Si le premier magistrat du pays a d’emblée annoncé la couleur dans son discours à la Nation, en parlant d’une «épreuve», il ne s’est pas moins montré rassurant, recommandant aux citoyens de ne pas céder à la panique que peut induire l’avancée du coronavirus. «L’heure n’est pas à l’alarmisme ni à la peur, la situation est sous contrôle et tous les organes de l’Etat sont en état d’alerte maximale pour faire face à tout imprévu», a-t-il déclaré, en mettant en évidence les efforts consentis et les mesures prises par l’Etat pour endiguer le phénomène et empêcher sa propagation.
Dans le même chapitre, M. Tebboune a rassuré également quant aux capacités et moyens de l’Etat «à contenir le niveau de propagation de la pandémie au stade 2», ajoutant que «même si cette pandémie venait à passer au stade 3», des mesures nécessaires ont été prises. Il a cité, dans ce sens, «des capacités opérationnelles intactes et non encore exploitées, au niveau de l’Armée nationale populaire (ANP), mais aussi au niveau de la Sûreté nationale, les espaces économiques, à l’instar des foires pouvant être aménagés en centres d’isolement, au même titre que les édifices et structures publics».
A l’évidence, et abstraction faite de ce que peuvent signifier les chiffres communiqués en matière de lutte contre l’épidémie, dans une situation incertaine et surtout source d’inquiétude, le Président de la République n’a pas manqué de solliciter l’apport du citoyen de qui est attendu d’adopter les comportements les plus adaptés à la conjoncture qui met en alerte tout le monde.
«Les efforts de l’Etat demeureront limités sans la solidarité, la discipline et la compréhension des citoyens, notamment le signalement des cas suspects pour que ces derniers ne contaminent pas leurs proches, voire les passants dans la rue», a estimé le chef de l’Etat.
Primauté de la santé publique
Sur un autre registre, M. Tebboune s’est expliqué sur la question lancinante des rassemblements et autres marches populaires dont il a annoncé, par la même occasion, la décision d’interdiction quelle que soit la nature de la manifestation. En effet, si le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, n’avait pas fermé les possibilités de marches à condition de prendre les «précautions nécessaires», le chef de l’Etat a annoncé avant-hier la décision portant «interdiction des rassemblements et des marches quelles que soient leur forme et leur nature et isolement de tout endroit suspecté d’être un foyer de la pandémie».
Sur cet aspect, qui évoque indubitablement la question des libertés publiques dans un contexte politique, marqué par la récurrence des manifestations de rue, le chef de l’Etat, s’il montre le «caractère sensible» de la conjoncture, n’en souligne pas moins le souci des autorités politiques pour «les libertés et les droits», des valeurs fortement portées par la dynamique populaire du 22 février 2019. «La pandémie relève de la sécurité sanitaire nationale, même si cela impliquerait la restriction temporaire de certaines libertés, la vie humaine étant au-dessus de toute autre considération», a-t-il soutenu dans son message prononcé au soir de la marche hebdomadaire des étudiants à laquelle se joignent des citoyens de la capitale, mais qui n’a pas eu lieu cette fois en présence des étudiants.
Les organisations estudiantines impliquées dans ce mouvement ont décidé de surseoir aux manifestations du mardi à titre de prévention contre le risque de propagation du virus, une décision par ailleurs approuvée par de nombreuses voix acquises au mouvement populaire, qui ont appelé à «une trêve sanitaire» pour éviter une propagation du coronavirus. n