Elaborer un recensement général de la population est devenue une question urgente afin de pouvoir élaborer des études dans de nombreux domaines, qui soient en adéquation et avec le nombre exact de la population actuelle et avec l’évolution démographique du pays. C’est dans cet objectif que le président de la République Abdelmadjid Tebboune a instruit les autorités concernées à s’atteler à la préparation immédiate d’un recensement général de la population.
Lors de la réunion du Conseil des ministres extraordinaire, qu’il a présidé jeudi à Alger, le Président Tebboune a demandé «au ministre concerné de préparer immédiatement un recensement général de la population afin que la politique de la planification nationale soit fondée sur des bases solides. Ce qui permettra de déterminer la consommation nationale quotidienne pour pouvoir adapter nos importations à nos besoins réels», indique un communiqué de la présidence de la République.
La demande du Président vient suite au constat d’«imprécisions dans certains chiffres relatifs au domaine économique», alors que «l’économie ne repose pas sur des estimations approximatives mais sur des statistiques exactes», a-t-il relevé. Il a également donné instruction pour «la création d’un réseau interactif de statistiques s’étendant à tout le territoire national, de la commune au ministère en charge des statistiques, en vue de faciliter la maîtrise de l’économie», selon le même communiqué. La révision du système de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique en prévision de l’accroissement démographique a également été évoquée par le Chef de l’Etat. Il a instruit le ministre en charge du secteur de procéder à «une profonde révision de ce système dans son volet social et pédagogique pour être en adéquation avec les exigences de l’heure, notamment l’accroissement démographique pesant sur les capacités de l’Etat».
Les derniers chiffres de l’Office national des statistiques (ONS) font état d’une population qui aurait atteint 43,9 millions d’habitants au 1er janvier 2020, contre 43 millions d’habitants au 1er janvier 2019, se basant sur une projection faite sur les statistiques de l’évolution démographique de 2018 qui avait atteint près de 42,6 millions d’habitants en date du 1er juillet. Le rythme des naissances vivantes par an est près de 1,1 million, avec une forte prédominance du nombre enregistré dans la capitale. En effet, en termes de naissances vivantes par wilaya, le dernier recensement fait ressortir Alger en tête de liste (1,02 million), suivie de Sétif (53 328), d’Oran (41 285), de Constantine (38 112) et Batna (36 808). Par ailleurs, au vu des statistiques de l’ONS, il en ressort que la seule transition démographique qu’a connue le pays a eu lieu durant les années 1990, période durant laquelle a été enregistré un taux de naissance en constante baisse. Mais la reprise a eu lieu de plus belle à partir de l’an 2000, avec un rythme soutenu qui a atteint les 2% par an à partir de 2009. L’accroissement démographique qui va crescendo pourrait être un véritable casse-tête pour le pays au vu des statistiques qui révèlent, de surcroît, une très forte concentration de la population vivant dans le Nord, essentiellement sur la bande côtière. D’où l’intérêt d’un recensement général de la population. Car au-delà des aspects techniques que le pays devra gérer, il renseigne également sur le regard très attentif que portent les autorités sur de nombreux aspects se rapportant à la vie au quotidien et à l’avenir du pays en termes de prospectives basées sur des données exactes, réelles. Cela est d’autant plus important quand on sait que c’est la maîtrise des données démographiques qui peut faire en sorte que l’élaboration des plans économique et social soit en adéquation avec le nombre d’habitants et ce, sur pratiquement tous les plans. Le fait que le recensement général de la population soit lancé en ce début de mandat du Président est une bonne chose, selon des observateurs de la scène nationale, car il y a réellement matière à réfléchir. La dynamique démographique qui semble, ainsi, connaître une croissance constante aura, à n’en pas douter, des répercussions sur le plan social qui pourra, à son tour, avoir des répercussions sur le plan économique, sans omettre les problèmes qui pourraient en résulter en termes de sécurité. Afin que les conséquences d’une démographie galopante qui croît avec un taux estimé à 2% par an soient maîtrisées, le recensement général de la population peut déjà aider à fournir une grille des actions à réaliser sur les volets consommation, production, importation, formation, infrastructures de santé et d’enseignement, habitat, sécurité, etc. Il faut savoir, selon les prévisions de l’ONS, que la population résidente de l’Algérie continuera
de croître à peu près au même rythme que celui enregistré durant les dernières années. Elle devrait être de 44,227 millions d’habitants à la fin de 2020, pour atteindre 47,998 millions d’habitants en 2025, 51,309 millions d’habitants en 2030 et 57,625 millions en 2040.<