Une énième alerte quant à la quatrième vague de la pandémie de Covid-19 en Algérie a été lancée, hier, par le président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), le Pr Kamel Selhadji, qui a largement mis en évidence l’importance d’augmenter rapidement le rythme de la vaccination et d’aller à l’instauration du pass sanitaire pour éviter la propagation du virus à grande échelle.

PAR INES DALI
«La quatrième vague est là. Certains indicateurs sont là aussi et mettent clairement en évidence que cette quatrième vague n’en est qu’à ses débuts», a-t-il indiqué, citant la hausse des cas quotidiens de contamination et insistant que «le virus continue de circuler».
Cela fait deux ans que le virus circule et les études menées par l’ANSS ont démontré qu’il y a un décalage d’environ six à huit semaines entre ce qui se passe en Europe et en Algérie. C’est ce qui explique, selon le Pr Senhadji, que la vague actuelle en Algérie «n’a pas la même intensité» que dans les pays européens. Pour lui, c’est «un indicateur important que nous pouvons utiliser dans notre stratégie de lutte contre la pandémie, dans la mesure où cela nous permet d’avoir des prévisions et de mettre en place les mécanismes de lutte».
Le décalage d’environ deux mois aurait pu être mis à profit pour continuer à vacciner massivement, ce qui n’a malheureusement pas été le cas, a déploré le Pr Senhadji, qui s’exprimait sur les ondes de la chaîne 1 de la Radio nationale. «Il aurait été souhaitable que nous ayons pu profiter de la situation d’accalmie et du décalage pour vacciner plus», a-t-il dit, avant de développer que le vaccin n’a pas une efficacité instantanée, mais nécessite au moins un mois ou un mois et demi pour que le corps humain produise les anticorps qui renforcent son immunité.
«Si la quatrième vague venait à nous atteindre avec une grande intensité, il y aurait une hausse importante des cas de contaminations, mais aussi des décès. C’est ce qui est regrettable car nous pouvons éviter une telle situation avec une plus importante vaccination», a tenu à souligner l’invité de la Radio, estimant qu’il y aura «un petit amortissement du choc de la quatrième vague en raison de la partie de la population qui a été vaccinée». Malheureusement, a-t-il ajouté, au vu de la situation actuelle dans notre pays qui se traduit par la réticence à vacciner, il reste encore beaucoup de personnes à vacciner et, dans ce cas, il est difficile d’obtenir une immunité de masse. «Il aurait été possible d’obtenir cette immunité si nous avions continué le calendrier vaccinal avec une moyenne de 200.000 personnes vaccinées par jour. Cela aurait permis d’obtenir environ 20 millions de vaccinations en cent jours. On aurait pu atteindre ce chiffre il y a trois mois. Dommage, ce ne fut pas le cas».
«36 millions de personnes à vacciner»
Il va plus loin en affirmant que «l’immunité collective est une illusion sur le plan opérationnel si nous ne vaccinons pas suffisamment» et qu’elle ne peut provenir que de la vaccination. «Il ne peut y avoir immunité collective si nous continuons à vacciner par petits morceaux. En outre, l’étude de l’ANSS qui a déterminé les 20 millions de vaccinés avait été faite lorsque le variant britannique était prédominant. Or, aujourd’hui, c’est le variant Delta qui circule. Aujourd’hui, il faut vacciner 36 millions de personnes», a révélé le président de l’ANSS, ajoutant que pour obtenir l’immunité avec le variant Delta, il faut 90% de taux de vaccination.
Le Pr Senhadji a poursuivi que les experts de l’Agence qu’il préside ont recommandé «la nécessité de prendre rapidement des mesures pour éradiquer cette épidémie et revenir à une vie normale. «Avec cette 4e vague, il faut augmenter rapidement le rythme de la vaccination», a-t-il fortement recommandé, ajoutant que «l’imposition du pass sanitaire est l’une des plus importantes des mesures à prendre, notamment dans les milieux en contact avec les citoyens tels les hôpitaux, les universités, les écoles, les stades, les salles de concert et autres».
En Europe, la vaccination a permis d’avoir un faible taux de mortalité malgré la hausse des cas confirmés. Le nombre de décès a diminué de 90% après avoir atteint un taux de vaccination élevé, a-t-il tenu à noter. Autrement dit, «sans la vaccination, les décès augmentent proportionnellement à l’augmentation des infections», a-t-il précisé, mettant en avant que la baisse considérable des décès dans les pays européens démontre que la vaccination a «une efficacité prouvée scientifiquement».
Pour le Pr Senhadji, il est encore temps de rattraper la situation actuelle. L’épidémie est dominée par le variant Delta et d’un côté, c’est positif, «car nous connaissons ce variant», a-t-il estimé. «La situation dramatique qu’il a causée lors de la troisième vague l’été dernier en étant à l’origine d’une très forte consommation d’oxygène, nous pouvons dire que nous la maîtrisons maintenant. Le volet de la disponibilité de cette matière a été pris en charge par le secteur de la santé. Jusqu’à présent, nous n’avons pas un autre variant et tant mieux, car si nous venions à être surpris par un nouveau variant dont nous ne connaîtrions pas les caractéristiques ou les propriétés, contrairement au Delta, il serait difficile de prévoir alors quel serait le moyen de lutte le plus efficace».
Dans tous les cas, c’est la vaccination qui pourra mettre un terme à tous ces désagréments. C’est la seule solution qui s’offre pour stopper ou, du moins, atténuer la propagation du Covid-19 et ses méfaits, selon le président de l’ANSS, qui a indiqué que sur les 50 dernières années, la vaccination a permis de diminuer de 50% le taux de mortalité chez les personnes atteintes de maladies infectieuses.