La vaccination «sporadique imposée à l’Algérie» est loin de convenir à la situation épidémiologique actuelle qui, conjuguée au relâchement de la population, ne peut que renforcer l’état d’inquiétude face à sa recrudescence dans le pays.

PAR INES DALI
La hausse continue des contaminations quotidiennes qui dure depuis près d’un mois et le maintien des cas confirmés au-dessus de la barre des 200 cas par jour depuis une semaine remettent plus que jamais sur le tapis et avec insistance l’aspect de la vaccination et celui de la sensibilisation. Ce sont deux facteurs primordiaux dans la lutte contre la pandémie de coronavirus dont l’importance n’est plus à démontrer et qui doivent être plus visibles sur le terrain en ces temps où l’on parle de plus en plus d’une éventuelle troisième vague de Covid-19 dans le pays. Une troisième vague que certains professionnels de la santé ont même averti que si elle venait à se confirmer, elle serait alors «plus meurtrière» et emporterait bien plus de vies que la deuxième vague de l’automne dernier.
C’est pourquoi miser sur une vaccination de masse, en sus du respect des mesures de prévention, est devenue une condition sine qua non pour estimer s’en sortir avec le moins de désagréments possibles de cette pandémie qui s’est abattue sur l’humanité il y a un an et demi. C’est dans ce sens que le président de la République a donné instruction pour «accélérer la cadence de vaccination au niveau national» mardi dernier. La dernière livraison de vaccins (le russe Sputnik V et le chinois Coronavac) a eu lieu vendredi dernier, mais on ne sait dans quelles quantités et à combien de personnes suffiront-elles.
C’est pourtant un aspect important lorsqu’on sait que jusqu’à présent, c’est justement la disponibilité d’un nombre de vaccins en quantités suffisantes qui fait défaut. La campagne de vaccination, qui a débuté le 30 janvier dernier, n’a pas encore atteint la vitesse de croisière en raison de la faiblesse des quantités de vaccins que l’Algérie a réceptionnées jusque-là, et ce, malgré toutes les promesses de livraisons qui avaient été faites, que ce soit dans le cadre multilatéral ou dans le cadre bilatéral.
Même le système Covax n’a pas pu tenir ses engagements, lui-même étant confronté à des problèmes d’approvisionnement auprès des laboratoires censés lui livrer des millions de doses de vaccins pour qu’il puisse, à son tour, les livrer aux pays à revenus intermédiaires (comme l’Algérie) et à revenus faibles.

«Redoubler de vigilance quand les cas sont bas»
Commentant cette situation, le professeur Djamel Eddine Nibouche, chef de service cardiologie à l’hôpital Nafissa-Hammoud (ex-Parnet) à Alger, a laissé entendre que la vaccination n’est pas ce qu’elle devrait être, car normalement, a-t-il dit, «c’est au moment où les cas quotidiens descendent qu’il faut être plus prudent et redoubler de vigilance pour que la pandémie ne puisse pas remonter et maintenir un fond de contamination». Il a ajouté, hier, sur les ondes de la Radio nationale, que «c’est lorsqu’on a un fond de contamination que la vaccination pourrait être efficace». Et au professeur Nibouche de donner de plus amples explications : «Pour que la vaccination soit efficace, il fait qu’elle soit de grande ampleur. Il faut aussi qu’elle soit faite à grande vitesse et qu’on maintienne cette vitesse. La vaccination ne doit pas non plus se faire de façon sporadique, mais il faut qu’elle soit maintenue. Or l’Algérie on lui impose une vaccination sporadique parce qu’il n’y a pas de lots de vaccins qui viennent souvent». Ainsi, pour ce spécialiste, il faut vacciner le plus grand nombre de personnes possible, rapidement et de façon ininterrompue. Ce sont des ingrédients qui, faut-il le reconnaitre, ne sont pas tous réunis et c’est la raison pour laquelle les gestes barrières sont toujours mis en avant par les professionnels de la santé.

Quid de la sensibilisation ?
Les recommandations des membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie vont également dans ce sens et c’est, par ailleurs, ce qui semble avoir motivé l’instruction du Président Tebboune relative à ce volet lors de la réunion de mardi dernier à laquelle étaient présents les membres dudit Comité. Une instruction qui a trait à la relation entre les autorités concernées, à savoir les pouvoirs publics et les autorités locales, et les citoyens en cette période caractérisée par un laisser-aller en matière de respect des gestes barrières. D’où l’instruction du Chef de l’Etat appelant à des «campagnes de sensibilisation qui doivent être intensifiées à grande échelle et les mesures préventives respectées, à la lumière du relâchement enregistré», est-il noté dans le communiqué de la Présidence.
La sensibilisation devra donc être menée sur tous les fronts et partout où on enregistre un flux important de citoyens. Elle est devra «englober tous les espaces et structures publics, notamment les établissements éducatifs, les mosquées, les marchés, les commerces et les moyens de transport», selon la même source, qui recommande un retour à la force de la loi, soulignant que «les contraventions doivent être dressées avec rigueur parallèlement à l’intensification du contrôle du respect des mesures préventives». La réalité est que les actions de sensibilisation ne sont plus aussi intenses ou aussi visibles qu’avant et c’est plutôt le relâchement qui a pris le dessus. A part les spécialistes de la santé, qui interviennent en matière de sensibilisation à chaque fois qu’ils sont sollicités, le reste n’est pas visible sur le terrain. On ne voit même plus les contrôles rappelant les gens à l’ordre, comme cela se faisait l’année dernière… «Les gens croient que la pandémie est finie, ils ont tort», estime le Pr Nibouche.