Après les assurances du ministre de la Santé dans lesquelles il a montré son plein soutien aux revendications des personnels du secteur de la santé publique dont il a dit être «l’avocat» au lendemain de leur journée de grève tenue mercredi dernier, il est demandé par ces derniers que les assurances ne s’arrêtent pas au stade de promesses, mais voient une application sur le terrain après plusieurs années d’attente.

PAR INES DALI
«On a pris acte des déclarations du ministre et on attend du concret. Je peux dire qu’il y a quand même un espace de dialogue qui est proposé, même si jusque-là le rythme des rencontres tutelle-partenaires sociaux n’est pas à la hauteur de ce qui est souhaité», a estimé, hier, le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), en réaction aux déclarations du ministre. Abderrahmane Benbouzid a annoncé, jeudi dernier, que «toutes les revendications légitimes seront abordées dans un cadre de dialogue ouvert», réaffirmant la disponibilité de son département ministériel à engager toute forme de discussion avec les partenaires sociaux. «Les revendications liées au système de santé, sa réforme et les conditions socioprofessionnelles du personnel de la santé vont faire l’objet de plusieurs réunions que nous allons engager prochainement avec leurs représentants», a-t-il précisé jeudi dernier.
Revenant sur ce dialogue qu’il souhaite plus soutenu et surtout qu’il débouche sur du concert, le Dr Merabet a souligné que «le rythme des réunions qui est proposé dans le cadre du dialogue avec la Commission mixte est d’une réunion chaque six mois, ce qui est insuffisant et nous l’avons toujours dit. Car là, nous ne sommes pas vraiment dans le dialogue, mais dans les formalités». Il a avancé que même le ministre le sait du fait qu’il était d’abord «collègue», avant de souligner que «cela dure depuis plusieurs années et ne peut continuer ainsi, à savoir tenir une réunion avec la tutelle et sortir pratiquement avec le même procès-verbal avec juste la date qui change». Pour lui, il est urgent de «revoir cette stratégie et, surtout, d’être concret et pratique en termes de propositions de solutions».
Il y a justement la loi sanitaire 18/11 qui n’est pas encore en vigueur et pour laquelle le ministre a assuré que les textes d’application sont en cours d’élaboration. «Nous veillerons à ce qu’ils soit terminés le plus rapidement possible», a-t-il dit, reconnaissant que «l’opération a pris du retard». Il a également indiqué que «le Premier ministre a demandé de faire passer le maximum de textes d’application de cette loi, mais la crise sanitaire de la Covid-19 a freiné les choses», révélant que «sur 105 textes d’application, quelques-uns sont passés au Conseil du gouvernement et 7 à 9 textes seront passés prochainement».
«On attend les textes d’application de la loi sanitaire»
Commentant ces déclarations, le président du SNPSP a déclaré : «On espère que ce sera vite fait car le secteur de la santé est handicapé par rapport au fait qu’il y a 105 articles de loi et qui ne peuvent pas être mis en application sur terrain parce qu’ils dépendent des textes d’application qu’on attend depuis près de trois ans. Donc, même sur ce point, les responsable du ministère n’ont pas été assez engagés et prévoyants pour au moins dégager ces textes, et ce n’est pas seulement le staff actuellement, même celui d’avant, puisque c’est une loi qui date de 2018». Il a, toutefois, déclaré que lors de la première rencontre avec l’actuel ministre, les syndicats ont soulevé ce point et il était prévu qu’il y ait un travail dans ce sens, l’installation d’une commission ad-hoc… «Plus d’un an après, ce n’est pas encore fait. Mais maintenant qu’on en parle, on espère que cela soit rapidement matérialisé sur le terrain», a-t-il concédé, précisant que normalement, il y a un délai de deux ans pour mettre en place des textes d’application.
En revanche, là où il n’est pas d’accord, c’est lorsque la raison de la crise sanitaire due à la pandémie de coronavirus est mise en avant pour justifier le retard pris. «L’administration centrale du secteur de la santé n’est pas faite que de médecins. Elle est démembrée et déconcentrée. Elle est faite de gestionnaires et de responsables à tous les niveaux chacun dans sa spécialité, dans sa mission», a révélé notre interlocuteur pour expliquer que d’autres responsables auraient pu rendre en charge le volet dont il est question et pas forcément le ministre en personne. Car pour lui, «dans la gestion de la pandémie du nouveau coronavirus, c’étaient les techniciens qui s’en occupaient à travers le Comité scientifique et certaines directions centrales et, surtout, grâce aux personnels de la santé qui étaient présents du début jusqu’à la fin et qui ont payé un lourd tribut par rapport aux sacrifices, au nombre de décès et de contaminés au de Covid-19».
A propos du personnel de la santé justement, il s’est réjoui que le problème de versement de la prime exceptionnelle de Covid-19 soit finalement réglé. «C’est un acquis pour le personnel de la santé. Il faut rappeler que c’est une prime décidée par le président de la République et on l’a remercié il y a plus d’un an pour cela et pour d’autres mesures incitatives pour le personnel de la santé», a déclaré Dr Merabet. Mais il a également pris soin de souligner que «certaines mesures n’ont pas été mises en place», outre le fait que «la prime trimestrielle est en retard», le personnel n’ayant perçu que les primes de deux trimestres de l’année dernière. Jeudi, le ministre de la Santé a fait savoir à propos de «la prime exceptionnelle décidée par le président de la République au profit du personnel soignant qui fait face à la pandémie de Covid-19, le Premier ministre a instruit le ministre des Finances pour régler ce problème, déclarant «ça a été effectivement réglé». Le Dr Merabet a souligné que la prime qui a commencée à être versée ces jours-ci est celle du troisième trimestre et que celle du quatrième trimestre le sera normalement également au cours de ce mois d’avril, demandant à ce que cette prime soit permanente.
Pour résumer les nouvelles annonces, le président du SNPSP soutient qu’il faut attendre pour voir ce qui sera fait, notant par ailleurs que le personnel a besoin d’une mise à nouveau par le biais d’une formation continue comme cela se fait dans d’autres pays, et ce, pour le bien de tous, pour le bien du système de santé algérien. «Les déclarations sont ce qu’elles sont, mais nous attendons de voir ce qui sera réalisé sur le terrain», a-t-il conclu.