Le plan de relance socio-économique, visant à asseoir les jalons d’un nouveau modèle de développement basé sur la diversification des ressources financières fait l’objet, depuis hier, d’un débat et échange entre le gouvernement et les partenaires socio-économiques, la première qui se tient sous le règne d’Abdelmadjid Tebboune.

En présence des opérateurs économiques publics et privés, des représentants d’institutions, des experts, dont certains sont établis à l’étranger, le président Tebboune n’a pas usé d’allusion pour nommer une conjoncture économiquement «particulière» marquée par la chute des prix des hydrocarbures et la pandémie du nouveau coronavirus qui continue d’impacter fortement les économies nationales.
Si le premier magistrat du pays a égrené plusieurs thématiques en relation avec la situation économique du pays, le message subliminal qu’il a voulu transmettre à son auditoire du jour et par extension, aux Algériens, est celui de se retrousser les manches pour remettre le pays sur rail en redynamisant la machine de production et le travail.
Il s’est fixé dans ce sens l’objectif d’augmenter les exportations hors hydrocarbures à 5 milliards USD – contre 2 milliards USD actuellement – au moins d’ici fin 2021, estimant que la dépendance de l’économe nationale à la rente pétrolière «est fatale pour l’intelligence et l’esprit d’initiative».
A partir des deux prochaines années, «la dépendance aux hydrocarbures devra être réduite d’au moins 80%», a-t-il plaidé, un objectif qui passe inéluctablement par l’assainissement de tous les facteurs de blocages qui freinent l’essor de plusieurs activités pour lesquelles le pays compte d’énormes potentialités, mais dont les résultats demeurent à l’opposé des atouts.
L’objectif passe, a ajouté le président de la République, par le «rétablissement de la confiance entre le citoyen et l’Etat, qui, pour encourager les exportations, est prêt à céder une partie de la devise étrangère au profit des exportateurs», affirmant que l’Etat «est prêt à aider les opérateurs économiques à élargir leurs structures, leurs activités et revoir même leurs taxes».
Estimant que le but de parvenir à 5 milliards USD en matière d’exportation est «très faisable», il a fait part de mesures incitatives décidées au profit des exportateurs citant la création de couloirs verts dédiés à certains produits, la cession d’une bonne partie de recettes en devises au profit des exportateurs…
M. Tebboune a mis en exergue l’apport de certains opérateurs économiques qui exportent des produits à «haute valeur ajoutée, à l’image des pneus exportés vers les Etats-Unis et les produits cosmétiques vers les marchés africains», soulignant que «les exportateurs ont besoin d’être encouragés et non combattus», en allusion aux entraves subies par des opérateurs durant le règne de son prédécesseur.
Il précisera cependant que l’Etat encouragera les exportateurs producteurs de valeur ajoutée et non «les pseudo-exportateurs automobiles qui ne font, en réalité, que dans le gonflage pneumatique», qualifiant ce qui s’est passé ces dernières années dans le secteur automobile de «manipulation» de l’économie nationale qui «a failli faire basculer la pays dans le précipice».
Sur un autre registre, le Président Tebboune a indiqué qu’il n’y avait «aucune objection» à la création de banques privées et de compagnies de transport aérien et maritime de marchandises et de voyageurs.
Dans ce qui s’apparente à une évolution de taille, M. Tebboune s’est dit disposé à l’ouverture de l’investissement dans les secteurs des banques et du transport aérien et maritime.
«Je ne vois aucune objection, aujourd’hui, à ce que des investisseurs privés créent des compagnies de transport aérien et maritime de marchandises et de voyageurs ainsi que des banques», a-t-il soutenu, appelant les investisseurs et les entreprises économiques à œuvrer à la réduction de la facture d’importation des services.
Il a relevé, à cet effet, que la facture annuelle des services de transport s’élevait à 12,5 milliards USD, dont 3,4 milliards USD pour les frais de transport maritime de marchandises, estimant ««primordial de trouver une solution à cette situation en vue de réduire les transferts en devises».
S’agissant précisément du secteur bancaire, le Président de la République semble avoir ouvert la voie à la création de banques privées, d’autant plus qu’il établit un constat négatif sur ce terrain.
«Qu’est-ce qui empêcherait la création de banques privées? Pourquoi pas en partenariat avec des banques publiques ?», s’est-il interrogé en suggérant dans le sillage la révision du système bancaire algérien, qu’il a qualifié de «simples guichets publics».

Dépénalisation de l’acte de gestion
Le Président Tebboune a indiqué que les réserves de change s’élevaient actuellement à 57 milliards de dollars (62 mds de dollars en début 2020) qualifiant la situation financière du pays de «supportable» même si elle demeure «difficile», avançant des prévisions de recettes pétrolières de l’ordre de 24 mds USD à la fin de l’année. Il a souligné que le budget 2020 avait été établi sur la base d’un prix référentiel de 30 USD/baril, alors que le prix moyen est de 44 USD, ce qui offre, a-t-il souligné, «une aisance» dans le financement budgétaire.
M. Tebboune a réitéré une nouvelle fois son «refus catégorique» de recourir à l’endettement extérieur quelle que soit la forme. «Je refuse catégoriquement l’endettement auprès du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale et même auprès de pays amis et frères (…) pour préserver notre souveraineté entière», a-t-il tranché sous les applaudissements de l’assistance.
Le chef de l’Etat a fait état, par ailleurs, de disponibilités bancaires de l’ordre de 1.900 milliards (mds) de DA, jusqu’à fin 2020, au profit des investisseurs.
S’agissant de cette affectation de 1.900 mds de DA jusqu’à fin 2020, il a appelé les prétendants à «s’éloigner autant que possible des investissements lourds», s’interrogeant sur la pertinence de financer la création d’une usine à 750 millions USD, par exemple, au lieu de financer 10 usines à 75 millions USD chacune.
Il a évoqué également la possible affectation, durant l’année en cours, de 10 à 12 mds USD de réserves de change à des financements d’investissements, annonçant par ailleurs la dépénalisation de l’acte de gestion pour permettre aux opérateurs de réaliser sereinement leurs projets.

Haro sur une «confusion sciemment entretenue»
L’un des messages de M. Tebboune à l’occasion de cette tripartite est celui d’accélérer la numérisation de tous les secteurs économiques et financiers afin d’éliminer ce qu’il a qualifié de «l’opacité sciemment entretenue» avec l’effort de nommer ce «mal» dans les deux langues (arabe et français).
Il a en effet fustigé «la non-numérisation» de ces secteurs sensibles notamment le secteur fiscal et les services des Domaines de l’Etat.
Les administrations de ces secteurs continuent à «fonctionner avec des moyens et méthodes désuets et dépassés ne permettant même pas de connaître ce que possèdent les Algériens, comme fonciers et entreprises au niveau national», a-t-il regretté.
«Le paiement des impôts ne devrait plus être perçu comme une sanction, mais plutôt comme une incitation à l’amélioration des recettes et à la création d’emplois, faisant savoir, à titre d‘exemple, que l’entreprise nationale Cosider figure parmi les 5 premiers contribuables, alors que des sociétés privées avec des chiffres d’affaires annuels supérieurs à 20 mds USD viennent à la 54e place.

Les dénonciations anonymes sont caduques
Sur un autre volet, M. Tebboune, a indiqué qu’il adressera une directive à la justice pour ne plus tenir compte des lettres de dénonciation anonymes, invitant les personnes détenant des informations sur des infractions à la loi à avoir le «courage» de les dénoncer publiquement.
«La seule destination de ces lettres anonymes sera le broyeur», a affirmé le président Tebboune, ajoutant que les personnes détenant des informations sur des infractions économiques «peuvent s’adresser à la presse qui compte 180 quotidiens nationaux», soulignant que la justice a les moyens d’enquêter sur ces infractions.
A noter que les travaux de cette rencontre se poursuivent aujourd’hui (2e jour) en onze ateliers pour débattre du développement agricole, le développement industriel, le développement minier, le développement des ressources énergétiques, le financement du développement, comment faciliter l’investissement, les micro-entreprises et start-ups, le développement des secteurs de soutien, la maitrise du commerce extérieur, l’industrie pharmaceutique et la filière BTPH. n