue en tout cas de susciter des interrogations. Selon l’une de ses avocates, Me Zoubida Assoul, «la décision de la Cour dans l’affaire de Karim Tabbou n’est pas exécutoire, le ministre de la Justice doit ordonner sa libération en respect des lois de la République». Mais pour certains observateurs, la libération de Tabbou reste peu probable à l’heure actuelle. La programmation du procès en appel de mardi dans des conditions jugées «aléatoires» atteste d’une intention manifeste de le maintenir en détention, jugent ses avocats. L’absence des avocats et même du prévenu, évacué pour cause de malaise, n’aura pas empêché le jugement alors qu’une telle situation aurait dû conduire à une suspension du procès, ajoute-t-on.
Mandat de dépôt pour Khaled Drareni
Par ailleurs, hier à la Cour d’Alger, les avocats ont plaidé devant la chambre d’accusation à la Cour d’Alger l’appel contre le mandat de dépôt de Samir Benlarbi et de Slimane Hamitouche et le contrôle judiciaire de Khaled Drareni. En fin de journée, la chambre d’accusation de la cour de Ruisseau a rejeté la demande de liberté provisoire de Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche. La même chambre a également annulé le contrôle judiciaire de Khaled Drareni et a décidé de le placer sous mandat de dépôt, a informé le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). A à la cour de Mascara qui a rendu son verdict dans le procès en appel de Hadj Ghermoul, ce dernier a été condamné à un an avec sursis et 50 000 DA d’amende.<