Secoué depuis jeudi dernier par les échecs successifs des négociations entre les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs alliés via l’accord Opep+, sur fond de désaccord entre les Emirats arabes unis et le reste du groupe, le marché pétrolier vivait, hier, une nouvelle journée mouvementée qui confirmait une énième fois sa volatilité.

Par Feriel Nourine
Après les nouveaux records de 77,84 dollars et 76,98 dollars affichés lundi par respectivement le Brent de la mer du Nord et le WTI, suite au nouveau report de la réunion de l’alliance, puis les fortes baisses de mardi, les cours se sont inscrits dans la même logique hier. Il y a eu d’abord la remontée des prix en matinée, portant la référence européenne à 75,80 dollars le baril, alors que la référence américaine s’affichait à 74,33 dollars. Mais dans l’après-midi, le marché reprenait sa tendance baissière de la veille, et à 17H30, le Brent ne valait que 73,47 dollars le baril, contre 72,10 dollars pour le WTI, perdant respectivement 1,42% et 1,73% de leurs valeurs affichées lors de la clôture de mardi.
Pareille évolution des cours de l’or noir n’est sans doute pas sans dérouter les analystes dont certains avaient salué, quelques heures plus tôt, le début de séance «calme» en contraste avec «la volatilité de la séance précédente». Ce calme n’a pas tardé à laisser place à une perturbation provoquée par le fort recul des prix, dont l’impact a sans doute été fortement ressenti au sein de l’Opep+. L’ébranlement causé à l’alliance par l’opposition des Emirats arabes unis s’est encore aggravé, et l’Organisations des pays exportateurs de pétrole et ses alliés semblaient, hier, toujours éprouver des difficultés à transcender l’obstacle émirati et dégager une date pour leur réunion reportée «sine die».
Seul contre tous dans cette affaire, insoupçonnée à la veille des retrouvailles mensuelles, jeudi dernier, Abou Dhabi fait entendre aujourd’hui une voix dissonante au sein d’un groupe qui avait pourtant un accord sur la table, conduisant le dernier sommet de l’Opep+ dans une impasse. Les Emirats arabes unis figurent au quatrième rang des vingt-trois producteurs de l’Opep+, derrière la Russie et l’Arabie saoudite, deuxième et troisième producteurs mondiaux, et l’Irak.
Avec une offre de près de 2,74 millions de barils par jour prévue ce mois-ci, le pays représente un peu plus de 7% du total de l’Opep+ soumis aux quotas, soit tout le monde sauf l’Iran, le Venezuela et la Libye. Mais sa capacité maximale est autrement supérieure, avec un pic à plus de 3,8 millions de barils par jour en avril 2020, avant la coupe drastique du cartel. C’est ce qui a cristallisé les tensions avec les autres membres du cartel, le groupe refusant à Abou Dhabi la prise en compte de cette référence pour le calcul de sa coupe après avril 2022. Ce différend «semble aller au-delà de la politique pétrolière» a commenté Helima Croft, de RBC, qui y voit une volonté de «sortir de l’ombre de l’Arabie saoudite et tracer sa propre voie sur la scène internationale».
Le risque premier pour le cartel est de voir les Emirats arabes unis claquer la porte, après le Qatar en 2018 et l’Equateur en 2019, mais le divorce est loin d’être acté puisque «les discussions se poursuivent en coulisses», explique Bjarne Schieldrop, analyste de Seb.
Il est tout à fait nouveau que de plus petits acteurs comme les Emirats «montrent les muscles» au sein de l’Opep+, observe de son côté Naeem Aslam, d’Avatrade. Comprendre qu’avant cet épisode inédit, les confrontations au sein de l’alliance avaient lieu entre les deux géants que sont l’Arabie saoudite, chef de file du cartel, et la Russie qui jouit du même statut au sein des 10 pays non-Opep. A l’exemple de ce qui s’était passé en mars 2020, lorsque les ministres russe et saoudien étaient partis dos à dos de Vienne, déclenchant dans la foulée une courte mais intense guerre des prix qui avait fait plonger les cours du brut.
Ce signal d’indépendance rejoint des vues plus alarmistes. Ainsi pour Samuel Burman, de Capital Economics, les deux reports successifs du sommet jeudi et vendredi puis, son annulation lundi, font carrément planer le spectre de «l’effondrement de l’ensemble» de l’alliance.