Selon le Premier ministre transition au Mali, son gouvernement va saisir les juridictions internationales pour contester
les sanctions « illégales » imposées à son pays par les Etats ouest-africains.

Par Anis Remane
« Ces mesures sont illégales au regard de plusieurs conventions internationales » dont celle qui « interdit des sanctions contre un pays sans littoral » comme le Mali, a affirmé Choguel Maïga dans un entretien diffusé dans la soirée du samedi 15 janvier à la télévision publique.
« Nous avons élaboré une stratégie de riposte contre ce processus de vassalisation de l’Etat malien. Parmi la batterie de mesures, (certaines sont) à caractère juridique. Nous allons porter plainte contre ces mesures devant les institutions habilitées au niveau international », a-t-il dit, sans citer les instances auxquelles il fait référence.
Ainsi, après le test politique réussi d’avoir mobilisé des millions de Maliens contre l’embargo de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), vendredi 14 janvier, le pouvoir de transition militaire malien cherche à se déployer sur le front diplomatique et juridique international.
« Certains pays se servent de la Cédéao et de l’Uemoa pour régler d’autres comptes. Il y a un habillage que nous comprenons très bien », a ajouté le chef du gouvernement, affirmant que ces organisations sont instrumentalisées par « des puissances extra africaines ». Des déclarations qui indiquent que Bamako entend engager un bras de fer avec les Etats de l’organisation régionale, tout en cherchant des soutiens politiques et diplomatiques en Afrique et hors du continent, sachant que la Chine et la Russie, déjà engagée au Mali par la coopération militaire, ont bloqué au Conseil de sécurité un texte contre le pouvoir militaire de transition à Bamako.

Jusqu’où ira ce bras de fer ?
Les choix déjà visibles des autorités maliennes de la transition sont de multiplier les contacts avec les pays du voisinage hors Cédéao comme la Mauritanie dont les ports pourraient servir de plateforme d’exportation des produits maliens, notamment miniers. Nouakchott, comme Alger qui s’est dit « disponible » pour une médiation, sont bien placés pour tenter d’amorcer un rapprochement entre Bamako et les Etats ouest-africains avec lesquels il est en conflit. L’enjeu, valable pour la Cédéao, est de ne pas aggraver le climat de tension en cours d’autant que les lignes d’hostilité s’installent également au plan international. Pour les deux parties, les marges de manœuvre semblent compliquées, celles qui sont les plus utilisables sont celles de la négociation qui devrait inciter Bamako, selon des termes que doivent trouver les diplomaties engagées à résoudre la crise, à revoir son chronogramme de transition. Jeudi 13 janvier, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exigé du gouvernement de la transition malienne, «un calendrier électoral acceptable». M. Guterres s’exprimait lors d’une rencontre avec des journalistes à New York. Il a précisé espérer « entrer en contact rapidement avec le gouvernement malien ». « Je crois que c’est absolument essentiel, que les autorités maliennes présentent un calendrier acceptable du point de vue des élections », a déclaré le Secrétaire Général de l’ONU. Il a précisé que « si un calendrier acceptable est présenté et que le gouvernement prend des mesures dans cette direction, il y aura une levée progressive des sanctions notamment la fermeture des frontières, l’embargo économique et financier imposé par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine ». Le Secrétaire Général de l’ONU a en outre indiqué avoir « travaillé avec la Cédéao et l’Union africaine pour créer les conditions qui puissent permettre au gouvernement du Mali d’adopter une position raisonnable et acceptable pour accélérer une transition qui dure déjà depuis longtemps ».

Mort de l’ancien président déchu Ibrahim Boubacar Keïta

L’ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta, qui a dirigé le Mali entre 2013 et 2020, est décédé dimanche à son domicile de Bamako à l’âge de 76 ans. «Le président IBK (Ibrahim Boubacar Keïta) est décédé ce matin à 09H00 (GMT et locales) à son domicile» à Bamako, a indiqué à l’AFP un membre de sa famille. Cette information a été confirmée par plusieurs membres de sa famille et de son entourage. M. Keïta, élu président du Mali en septembre 2013, avait été renversé par des militaires en août 2020. La cause du décès n’a pas été précisée. Le Mali, déjà plongé dans une grave crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012, fait aussi face depuis une semaine à de lourdes sanctions de la Cédéao. M. Keïta, qui se réclamait de la gauche, a connu une ascension fulgurante sous Alpha Oumar Konaré, premier président (1992-2002) de l’ère démocratique du Mali. Il a notamment a été Premier ministre de 1994 à 2000. Prétendant malheureux à l’élection présidentielle de 2002, il tient sa revanche en accédant au palais de Koulouba, le siège de la présidence malienne à Bamako, en 2013. Il sera réélu en 2018 face à Soumaïla Cissé, alors leader de l’opposition et décédé en décembre 2020 du Covid-19. Le coup d’Etat qui l’a renversé en août 2020 a été suivi d’un deuxième en mai 2021. Le pouvoir militaire de transition a annoncé son intention de prolonger cette phase jusqu’à cinq ans , alors qu’il s’était engagé auparavant à organiser le 27 février des élections présidentielle et législatives afin de permettre le retour des civils au pouvoir. Le chronogramme qu’il a annoncé et justifié par l’instabilité de la situation sécuritaire dans le pays, lui vaut d’être aujourd’hui engagé dans un bras de fer avec la Cédéao après l’embargo qu’elle a décrété.