Par Sihem Bounabi
Chaque jour, en moyenne «cinq à six femmes battues sont reçus quotidiennement au niveau du service médico-légal de l’hôpital Mustapha-Bacha», a affirmé le Pr Rachid Belhadj, Chef de service médicolégale de l’hôpital Mustapha-Bacha et président de l’Académie algérienne du développement des sciences médico-légales, à la Chaîne III de la Radio nationale. Il précise ainsi qu’entre 2017 et 2019 son service a recensé 2 202 femme battues.
S’exprimant à l’occasion du 4e Congrès international de médecine légale, organisé par l’Académie des sciences médico-légales notamment consacré à la violence faite aux femmes et aux enfants, le Pr Rachid Belhadj a souligné que dans la majorité des cas le lieu de l’agression est le domicile familial. Il souligne également que ses femmes sont souvent violentées par un de leurs proches, le mari, le frère, le cousin et même parfois une autre femme du cercle familial. Face à l’ampleur du phénomène, la question de l’harmonisation des pratiques médico-légales pour la prise en charge des victimes de violences, que ce soit des violences physiques, psychologiques, morales ou sexuelles, était une des thématiques principales de ce 4e Congrès international de médecine légale auquel ont participé des médecins légistes venus de tout le territoire national mais également des spécialistes maghrébins, égyptiens et français.
Le Pr Rachid Belhadj souligne à propos de l’importance de cette thématique qu’il est important d’harmoniser les pratiques médico-légales car «on ne veut pas que les victimes de violences physiques ou sexuelles soient aussi violentées par un mauvais accueil au niveau des établissements de santé ou par l’absence de moyens ou de manque de coordinations». Il ajoute que «nous voulons aussi donner aux intervenants, des outils et des matériaux scientifiques qui peuvent être utilisés au profit des victimes ou des justiciables afin que le juge, les intervenants ou les éléments de la police judiciaire puissent utiliser ces preuves scientifiques dans le procès ou dans l’enquête dans le cadre du respect des droits de l’homme et de la dignité humaine tel que cela est inscrit dans la constitution».
Il précise ainsi que la Constitution algérienne en son article 40 spécifie que «l’Etat est garant de la protection des droits de la femme et de la sécurité des personnes vulnérables». Pr Rachid Belhadj aspire ainsi à travers l’organisation de ce congrès améliorer la prise en charge des femmes et des enfants victimes de violences, estimant qu’avec «une quinzaine de facultés de médecine, différents instituts et un important nombre de médecins légistes que compte l’Algérie, il est important à travers ce congrès de donner un outil scientifique en matière de preuves scientifiques dans le cadre du respect du droit national et international du respect de la dignité humaine».
Il confie également que lors de ce congrès des propositions sont également faites afin que le travail de médecins légistes ne se limite pas au volet purement médical, mais «se consacre également à l’accompagnement de ces victimes sur le plan psychologique, social et d’orientation juridique afin de ne pas laisser la victime seule face aux procédures».
Il souligne également la volonté de créer une réelle organisation pour la prise en charge de ces femmes et enfants, victimes de leurs agresseurs, en impliquant tous les intervenants et en ne restant pas dans les propositions théoriques.
Parmi les situations nécessitant une réelle coordination, il cite notamment le cas des femmes violentées et expulsées du domicile avec enfants, confiant que «nous rencontrons des difficultés dans la prise en charge des victimes qui se retrouvent sans hébergement notamment la nuit». Par ailleurs, parmi les efforts déployés pour assurer une meilleure prise en charge des victimes, le Pr Rachid Belhadj cite la création d’une unité psychologique notamment pour les couples dont les enfants ont été victimes de violence sexuelles et que ce drame a causé beaucoup de cas de divorce. Il souligne que «cette unité est animée par deux psychologues expérimentés et formés dans ce domaine. «Depuis la création de cette unité, nous avons constaté une nette amélioration grâce à des séances de thérapie familiale» mettant ainsi en exergue l’importance de sortir de «la prise en charge purement médicale de la victime vers une prise en charge multisectorielle».
Par ailleurs, le Pr Rachid Belhadj a tenu à tirer la sonnette d’alarme devant le recensement d’une augmentation, ces derniers temps, des cas de mort subite par overdose chez des sujets jeunes. Il tient ainsi à alerter que «ce phénomène est nouveau chez nous. Avant, il n’existait pas beaucoup de cas, mais ces derniers temps nous pratiquons de plus en plus souvent des autopsies chez des sujets jeunes qui meurent par overdose que ce soit par la consommation de cocaïne, d’héroïne ou autre drogue». <