Intervenant dans un contexte international particulièrement explosif, la visite en Algérie annoncée du prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammad Ben Selmane ne suscite pas moins interrogations et controverses.

Depuis l’annonce par la télévision saoudienne Al-Ikhbarya d’une tournée du prince héritier saoudien dans plusieurs pays, dont l’Algérie, des interrogations fusent sur la pertinence de cette visite notamment en ces moments de tension. Communément appelé MBS par les médias internationaux, le prince héritier saoudien, qui reste au cœur de l’affaire Khashoggi, devenue un véritable scandale d’Etat et dont la tension est loin de s’être estompée depuis le 2 octobre, lorsque le journaliste saoudien a été tué à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, jouerait même son avenir au sein de la famille royale saoudienne. Au cœur d’une polémique aux prolongements encore en cours, MBS semble vouloir engranger des soutiens au moment où l’Arabie saoudite est particulièrement fragilisée. C’est dans ce contexte de forte suspicion autour de sa personne que le prince héritier entame cette tournée à l’étranger, sans doute renforcée par la décision de Donald Trump de continuer à collaborer étroitement avec les autorités saoudiennes malgré les preuves qui commencent à s’accumuler contre MBS comme l’instigateur de l’horrible assassinat. D’après les médias saoudiens, MBS est attendu aux Emirats et en Egypte et, également, en Tunisie où cette visite suscite déjà polémique. MBS devrait se rendre également à Buenos Aires, en Argentine, où se tiendra le sommet du G20 auquel assisteront les dirigeants américains, européens et turcs. Un sommet international où la présence du prince héritier sera scrutée avec curiosité par les médias internationaux. Cette visite à Alger, annoncée pour le 6 décembre prochain, intervient alors que l’Arabie saoudite semble particulièrement ébranlée par le scandale Khashoggi. Alger pourrait bien exploiter l’occasion pour peser sur certains dossiers comme la question du pétrole. Il faut convenir que les relations entre Alger et Ryad restent empreintes de convivialité et de respect bien que l’Algérie s’est toujours tenue à distance de la politique de plus en plus « offensive » de l’Arabie saoudite dans la région. Notamment depuis l’arrivée de MBS aux affaires en Arabie saoudite en évinçant Mohammed Ben Nayef du poste de prince héritier et la concentration entre ses mains des principaux leviers du pouvoir.
L’ex-ambassadeur d’Arabie saoudite à Alger Sami Ben Abdellah Al-Saleh a été récemment nommé adjoint du ministre des Affaires étrangères de son pays. Il sera chargé des affaires arabes et africaines. Selon les médias saoudiens, la mission d’Al Saleh sera de consolider les relations du Royaume avec les pays arabes en Afrique avec un intérêt particulier pour l’Algérie. Cette visite de MBS en Algérie suscite moult interrogations sur sa pertinence au moment où cette personnalité politique saoudienne provoque sarcasme et rejet, notamment sur les réseaux sociaux. Une pétition a même fait son apparition sur le net où on y lit : « Non à la visite de MBS, le prince Mohammad Ben Selmane, au pays des 1,5 million de martyrs ». Simplement parce que les circonstances ne s’y prêtent pas. L’objectif de ce voyage est de s’innocenter de graves faits dont les guerres… Et parce qu’il n’est pas légitime, surtout pour représenter un pays qui a souvent montré de l’arrogance, même à l’époque de notre souffrance face au terrorisme