Les nouvelles contaminations au coronavirus sont allées crescendo durant la semaine dernière pour se rapprocher de plus en plus des 200 cas confirmés par jour, alors qu’elles se sont maintenues autour des 100 cas par jour, et parfois bien moins, pendant plusieurs semaines. Ce qui a fait dire au président de la Société algérienne d’immunologie (SAI), le professeur Kamel Djenouhat, que la situation commence à devenir inquiétante après la pause épidémiologique qu’a connue le pays.

PAR INES DALI
Pour la seule journée de vendredi, l’Algérie a enregistré 181 nouveaux cas confirmés de Covid-19, contre 167 cas jeudi, ce qui peut représenter actuellement une hausse non négligeable surtout si l’on considère que parmi ces cas figurent ceux des variants britannique et nigérian bien plus contaminants et dont le nombre ne cesse d’augmenter. Ceci au moment où dans le monde la pandémie continue de se propager, le cap des 3 millions de morts ayant été franchi et les infections ayant largement dépassé le seuil des 136 millions de personnes. Pour le moment, l’Algérie enregistre un nombre de décès très bas ne dépassant pas, ou très rarement, les cinq cas par jour. «On commence tout de même à s’inquiéter, et ce, pour plusieurs raisons», a déclaré le Pr Kamel Djenouhat, rejoignant, ainsi, les déclarations d’autres de ses confrères qui ont fait eux aussi part de leur inquiétude.
Expliquant les raisons pour lesquelles la situation épidémique semble petit à petit changer en devenant «inquiétante», le Pr Djenouhat, qui est également le chef de service d’immunologie de l’hôpital de Rouiba, remet d’abord en cause le côté comportemental de la population d’une façon générale. «La première raison qui fait que nous soyons inquiets, c’est le comportement des citoyens algériens. C’est l’indiscipline et le relâchement total, ce qui est insensé». Il a soutenu que les spécialistes ont, certes, déclaré à plusieurs reprises qu’«on a atteint un certain degré où la situation était stable», mais «à maintes reprises aussi, on a dit que pour maintenir cette situation de stabilité, il nous fallait agir sur deux point, le premier étant au moins le respect du port du masque, sachant que le respect de la distanciation physique est difficile au ramadan».

Le port du masque doit être respecté
«J’insiste sur le port du masque, une mesure qui est à la portée de tous, car il a été démontré dans plusieurs pays que le port du masque même sans distanciation procure une certaine protection», a soutenu Dr Djenouhat, non sans revenir sur le triste constat de laisser-aller. «Il y a un relâchement total de la part des citoyens et dans certaines wilayas, les quelques rares personnes qui portent des masques on les prend pour des malades Covid !», a-t-il regretté.
Estimant que la hausse des cas annoncée ces derniers temps a, peut-être, eu un effet sur la population, notre interlocuteur a indiqué avoir constaté un peu plus de gens avec des masques dans la rue. «Pour être honnête, hier et aujourd’hui (samedi et vendredi, ndlr), j’ai vu que les citoyens sont en train de revenir un peu vers les masques, mais ça reste une minorité», a-t-il fait remarquer.
L’autre motif qui fait que la situation épidémiologique est inquiétante est la présence des variants britannique et nigérian. «Même si on a acquis une certaine immunité, on n’a pas atteint les 70%, et au moment où on avait parlé de cette immunité, on ne savait pas si elle nous protégeait contre les nouveaux variants ou non», a affirmé le président de la SAI. Il a enchainé en donnant un peu plus de précisions : «Maintenant, comme on peut le constater, et au vu de l’émergence de ces nouveaux cas de variants – à chaque fois une quarantaine ou une cinquantaine que nous communique l’Institut Pasteur d’Algérie – il est donc certain que ce sont les variants qui sont derrière la hausse des cas et que, fort probablement, ce qu’on a acquis comme immunité ne nous protège pas contre les variants, surtout le nigérian».

Situation «inquiétante»
Et au chef de service immunologie de l’hôpital de Rouiba, de résumer : «La situation est inquiétante, mais il n’y a pas danger pour l’heure. Il nous faut tout de même tirer la sonnette d’alarme pour que les citoyens en prennent conscience et retournent aux gestes barrières». Il réitère qu’au stade actuel, la situation reste «maitrisable» et pourrait le rester si on revient tous au respect des mesures de prévention, notamment le port du masque. Pour lui, on pourrait même éviter un reconfinement et avoir plus d’ouverture si les citoyens faisaient preuve d’un comportement plus adéquat en de telles circonstances. «On ne cherche pas à ce qu’il y ait reconfinement, mais on veut plutôt un certain civisme de la part des citoyens et une plus grande sensibilisation», a-t-il préconisé. Les précautions doivent donc continuer à être prises par les citoyens en attendant la vaccination qui, comme c’est le constat de tous, se poursuit lentement et c’est justement cette situation de non disponibilité de vaccins en quantités suffisantes qui devrait inciter les gens à être bien plus vigilants, de l’avis du Pr Djenouhat, qui a fait savoir que le personnel médical de l’hôpital de Rouiba a été vacciné.
Pour l’heure, il préfère éviter de parler d’une troisième vague de la pandémie mais soutient toutefois qu’«on ne peut rien prévoir» et que «tout est possible», tout en reconnaissant que si on atteignait les seuils de l’Europe ou des Etats-Unis en termes de nombre de cas lors de cette troisième vague qui les secoue, «ce serait la catastrophe dans les hôpitaux et surtout en réanimation», a-t-il averti. Pour la vaccination, il a estimé qu’«on ira probablement vers la vaccination massive vers la fin du mois si l’Algérie reçoit la quantité de vaccins prévue». Il conclut en indiquant souhaiter deux choses : l’acquisition d’une grande quantité de vaccins et l’adhésion de la population.