PAR INES DALI
Les recettes engrangées par l’Algérie en raison de la hausse des prix du pétrole et du gaz permettront de revoir à la hausse les budgets de plusieurs secteurs en 2023, ainsi que l’augmentation des salaires, des pensions de retraite et de l’allocation chômage, en plus de disposer d’un matelas en devises susceptible d’atténuer un éventuel choc si le marché pétrolier viendrait à connaître un retournement de situation.
Ces mesures entrent dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) pour 2023 que le ministre des Finances, Brahim Djamel Kassali, a présenté, hier, en séance plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN).
Pour la hausse des salaires, cela devrait s’effectuer par le biais de la révision du point indiciaire et de de la révision de l’impôt sur le revenu global. Selon le ministre, l’augmentation des salaires, des pensions de retraite et de l’allocation chômage implique un déficit budgétaire de 4092,3 milliards de DA en 2022 (-15,9 du PIB), mais elle reste une mesure rendue nécessaire pour soutenir le pouvoir d’achat.
Outre le PLF 2023, pour lequel le prix de référence du pétrole est de 60 dollars le baril, le ministre a également présenté les prévisions de certains indicateurs pour 2024 et 2025. La croissance économique est estimée à +4,1% en 2023, +4,4% en 2024 et 4,6% en 2025. Le produit intérieur brut (PIB) hors hydrocarbures devrait connaitre un taux de 0,5% en 2023, 1,3% en 2024 et -0,2% en 2025. Quant à l’inflation, elle est évaluée à 5,1% pour 2023.
Quant aux réserves de changes, elles devront augmenter, passant de 59,7 milliards de dollars en 2023 à 69 milliards de dollars en 2025, selon le ministre.
Le PLF prévoit une augmentation des recettes budgétaires totales à 7.901,9 milliards de DA et des dépenses de 13.786,8 milliards de DA, réparties sur les dépenses de fonctionnement qui augmenteront à 9.767,6 milliards de DA (+26,9%) et les dépenses d’équipement à 4.019,3 milliards de DA (+2,7%) par rapport à la loi de finances complémentaire de 2022, selon M. Kassali. Sur cette base, le déficit budgétaire passera de 4.092,3 milliards de DA à un déficit moyen de 5.720 milliards sur la période 2023-2025 (-20,6% du PIB). Le déficit global de la trésorerie passera de 4.950,3 milliards de DA (-19,2 % du PIB), selon les prévisions de clôture de 2022, à un déficit moyen de 6.586,3 milliards pour la période 2023-2025 (-23,7 du PIB).
Concernant la répartition du budget de fonctionnement, le PLF a affecté 3.037,41 milliards de DA à la prise en charge des dépenses de l’augmentation des salaires des fonctionnaires relevant de l’administration centrale et des services centraux (+23,55% par rapport à 2022). Cette augmentation s’explique principalement par «l’augmentation de l’impact financier résultant de la prise en charge de la révision de la grille indiciaires des salaires et des systèmes des salaires des fonctionnaires, inclus en avril 2022, ainsi que de la prise en charge de l’impact financier de l’intégration des bénéficiaires du dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP) et le changement des contrats d’activités d’insertion sociale en contrats à durée indéterminée (CDI)», a-t-il dit. Il a ajouté, à ce propos, que la masse salariale devrait atteindre 4.629 milliards DA l’année prochaine, ce qui représente 47,39% du budget de fonctionnement, tandis que l’impact financier de l’intervention de l’Etat dans l’économie passera à 1.927,20 milliards DA (+ 40,67% par rapport à 2022), répartis essentiellement sur «la contribution au Fonds national du logement et à l’augmentation de la contribution de l’Etat à l’OAIC».
Le budget d’équipement (4.019,28 milliards DA) pour 2023 prendra en charge «l’achèvement des projets en cours de réalisation et l’inscription de projets stratégiques et urgents», selon le ministre, qui a précisé qu’en 2022, il y a eu «dégel d’un programme estimé à plus de 110 milliards de DA destiné à 217 projets d’investissement à valeur ajoutée». Le PLF 2023 prendra en charge «une série de mesures qui encouragent et facilitent l’investissement en agissant sur les impôts», tout en continuant à lutter contre toute sorte de corruption, ce qui est, par ailleurs, prévu dans la loi sur l’investissement, a-t-il rappelé.
Un fonds spécial de lutte anti-cancer
Dans le secteur de la santé et précisément pour les malades cancéreux, une nouvelle mesure a été proposée par la commission des finances et du budget de l’APN. Il s’agit de l’introduction d’un nouvel article dans le PLF 2023 pour la création d’un fonds spécial de lutte contre le cancer. En parlant du secteur de la santé, le député Karma Messaoud a indiqué que l’Algérie dispose de suffisamment d’infrastructures mais qui nécessitent une gestion différente. «Nous avons 10.000 infrastructures de santé en Algérie, mais elles ne sont pas efficaces. C’est pourquoi j’estime que nous n’avons pas besoin d’en construire de nouvelles, mais devons plutôt revoir la gestion de celles existantes pour plus d’efficience», a-t-il dit, tout en relevant la carence en entretien des équipements et autres.
Un autre député, Bouder Moundir, tout en saluant les programmes d’investissement ainsi que le budget de 2023 d’un montant de «plus de 13.786 milliards de DA, soit près 100 milliards de dollars», n’a pas manqué de mettre le doigt sur ce qui peut être qualifié de talon d’Achille, à savoir «l’absence de mécanismes d’évaluation» et des données «fiables». Dans son intervention, il a déclaré que cela constitue un point négatif qu’il faut corriger, car «disposer de données fiables par une évaluation exacte, c’est cela qui rétablit la confiance des investisseurs et contribue à la relance économique».
Exonération fiscale pour les véhicules hybrides
Le secteur de l’automobile n’a pas été en reste. La commission des finances et du budget de l’APN a proposé l’amendement de l’article 20 du PLF 2023 pour «encourager l’importation des véhicules hybrides (essence-électricité) pour la protection de l’environnement». Il a également été souligné l’élargissement de l’exonération fiscale aux opérations d’importation des véhicules hybrides et électriques, ainsi que la facilitation des importations des véhicules de tourisme de moins de 3 ans, et ce, en supprimant la condition d’importer un véhicule une fois tous les 3 ans. A ce propos, un député a proposé, lors de son intervention, l’exonération totale des taxes pour les véhicules de moins de 3 ans.
A noter que les débats se poursuivent aujourd’hui avec un total de 250 interventions des députés. Les réponses du ministre des Finances sont attendues pour demain, tandis que la séance de vote du PLF 2023 est prévue mardi prochain. n