Selon le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche, le Pr Mustpaha Khiati, concernant l’épidémie du Covid-19, «les pouvoirs publics ont pris du retard à prendre les mesures d’urgence qui s’imposaient de fait, contrairement à d’autres pays qui ont très vite réagi dès l’apparition de la pandémie, en commençant par fermer leurs frontières terrestres et aériennes».
Et pourtant, selon ce dernier qui était hier l’invité du Forum du quotidien Likaa, «nous n’avons eu de cesse depuis au moins dix jours d’alerter les autorités compétentes de l’urgence de suspendre le trafic aérien et maritime, notamment avec l’Italie et la France, où la pandémie a pris des proportions dramatiques. Mais c’était peine perdue. Et chose pour le moins regrettable, tous les cas de contamination avérés à ce jour ont une origine extérieure.» Citant au passage le dernier cas découvert, un Iranien qui est entré au pays ces derniers jours et qui «aurait pu être identifié dès son arrivée à l’aéroport international d’Alger dès lors où un contrôle s’imposait sur sa personne, car venant d’un pays où la pandémie fait un ravage». Poursuivant dans ce sens, «ce n’est que ces derniers jours que des décisions fermes ont été prises. C’est à croire que nos responsables n’ont pas été à la hauteur ou bien ont ignoré l’existence du Haut conseil national de la santé instauré par la loi de la santé de 2018 et dont les prérogatives lui permettent de donner son avis devant un cas de pandémie». L’invité du Forum a par ailleurs tenu à souligner ouvertement que la sécurité sanitaire prévaut sur toute considération et du coup on peut se demander pourquoi ce retard dans les prises de décisions. Rappelant dans ce sillage «quand le ministre de la Santé prend des décisions dans des cas pareils, il faut qu’elles soient appliquées sur le champ et à la lettre, ce qui n’a pas été toujours le cas malheureusement. Et ainsi cela s’est traduit sur le terrain par des situations paradoxales». Revenant sur la question du retard dans la prise de décision, il dira tout de go : «Devant un danger aussi mortel que cette pandémie, nos responsables ont préféré la décision politique à celle scientifique.» Interrogé si notre système de santé est en mesure de gérer et de maîtriser la situation, le Pr Khiat a répondu : «Tout dépendra de la tournure que prendra la pandémie. Pour l’instant, le ministère de la Santé a mis en place tout un dispositif qui puisse prendre en charge les cas de contamination décelés. Espérons seulement que le nombre de cas ne se multiplient trop vite et que nos établissements ne se retrouvent pas dépassés.» Sur ce dernier point, le conférencier n’a pas hésité à avancer : « Le Covid-19 a tout au moins mis à nu l’inefficience de notre système dans la gestion de pandémie.» Et de s’interroger : «Va-t-on en tirer les leçons ?» Sur la question des queues d’attente au niveau des services épidémiologiques, le Pr Khiati l’a expliqué par le fait du manque de réactifs en quantité suffisante. «Compte tenu de la cherté des réactifs à l’international, le gouvernement est appelé à dégager un budget supplémentaire pour pouvoir fournir les services de dépistage en quantité importante de réactifs », a indiqué le président de ladite fondation. Ce dernier n’a en outre pas exclu la décision de mettre en quarantaine les régions où de nombreux cas ont été découverts. «C’est d’ailleurs un dispositif de prévention tout à fait indiqué avant de passer à un autre stade de décision», a-t-il souligné. Soulignant au passage «jusqu’ici, nous ne sommes qu’au stade 2. Le suivant, c’est celui de décréter le confinement. Mais j’espère qu’on n’arrivera pas à une telle mesure». Pour le Pr Khiat, «c’est d’autant plus possible pour peu que tout le monde applique les consignes élémentaires. C’est-à-dire s’imposer des règles d’hygiènes et surtout éviter les lieux de regroupement de personnes pendant toute la période de confinement. «C’est d’ailleurs par ce procédé que les Chinois sont arrivés à freiner la propagation du virus et surtout sauver des centaines de gens», a-t-il conclu. n