Après une première sortie qui l’a conduit à Arzew, où il avait visité les installations pétrochimiques de Sonatrach, le Premier ministre a choisi Reggane (Adrar) pour sa seconde sortie ; une visite axée également sur l’industrie pétrolière et gazière qui, d’après Ahmed Ouyahia, continuera à être la « locomotive » de l’économie malgré les efforts déployés par l’Etat pour sa diversification.

C’est un secret de polichinelle que de dire que la diversification de l’économie ne se fait pas du jour au lendemain, mais c’est une question qui s’inscrit dans un objectif stratégique de moyen et long termes.
Ahmed Ouyahia n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin des économistes qui estiment que le pays a besoin d’accélérer l’investissement en hydrocarbures pour pouvoir financer la transition vers une économie hors hydrocarbures. Hier, depuis Reggane, où il a inauguré le complexe gazier Reggane Nord, le Premier ministre a affirmé que cette structure était « un important acquis » pour l’économie nationale et qu’en dépit des efforts déployés par l’Etat pour la diversification de l’économie nationale, l’énergie en demeure la locomotive. « Avec une moyenne de production de près de 3 milliards de m3/an, ce complexe est un important acquis pour l’économie nationale de par les ressources en devises fortes qu’il régénérera », a déclaré Ahmed Ouyahia. Cette réalisation « contribue et contribuera encore plus à l’emploi des centaines de jeunes, ce qui impactera positivement et directement sur le développement à travers la wilaya ».
La volonté du gouvernement d’accélérer dans le rendement de l’amont pétrolier et gazier qui, faut-il le rappeler, connaît une tendance baissière depuis près d’une décennie, a été affichée maintes fois.
Du temps d’Abdelmalek Sellal, rappelons-le, la direction du groupe Sonatrach a été mise en demeure, lors d’une rencontre avec l’ex-Premier ministre, quant aux retards et/ou blocages constatés sur certains projets, lui fixant comme seul défi le relèvement des niveaux de production à même de compenser les pertes que fait subir la chute des cours du pétrole. Ahmed Ouyahia, lui, semble se méfier des grands shows et préfère insister sur les enjeux économiques d’un retour aux performances de l’industrie des hydrocarbures. Il fait savoir à sa manière que la question est vitale pour le devenir du pays et des projets de transition économique. Ahmed Ouyahia a fait comprendre également, que le projet de diversification se construit aussi par la contribution des entreprises nationales.
Il a à ce sujet valorisé la signature de contrats de partenariat entre le Groupe Sonatrach et des entreprises publiques pour le développement du champ gazier de Tinhert (Illizi).
Les entreprises publiques « ont relevé le défi de ce partenariat pour le développement du champ gazier de Tinhert, qui aurait pu être confié à des sociétés étrangères », a indiqué M. Ouyahia. Cette signature « prouve encore une fois que les entreprises algériennes sont aptes à contribuer à l’édification de l’économie nationale et à remplacer les sociétés étrangères dans des secteurs importants et sensibles comme les hydrocarbures », a-t-il estimé. M. Ouyahia a souhaité que les choix de l’Etat, conformément aux orientations du président de la République, M.
Abdelaziz Bouteflika, encouragent les entreprises nationales à aller de l’avant dans cette voie et inciter d’autres à contribuer à la consolidation de cette option.

Diversifications des recettes en devises, l’industrie minière à la rescousse
Outre l’impératif de rehausser les niveaux de performance de l’industrie pétrolière et gazière, le gouvernement ne s’est jamais montré aussi clair sur l’objectif de valoriser l’ensemble des richesses minières du pays. Le ministre de l’Industrie et des Mines a esquissé récemment un plan visant à redonner à l’industrie minière (fer, phosphate, plomb, zinc, or…) ses lettres de noblesse à travers la signature de plusieurs contrats avec d’importantes firmes internationales. Les premiers investisseurs commencent d’ailleurs à se faire connaître. Hier, à Adrar, le Premier ministre a inauguré une nouvelle cimenterie dans la commune de Timektane (Adrar), première du genre dans la région. Fruit d’un partenariat algéro-chinois pour un investissement de 21 milliards de dinars, cette nouvelle cimenterie, s’étendant sur une surface de 32 hectares, est d’une capacité de production prévisionnelle annuelle de 1,5 million de tonnes, et devrait atteindre trois (3) millions de tonnes/an après son extension prévue dans une deuxième phase. Ce projet, qui générera 1100 emplois dont 400 permanents, relève de la Société privée de Travaux généraux Sidi Moussa (STG Sidi Moussa) à hauteur de 71% et de la société chinoise China triumph international engineering company (CTIEC Beijing) pour 29%. Cet ambitieux projet devra ainsi mettre à la disposition de ses clients les différentes variétés de ciment dont le ciment pétrolier que cette unité produira à raison de 200.000 tonnes/an pour les entreprises pétrolières activant dans la région. Récemment, lors d’une conférence à Blida, où il a été question de lancer un pôle de compétitivité agroalimentaire, le ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, a indiqué que le gouvernement avait identifié plusieurs leviers susceptibles d’améliorer les recettes en devises, dont la réorientation des produits de l’industrie minière vers l’exportation. Et c’est LafargeHolcim Algérie qui a donné l’exemple, la semaine dernière, en expédiant sa première cargaison de ciment gris vers les marchés extérieurs. Grâce à l’essor que connaît l’industrie du ciment, riche d’un parc de dix-sept cimenteries d’une capacité globale de 25 millions de tonnes (contre 20 millions de tonnes en 2015), le pays passe d’un statut d’importateur à celui d’exportateur en mettant sur le marché international ses excédents de production. En 2020, la capacité de production du pays doit augmenter à 40,6 millions de tonnes avec 20 millions de tonnes pour GICA, et 11,1 millions de tonnes pour LafargeHolcim Algérie, ainsi que 9,5 millions de tonnes pour les opérateurs privés. Les objectifs de production à moyen terme vont évidemment conduire les opérateurs à écouler leurs excédents sur le marché international. Aux travers de sa visite et sa prise de parole tant à Reggane qu’à Timektane, Ahmed Ouyahia faisait comprendre que la contribution des entreprises nationales, publiques et privées, peut être un catalyseur de la croissance à la fois dans les industries d’hydrocarbures que dans les secteurs hors hydrocarbures.