Entre sa prise de fonction et l’examen suivi de l’adoption aujourd’hui de son plan d’action, le gouvernement Djerad aura constaté la complexité de la tâche dont il hérite et la difficulté de sa mission consistant à mettre en rail une machine économique fortement grincée et dépendante des recettes pétrolières.
En effet, le gouvernement Djerad a dû faire face, dès sa prise de fonction, aux conséquences des décisions antérieures, ce qui ne constitue pas moins un passif difficile à gérer sur le plan économique et social.
A titre d’exemple, la loi de finances 2020, élaborée et adoptée sous le gouvernement des affaires courantes de Noureddine Bedoui, n’a pas tardé à susciter des réactions de colère de la part de certaines catégories professionnelles.
C’était le cas notamment des avocats qui ont sitôt riposté contre la disposition de la loi de finances excluant les professions libérales de la souscription à la déclaration de l’impôt forfaitaire unique (IFU). Une réaction qui a contraint le gouvernement à faire marche arrière dans ce registre. Le ministère des Finances annonce aux «contribuables relevant de l’impôt forfaitaire unique (IFU) que le délai de souscription de la déclaration spéciale, fixé initialement au 1er février 2020, conformément aux dispositions de l’article 50 de la loi de finances 2020, modifiant et complétant l’article 1 du Code des procédures fiscales (CPF), est reporté à une date ultérieure», avait indiqué un communiqué du ministère des Finances. Auparavant, l’Union nationale des avocats a demandé la levée d’une telle disposition mettant en difficulté les jeunes avocats qui représentent 70% de la profession, et qui n’ont même pas de plan de charge conséquent.
Avec 19% de TVA, 26% d’IRG, 2% de TAP et 15% de frais Casnos, les charges pour la profession libérale seront alourdies avec ce que préconisait la LF 2020. Par ailleurs, plusieurs secteurs d’activité se trouvent confrontés à une situation intenable, à l’image de l’industrie électronique et électroménagère frappée de plein fouet avec une suspension sine die de la production dans certaines usines. Les alertes sont ainsi multiples. L’une d’elle a émané de la capitale des Bibans, Bordj Bou Arreridj où les responsables du groupe Condor, sous l’effet d’un manque de matières premières nécessaires à son fonctionnement, ont décidé de mettre les travailleurs en chômage technique. C’en est suivi une décision similaire du groupe public Eniem, qui ne doit son salut –momentané ?- qu’à l’intervention des autorités publiques qui ont débloqué une première tranche du crédit de 1,1 milliard de dinars, qui sera suivi par une deuxième enveloppe de plus de 1,5 milliard
de DA. A l’évidence, ces entreprises pâtissent des décisions hâtives prises par le précédent gouvernement au sujet de l’importation des kits SKD-CKD qui alimentent les usines d’électronique et d’électroménager en matières premières. Le gouvernement Djerad aura par ailleurs du pain sur la planche dans le dossier automobile pour lequel le Président Tebboune a instruit le gouvernement « d’assainir » la filière en optant pour des solutions «d’urgence» pour un dossier «sensible». Comme il hérite d’un secteur du BTPH qui bat de l’aile depuis plusieurs années et qui a vu la situation se corser davantage à mesure que les mois passent et que les demandes en matière de construction deviennent de plus en plus difficiles à satisfaire. La filière lait a connu, elle aussi, de sérieuses perturbations dans la production et la distribution, entraînant dans son sillage une déclaration populiste du ministre du Commerce qui a promis « une solution définitive à la crise dans un délai de 10 jours »… Des cas à la pelle appelant des réponses adéquates de nature à recadrer le tissu de production au risque de devoir faire face à de lourdes conséquence socioéconomiques dans un contexte politique marqué par une exigence citoyenne élevée en matière de gestion des affaires publiques.