Hormis, peut-être, le projet de loi sur les hydrocarbures adopté en 2005, le législateur algérien ne se souvient certainement pas d’un autre projet de loi qui ait suscité autant de commentaires et de débats que les projets de loi de finances pour 2017 et pour 2018.

Aussi, l’actuel gouvernement semble-t-il en avoir tiré les leçons et vouloir amener une ambiance d’apaisement dans les débats en plénière à l’Assemblée.
C’est dans cet état d’esprit que sera certainement discuté et adopté le projet de loi de finances complémentaire pour 2018. L’Exécutif a certes préféré un débat parlementaire à une législation par ordonnance, mais pas avant d’avoir expurgé la mouture finale, soumise à débat, des dispositions qui fâchent. De fait, le PLFC ne comporte pas de grande matière à polémique.
La disposition permettant l’accès des étrangers aux concessions agricoles en Algérie n’y figure plus. Dans sa toute première version, le projet de loi prévoyait que « le droit de concession des terres agricoles et les moyens d’exploitation, relevant du domaine privé mis à la disposition des fermes-pilotes, est transféré aux sociétés d’investissements créées dans le cadre de partenariats privé-public avec des investisseurs nationaux et étrangers ». Au départ, les choses étaient claires : l’Etat, en difficultés financières, souhaitait faire appel à des investisseurs étrangers pour sauver certaines fermes en situation de crise. Mais, connaissant le rapport de l’Algérien à la terre, cette disposition provoquerait une grosse polémique à l’APN, si elle était maintenue dans le PLFC. Autre sujet de polémique, les taxes relatives aux documents biométriques.
Le gouvernement avait institué des tarifs qui donnent le vertige avant de revenir sur cette décision. Le tir a été rectifié, mais dans une certaine cacophonie. C’est le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui avait évoqué ce sujet en premier, son ministre de l’Intérieur en second. M. Ouyahia, faut-il le rappeler, avait dénoncé, des « fuites organisées » sur l’avant-projet de loi de finances complémentaire pour l’année 2018.
Il s’agit de fuites destinées, selon lui, à alimenter « la spéculation et, parfois même, les fausses informations » sur les nouveaux tarifs de délivrance des documents électroniques. Le ministre de l’Intérieur a déclaré, lui, que les nouvelles taxes en question sont toujours à l’étude au gouvernement et qu’il ne s’agit, en définitive, que de propositions. En résumé, le PLFC aura été vidé des sujets susceptibles de provoquer des débats houleux. Par le réajustement des taxes et impôts, notamment les taxes sur les documents biométriques, le gouvernement espérait élargir l’assiette fiscale et financer les dépenses publiques, c’est raté. L’institution de taxes fait partie des procédés classiques dont use le gouvernement en ces temps de crise, l’Etat ne pouvant plus compter sur un hypothétique redressement des marchés pétroliers pour soutenir sa politique financière, car le cabinet Ouyahia ne s’attend pas à ce que le marché pétrolier se redresse immédiatement. Il dispose néanmoins d’une planche de salut : celle du financement non conventionnel. Cela lui fournirait une marge de manœuvre. Le mécanisme tient compte des difficultés nées de la crise pétrolière et apporte soutien aux entreprises tournées vers la production et le marché international dont l’objectif est de diversifier l’économie. Le gouvernement est à l’aise pour le moment avec ce financement, tant que l’inflation est maîtrisée.
Il peut se passer de certaines taxes, pour ne pas donner du grain à moudre aux parlementaires a fortiori dans un contexte où les présidentielles de 2019 suscitent des inquiétudes, selon l’opposition.