C’est aujourd’hui que le gouvernement va présenter aux parlementaires de l’APN le budget de 2023, le plus important de l’histoire du pays en raison des dépenses prévues pour l’exercice de l’an prochain : plus de 13.700 milliards de dinars, soit l’équivalent de près de 100 milliards de dollars. Une première !

Par Hakim Ould Mohamed
Depuis quelques jours déjà, soit depuis le 24 octobre dernier, la commission des finances du Parlement a entamé l’examen du projet de loi de finances 2023 présenté par le ministre des Finances Brahim Djamel Kassali, suivi d’une série d’auditions des responsables en charge de l’administration économique et des différentes institutions de l’Etat. Le projet de loi de finances devrait être présenté, aujourd’hui, à l’Assemblée, en plénière.
Le projet de budget pour 2023 consacre le niveau de dépenses le plus important depuis l’indépendance avec, au compteur, plus de 13.700 milliards de dinars, soit un peu plus de 98 milliards de dollars en change courant, marquant ainsi une augmentation de près de 4000 milliards de dollars, par rapport au budget de l’actuel exercice qui, lui, caracole à près de 10.000 milliards de dinars. Le budget de 2023 qui devrait être présenté, aujourd’hui, aux élus de la chambre basse du Parlement est énorme de par le niveau de dépenses, mais porte, aussi, une dose assez conséquente d’optimisme à travers les indicateurs macroéconomiques qu’il présente et prévoie pour les trois prochaines années. Dans son projet de budget pour le prochain exercice, le gouvernement : s’est appuyé sur un prix de référence du pétrole à 60 dollars le baril, ce qui signifie que le budget de 2023 reste fortement dépendant des recettes d’hydrocarbures. Le projet de loi de finances 2023 prévoit également un taux de croissance de 4,1% l’an prochain et de 4,4% en 2024. Cependant, le taux d’inflation attendu pour l’année prochaine est de 5,1%, contre 4,9% dans le budget 2022.
Outre le ministère de la Défense nationale, le budget de plusieurs autres ministères connait une importante augmentation, dont celui du ministère des Finances, du ministère de l’Intérieur, celui de l’Education nationale, qui arrive à la quatrième position en termes de budget alloué au titre de l’année 2023, le ministère du Travail et de l’Emploi et le secteur de la Santé. Sans l’ombre d’un doute, la hausse des prix du pétrole entamée depuis le début de l’année dernière peut justifier cette augmentation fulgurante des dépenses prévues pour l’an prochain.
La montée des prix du gaz, combinée à une renégociation des marges bénéficiaire de Sonatrach avec ses clients européens, devrait se traduire par une croissance assez appréciable des revenus en devises, mais aussi des recettes de la fiscalité pétrolière libellée en dinar, dont une partie sera reversée dans le FRR, permettant au gouvernement de disposer d’un pare-choc financier qui aiderait à financer l’important déficit budgétaire attendu pour 2023. L’on s’attend à ce que les revenus du pays provenant des hydrocarbures atteignent, cette année, 50 milliards de dollars, une manne qui est venu faciliter au gouvernement les arbitrages budgétaires au titre du prochain exercice. Pour ainsi dire, le projet de budget pour 2023 intervient dans une conjoncture économique nationale caractérisée par une nette amélioration de la situation sanitaire, la valorisation des revenus des hydrocarbures et la consolidation des principaux agrégats macroéconomiques, lit-on dans le texte dudit projet. Cependant, le gouvernement reconnaît l’impact négatif des tensions géopolitiques en cours sur les prix mondiaux des matières premières, en particulier les prix alimentaires, soulignant que cela nécessite une intervention de plus en plus importante de l’État. Le gouvernement compte sur la hausse des revenus de l’Etat l’an prochain pour financer le budget.
Mais si la situation venait à connaître un quelconque retournement sur les marchés de l’énergie, en raison de la récession qui menace l’économie mondiale, le gouvernement pourrait recourir à un budget rectificatif au cours de l’exercice. Mais, pour l’instant, le budget proposé par le gouvernement pour l’année 2023 cadre bien avec le contexte actuel et répond parfaitement aux besoins de relance et de rattrapage en termes de pouvoir d’achat des Algériens. Cependant, d’autres efforts liés à la diversification de l’économie, au renforcement des exportations et à l’augmentation des recettes fiscales ordinaire à travers le soutien de l’investissement doivent être consentis dans les mois à venir afin de renforcer la résilience de l’économie nationale face à d’éventuels nouveaux chocs externes et rétablir durablement la viabilité des comptes extérieurs. Le projet de budget pour 2023 reste un budget de reprise et de protection sociale.
Les dépenses à caractère social représentent une grande partie des dépenses de l’État. La hausse des dépenses de l’équipement répond quant à elle à l’objectif de soutenir l’émergence d’un tissu de petites, moyennes et grandes entreprises, notamment dans le domaine de la manutention, de l’économie numérique et des services.
C’est un budget qui viendrait à la fois renforcer le pouvoir d’achat des Algériens et à relancer l’investissement budgétaire afin de faire repartir la croissance dans les secteurs ayant subi le choc pandémique des années 2020-2021. <