Des personnes reconnues coupables d’actes d’agression contre des personnels soignants ont été condamnées, hier, alors que le gouvernement annonce des mesures fermes contre la violence en milieu hospitalier et pour protéger médecins et auxiliaires de santé contre un phénomène qui a connu durant ces dernières semaines une recrudescence inquiétante.

A Médéa, deux personnes ont été arrêtées par les services de police, selon un communiqué de la DGSN. Ces deux individus ont été interpellés dans la soirée de mardi dernier et doivent répondre de l’accusation d’agression verbale et de menace à l’arme blanche sur le personnel soignant de garde à la polyclinique de Draâ Essamar, a indiqué mercredi un communiqué de ce corps de sécurité.
D’après le communiqué de la DGSN, les deux individus, dont un repris de justice qui s’est mutilé avec une lame, étaient venus se faire prescrire des psychotropes de force. Après le refus du médecin de garde, ils ont proféré contre lui des insultes et s’en sont pris au staff médical de la polyclinique avec menaces à l’arme blanche. Présentés devant le Procureur de la République, les mis en cause ont été condamnés à une année de prison ferme assortie d’une amende de 400 000 dinars à la suite d’une comparution immédiate pour port d’arme prohibée et outrage à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions.
A Oran, la chanteuse Sihem Japoniya a été placée en détention provisoire pour agression et insulte du personnel médical du CHU Docteur-Benzerdjeb. Selon un communiqué du Procureur de la République, la chanteuse a été placée sous mandat de dépôt «sur la base d’une plainte du directeur du CHU d’Oran». La mise en cause est poursuivie pour avoir fait une vidéo à l’intérieur du service des urgences de l’hôpital avant de les diffuser sur Facebook. Une enquête préliminaire ouverte par les services de la Sûreté de wilaya, indique la même source, a révélé que «la prévenue a répété des expressions honteuses au personnel médical et aux services administratifs de l’hôpital. Elle a mentionné également des expressions portant atteintes aux symboles de la guerre de libération nationale, liés notamment aux restes mortuaires des résistants anticoloniaux récemment récupérés».
«La mise en cause a été présentée devant le Parquet de la République et a fait l’objet d’une comparution immédiate pour «insulte à un fonctionnaire durant l’exercice de ses fonctions, insulte à un corps constitué, diffamation et prise d’images et leur publication sans autorisation de la personne concernée et atteinte aux symboles de la guerre de la libération nationale, conformément à l’article 151 du code pénal et aux articles de loi 99/07 sur le moudjahid et le martyr», a-t-il souligné. Le verdict de cette affaire devait être prononcé hier en fin de journée. A Mila, dans la commune de Ferdjioua précisément, trois personnes reconnues coupables de saccage de l’hôpital de la ville ont été condamnées, mercredi, à des peines allant de 6 mois à 1 année de prison ferme avec mandat de dépôt. Un des prévenus a écopé d’une année de prison ferme et deux autres à six mois ferme, une peine assortie d’un dédommagement de 10 millions de centimes pour l’établissement de santé. Les mis en cause avaient investi la semaine dernière le service Covid-19 de l’hôpital pour le saccager et sortir de force la dépouille d’un proche décédé après avoir été contaminé par le nouveau coronavirus.

Premières sanctions avant une nouvelle loi
Ces condamnations sont les premières contre des individus reconnus responsables d’actes de dégradation et de violence en milieu hospitalier, un phénomène qui a connu durant ces derniers jours une recrudescence inquiétante, mettant les professionnels de la santé sous la double pression de la crise sanitaire et de l’incivilité de «voyous», selon l’expression d’un médecin victime au CHU de Tlemcen de l’agression d’un groupe de gens accompagnant un patient atteint de la Covid-19.
Lundi, le Directeur de l’hôpital de Bouira a dû s’échapper par la fenêtre de son bureau pour fuir un groupe de citoyens qui voulait également sortir de force la dépouille d’un parent décédé, avant même de connaître les résultats des tests Covid-19. Dix personnes soupçonnées d’implication dans cette tentative d’agression ont été convoquées ce mercredi par la justice. La semaine passée, le wali de M’sila a accusé des jeunes, qui avaient filmé la dépouille d’une personne décédée du coronavirus laissée à même le sol, de l’avoir fait sortir de la morgue pour réaliser la mise en scène. Les mis en cause ont été arrêtés. Avant-hier, mardi, le ministre de la Justice a instruit les Procureurs de la République d’ordonner l’arrestation immédiate des auteurs de violence contre les personnels soignants. Durant la même journée, Abdelaziz Djerad a fait savoir, dans un communiqué, que le président de la République Abdelmadjid Tebboune a demandé l’élaboration d’une loi réprimant ces actes d’agression.
Un texte de loi viendra prochainement renforcer le dispositif de protection de tout le personnel médical, paramédical et administratif, en sus de ceux déjà consacrés par les lois de la République, ont annoncé dans un communiqué les services du Premier ministère. De «multiples agressions physiques et verbales» ont été «perpétrées à l’encontre du personnel médical, paramédical, administratif et de citoyens se trouvant dans l’enceinte de certains hôpitaux et autres structures de santé, accompagnées parfois d’actes de détérioration et de destruction de biens publics et de matériels médicaux», lit-on dans le communiqué. «Face à cette situation, le Président de la République a décidé de consolider et de renforcer, par un texte de loi, le dispositif de protection de tout le personnel médical, paramédical et administratif, en sus de celui déjà consacré par les lois de la République», est-il encore mentionné dans ce document. Ce dispositif vise à «prémunir le corps médical de toute agression ou violence, quels qu’en soient la forme, le moyen ou l’auteur, dans l’enceinte des hôpitaux et autres structures et établissements sanitaires à travers tout le territoire national, pendant l’exercice de leur noble mission au service de la Nation», précise la même source. <