Les députés et l’opinion publique auront à juger le Premier ministre sur ses capacités discursives et la qualité de son argumentation pour défendre et faire approuver son programme d’action.

Par Khaled Remouche
Le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane entame, aujourd’hui, son mandat à la tête du gouvernement avec cette épreuve obligatoire, plus pratique et plus sensible, assimilée à un grand oral où il doit présenter son plan d’action et le défendre durant cette session plénière à l’Assemblée. En un mot, convaincre la majorité des députés à adopter son texte, une caution qui déterminera son avenir à la tête de l’Exécutif. Les députés et l’opinion publique auront donc à juger le Premier ministre sur ses capacités discursives et sur la qualité de son argumentation pour faire approuver son programme. Il devra répondre aux critiques des économistes, qui considèrent que ce texte présente des limites.
Le Premier ministre reconnaît que les marges du gouvernement pour financer ce programme sont étroites et qu’il faut imaginer d’autres sources de financement hors budget de l’Etat. Le plan d’action évoque, en effet, la mobilisation de l’argent de l’informel, le partenariat public-privé pour financer les infrastructures, la contribution de la Bourse d’Alger au financement de l’économie, l’ouverture du capital des entreprises publiques et la réforme des subventions. Un plan de transition vers un mode énergétique à empreinte pauvre en carbone, mesures inscrites dans ce programme mais qui demandent plus de temps pour être mises en œuvre. Car ce ne sont pas des actions à court terme, leur concrétisation étant attendue à moyen terme. Tel est le cas aussi des réformes économiques, dont l’application constitue un axe important du plan d’action et qui déterminent l’avenir de l’économie nationale puisqu’elles visent la diversification de l’économie nationale, la rationalisation des dépenses publiques, l’efficacité dans l’allocation des ressources financières. Il s’agit, en particulier, de la réforme du secteur bancaire et financier considérée comme le cœur des réformes, des réformes budgétaires et fiscales, de la fiscalité locale, de la réforme du secteur public, de l’administration, de la réforme des subventions. Un vaste chantier institutionnel est, également, prévu qui découle des dispositions de la nouvelle Constitution, mais également de la nécessité de corriger les dysfonctionnements qui entravent l’essor de l’économie nationale.
En ce sens, la moralisation de la vie publique constitue un axe important de ce plan. Essayant de tirer les leçons du passé, le gouvernement affiche sa volonté de poursuivre avec détermination la lutte contre la corruption, le blanchiment d’argent, les infractions de change, les surfacturations et autres formes de criminalité économique. A cet égard, une nouvelle loi sur la corruption ainsi que la révision de la réglementation sur la répression des infractions de change sont annoncées.
L’Exécutif, à travers ce plan d’action, tend également comme axe essentiel de ce programme à réviser le mode de gouvernance. Concertation avec les partenaires sociaux et économiques avant toute décision ou texte de loi importants, contrats de performance pour les managers d’entreprise publique, mise en oeuvre du principe de redevabilité, qui veut dire que les responsables doivent rendre des comptes à la population, mesures pour recouvrer la confiance de la population et des opérateurs activant dans les circuits à la fois formels et informels. Autant d’ingrédients d’une modernisation de la gestion du pays et d’une inversion de la tendance rentière.
Tout cela à première vue semblent des intentions généreuses qui demandent à être concrétisées sur le terrain. Le Premier ministre sera justement jugé à l’aune de la traduction de ces intentions en actes et que les fruits de ces actions soient palpables par les contribuables. C’est l’une des voies principales au recouvrement de la confiance et de la crédibilité des institutions de l’Etat. Quant à la situation sociale, les prémices d’un climat social tendu au cours des prochaines semaines, des prochains mois sont déjà visibles à la veille de la rentrée sociale : flambée des prix de produits de large consommation dont ceux parmi les plus sensibles, le poulet et la pomme de terre, monde du travail et de l’entreprenariat inquiet face à une augmentation du chômage, aggravation des difficultés financières de nombre d’entreprises, en l’absence d’un plan concret de sauvetage des entreprises en difficultés en raison de la crise sanitaire. C’est surtout sur les réponses à court terme aux préoccupations principales des ménages et des opérateurs que sera jugé le gouvernement Benabderrahmane. <