Le déplacement d’Ahmed Ouyahia à Paris, au lendemain de la visite du président Macron à Alger, confirme le renouveau des relations algéro-françaises et la volonté des deux pays à aller de l’avant, dans un climat apaisé.

Le ton était donné par le président français, lors de son escale algéroise, où il a assuré qu’il était venu bâtir l’avenir avec l’Algérie et qu’il misait grandement sur les jeunes algériens. Mais l’épineux dossier de la mémoire, souvent sujet de tension entre les deux pays, a été, cette fois-ci, abordé avec plus de souplesse et de tact. Le Premier ministre Ouyahia l’a confirmé depuis Paris où il a co-présidé les travaux de la 4ème session du comité intergouvernemental de haut niveau algéro-français.

«Dimension particulière»
«Le rendez-vous du CIHN revêt une dimension particulière dans le sens où il permet de cultiver ce partenariat d’exception mis en place par les deux pays depuis cinq ans», a déclaré M. Ouyahia lors de la conférence de presse conjointement animée avec son homologue français, Edouard Philippe. Au-delà du fait que le dialogue stratégique entre les deux pays se maintienne et se concrétise par des accords de partenariat dans divers domaines, c’est le dialogue politique continu, en dépit des divergences, qui est à relever. Justement, M. Ouyahia a affirmé qu’ «au-delà des différentes questions liées à la coopération entre les deux pays, la rencontre a permis aux responsables algériens et français d’aborder les questions qui intéressent les deux pays, à savoir la lutte antiterroriste au Maghreb et en Europe, la stabilité et la sécurité dans la région». Evidemment, la question de la mémoire a été évoquée par les deux parties : «Nous avons naturellement abordé la mémoire. L’Algérie ne soulève pas ce dossier pour enfermer les relations algéro-françaises dans le passé mais pour alléger la démarche commune vers l’avenir et lui donner plus d’entrain en prenant en charge quelques soucis et quelques legs que nous avons», a déclaré Ahmed Ouyahia à ce sujet, avant d’annoncer que les questions liées à la restitution des crânes des résistants algériens et des archives détenues par la France était en voie de règlement. D’ailleurs, même le ministre des Moudjahidine, qui n’a de cesse réclamer des excuses de la part de la France, estime que la dernière sortie du président Macron au sujet du dossier de la mémoire constituait «une initiative positive».

Des mesures d’aide
L’autre dossier de préoccupation commune concerne l’accord algéro-français de 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles. A ce sujet, le premier ministre algérien a annoncé la signature prochaine d’un document annexe pour «gérer une catégorie de population qui n’est pas couverte par l’accord, à savoir les jeunes qui viennent en France et qui ne sont considérés ni comme étudiants ni comme travailleurs». Mais surtout, il en a profité pour annoncer plusieurs mesures en faveur de la communauté nationale établie en France, soulignant que ce que fait l’Etat algérien à leur service est «un devoir qu’il entend améliorer chaque fois que possible». A ce titre, il a précisé, dans une allocution prononcée devant des membres de la communauté à l’ambassade d’Algérie en France, que les jeunes de la communauté algérienne en France qui souhaitent s’installer en Algérie pourront bénéficier des dispositifs d’aide à la création de micro-entreprises. Ces dispositifs, a-t-il expliqué, accompagnent les jeunes de 18 à 35 ans dans plusieurs activités, depuis l’agriculture ou la production de biens et de services, jusqu’à l’ouverture de cabinets de médecins ou de bureaux d’architectes. Le Premier ministre a indiqué que les compatriotes de la communauté qui souhaitent investir en Algérie «pourront bénéficier de tous les régimes d’avantages ouverts aux investisseurs nationaux résidents», faisant observer que l’Algérie a «tant besoin» du savoir-faire, des compétences et des capitaux de ses enfants expatriés pour son développement économique. L’autre mesure importante, très revendiquée, concerne l’acquisition de logement en Algérie par les membres de la communauté qui, désormais, pourront accéder aux différents dispositifs de promotion immobilière, y compris, a-t-il précisé, ceux qui relèvent des pouvoirs publics. Il a également annoncé l’ouverture, au cours de 2018, d’une banque en France, filiale de la Banque extérieure d’Algérie (BEA), au profit de ses ressortissants qui désirent en être clients, et au service du flux commercial entre l’Algérie et la France, précisant que les procédures pour cette ouverture «sont en cours de mise en place». Par ailleurs, au sujet des attentes de l’Algérie auprès des membres de la communauté, le Premier ministre a insisté sur le fait que «l’Algérie doit toujours demeurer au-dessus des différences et mêmes des divergences politiques ou autres», relevant que chacun peut avoir ses propres opinions politiques et certains peuvent également être des opposants au pouvoir et «c’est leur droit», a-t-il souligné. «Lorsque l’Algérie va mal, vous souffrez, et c’était le cas lors de la tragédie nationale. Lorsque votre pays se porte bien ou pas trop mal, vous en êtes fiers», a-t-il fait observer, leur demandant de ne pas rester «indifférents» devant «toute tentative de diviser la communauté nationale ou de porter atteinte à l’unité de l’Algérie».

«Bouteflika dirige bien l’Algérie»
Enfin, Ahmed Ouyahia a jugé nécessaire de préciser le fond de sa pensée sur certaines questions de l’actualité nationale, envoyant un message clair à ceux qui douteraient que le pays est géré dans l’opacité. Dans ce sens, il affirmé que le président Bouteflika «se porte bien» et «dirige bien le pays», avant d’ajouter qu’ «il n’y a ni cabinet noir ni pouvoir occulte à Alger». Plus prolixe, il dit que «s’agissant des nouvelles de mon pays, je vous dirai que notre président de la République, Abdelaziz Bouteflika, se porte bien et que Dieu lui prête longue vie et bonne santé». Il enchaîne : «Certes, notre Président n’a plus tout le dynamisme que vous lui avez connu lorsque vous l’avez rencontré en 2000 et en 2004 ici en France. Cependant, et contrairement à toutes les rumeurs et propagandes véhiculées par certains à partir de l’Algérie ou à partir de l’étranger, notre Président dirige bien le pays dans tous les domaines, et il n’y a ni cabinet noir, ni pouvoir occulte à Alger», a ajouté M. Ouyahia. Il a indiqué que l’Algérie «vit son expérience démocratique qui s’améliore sans cesse. Nos institutions sont élues régulièrement, toutes les cinq années, et ce sera le cas pour les prochaines élections présidentielles en 2019». Relevant que la sécurité a été rétablie à travers le pays, M. Ouyahia a souligné qu’il «reste encore quelques terroristes qui activent encore», promettant que le pays «triomphera, soit avec la main tendue de la réconciliation nationale, soit par la puissance de notre Armée nationale populaire». Pour le Premier ministre, «l’unité nationale se consolide sans cesse, et Tamazight est venue renforcer cette unité. La Constitution l’a désormais érigée en langue nationale et officielle et elle est enseignée dans les établissements publics de l’éducation dans plus de 20 wilayas en attendant la généralisation de cet enseignement au reste du territoire national». Il a ajouté à, cet effet, que le Haut-commissariat à l’amazighité «fait un travail promotionnel formidable et l’Académie algérienne de la langue amazighe verra le jour très bientôt», estimant que tout cela «est bien loin de la propagande subversive de certains milieux».