Le président français Emanuel Macron, à l’invitation du président Abdelaziz Bouteflika, sera aujourd’hui en Algérie pour une visite marathon importante.

Elle s’inscrit dans le cadre du partenariat d’exception que l’Algérie et la France sont attelées à bâtir et à conforter et sera, pour reprendre la présidence de la République, une occasion pour les deux pays, notamment durant les entretiens entre les deux chefs d’Etat, d’explorer de nouvelles voies pour renforcer la coopération et le partenariat entre l’Algérie et la France et de procéder à une concertation sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun.

Il est vrai, les relations entre l’Algérie et la France sont tout sauf anodines, mais un lourd passif historique pèse sur ces relations que le temps n’arrive pas à estomper malgré les contingences mues par les intérêts mutuels tant économiques que politiques. Cette visite d’une journée intervient dans un contexte où les relations entre Alger et Paris sont pour le moins apaisées, une tendance remarquée depuis l’ère François Hollande, le prédécesseur de Macron. Cependant, un président français à Alger ne saurait être un acte politique anodin. Un certain nombre de dossiers qui engagent les deux pays seront inévitablement sur la table au cours de cette courte visite qui a été maints fois reportée. A Alger, Macron sera particulièrement attendu sur les questions inévitables du contentieux sur la colonisation.
La dernière visite de Macron à Alger, durant la campagne présidentielle, reste dans les mémoires. Il avait qualifié alors la colonisation française de « crime contre l’Humanité ». Des propos courageux qui ont fortement déplu dans les milieux des nostalgiques de l’Algérie française et de l’extrême droite en France. A ce propos, le président Bouteflika, dans son message de félicitations à M. Macron après son élection, avait salué cette position comme une « attitude pionnière » qui le place dans « la position-clé de protagoniste, convaincu et convaincant, du parachèvement d’une réconciliation authentique entre nos deux pays ». De son côté, le ministre des Moudjahidine Tayeb Zitouni a précisé que « les relations ne sauraient être bonnes sans le règlement des dossiers en suspens concernant la mémoire ». Macron bénéficie, dit-on, d’une « bonne image en Algérie ». Le chef de l’Etat français s’y est rendu à plusieurs reprises lorsqu’il était ministre de l’Economie. Ayant un discours qui se veut plus en rupture avec ces prédécesseurs quitte à choquer, voire provoquer en prônant « la réconciliation des mémoires ».

Dossiers passionnels
Macron arrive à Alger après avoir effectué une virée remarquée en Afrique de l’Ouest où il a prononcé un discours à Ouagadougou qui fait toujours polémique. La question de la colonisation ou celle de la « France-Afrique » demeure toujours un thème passionnel. Inévitable pour une France qui refuse de regarder ses ex-colonies avec moins de condescendance. A Alger, le président de l’ex-puissance coloniale sera particulièrement scruté sur chaque mot prononcé. Le chef de l’Etat français sera accompagné aujourd’hui du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et du ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin. Justement, il aura à s’exprimer sur la coopération bilatérale dans les domaines politique et socio-économique, les questions internationales et régionales, notamment la Libye, le Mali et le Sahel et aussi sur la question mémorielle. Sur cette dernière question, les Algériens attendent cependant un geste, comme le retour des crânes de résistants algériens assassiné dans les années 1850, toujours conservés au Musée de l’Homme à Paris. Un geste symbolique mais qui pourrait être consenti par le jeune président français comme un gage de bonne volonté. Dans la perspective, un jour, de voir la France officielle reconnaître ses crimes en Algérie durant la longue nuit coloniale. Il s’agit également de redynamiser les échanges économiques alors que la France a laissé sa place de premier fournisseur de l’Algérie à la Chine. L’automobile, la pharmacie et l’agroalimentaire semblent être des domaines privilégiés des deux côtés. La France reste le premier investisseur hors hydrocarbures et le premier employeur étranger en Algérie, avec 40 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects. La signature récente de l’accord de construction de l’usine automobile Peugeot en Algérie est venue, même avec un certain retard, couronner des relations restées denses même si, de l’aveu, à Alger, du ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, il y a eu recul dans les échanges commerciaux. Or, la visite du président français devrait donner un nouvel élan à la coopération économique algéro-française qui traduirait la volonté partagée par les deux Etats et maintes fois exprimée pour la promotion de « relations fortes » et parvenir, à terme, à bâtir « une relation d’exception ». Justement, il est attendu à ce que la visite de Macron, la première depuis son accession à la magistrature suprême, ouvre de nouvelles perspectives de partenariat touchant divers domaines d’activité, un partenariat déjà renforcé à la faveur des accords signés récemment à l’occasion de la 4e session du Comité mixte économique mixte franco-algérien (COMEFA). M. Macron avait fait part lors de sa visite à Alger en février dernier en tant que candidat à la présidence française de sa volonté de porter « une vision d’avenir au partenariat entre l’Algérie et la France ». « Ma volonté est de porter une vision ouverte, dynamique et d’avenir pour donner plus de densité au partenariat entre l’Algérie et la France », avait-il alors déclaré.

L’enjeu du sécuritaire
La sécurité régionale et internationale figurera également au menu des discussions, avec notamment la crise libyenne et la question du Sahel ainsi que la lutte contre le terrorisme. Des dossiers stratégiques d’une extrême importance pour les deux pays et qui semblent faire l’objet d’une coopération avancée en dépit de certaines divergences. Aussi, le tête-à-tête Macron – Bouteflika offrira une opportunité aux deux pays de « renforcer » leur partenariat sur le plan diplomatique et sécuritaire dans la mesure où Alger et Paris ont eu particulièrement à œuvrer ces dernières années en faveur de solutions de nature à restaurer la paix et la stabilité dans certains pays de la région. A Paris, la visite du président français à Alger, qui sera accompagné par près d’une soixantaine de journalistes représentant l’ensemble de la presse française, a été qualifiée lundi « d’importante » par l’Elysée. Pour la présidence française, le séjour de Macron à Alger constituera une nouvelle halte dans les relations entre Alger et Paris « appelées à se développer davantage ». Il est évident que cette visite de Macron sera particulièrement suivie tant elle mettra en scène des relations pas comme les autres entre Alger et Paris. Ce « couple infernal ».