Le marché pétrolier se dirige vers son plus grand effondrement hebdomadaire depuis 2008, alors que la guerre des prix fait rage entre l’Opep et son principal allié non-Opep, la Russie en l’occurrence, sur fond de propagation inquiétante de l’épidémie de coronavirus.

Sur la semaine, les contrats à terme à New York sont en baisse de 21%, un plongeon inédit depuis la crise financière de 2008. Depuis le début de la semaine, les prix des deux barils de référence, le Brent et le WTI, ont perdu aux alentours de 20%. Depuis un pic atteint il y a un peu plus de deux mois, quelques jours après l’élimination par Washington du général iranien Qassem Soleimani, les cours ont été divisés par deux. Ils ont également encaissé lundi leur pire chute depuis la guerre du Golfe en 1991, avec un plongeon d’environ 25%. Hier, dernier jour de cotation de la semaine, les cours du brut se reprenaient légèrement, à l’image des bourses européennes, limitant péniblement la casse d’une semaine qui s’annonce comme la pire depuis la crise financière de 2008. Vers 15H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai valait 33,88 dollars à Londres, en hausse de 1,99% par rapport à la clôture de jeudi. A New York, le baril américain de WTI pour avril gagnait 2,92%, à 32,42 dollars le baril. Selon la banque américaine Goldman Sachs, les stocks pourraient fortement augmenter en avril, à des niveaux jamais enregistrés, conséquemment à la décision de l’Arabie Saoudite et de la Russie d’augmenter leurs productions, alors que les fondamentaux du marché indiquent un retour à la surabondance de l’offre. Les marchés ont récupéré une partie de ces pertes, hier, mais une très forte volatilité, supérieure à celle de la crise financière de 2008, caractérise les places boursières. Le différend semble se durcir entre certains membres de l’Opep et la Russie. En guise de riposte à la décision saoudienne et émiratie d’augmenter leur production, les producteurs de pétrole russes ont déclaré qu’ils prévoyaient à leur tour d’ouvrir davantage les robinets le mois prochain, tandis que le Kremlin a déclaré qu’il n’y avait aucun plan de discussions avec l’Arabie saoudite. Le royaume wahhabite a annoncé en début de semaine qu’il augmenterait sa production de plus de 25% en avril. Pendant ce temps, les principales agences pétrolières ont toutes réduit leurs perspectives de demande cette semaine, car il semblait de plus en plus probable que la consommation se contracterait cette année. Les principales économies consommatrices de pétrole ont été affectées par la propagation de l’épidémie du coronavirus, réduisant ainsi fortement les prévisions de demande mondiale de brut, alors que les producteurs, se livrant une guerre des prix, essaient toujours de pomper davantage, mettant le marché sur une perspective d’un important excédent. Le seul espoir que l’offre puisse se contracter provient des Etats-Unis, où les producteurs du pétrole de schiste sont très vulnérables à la chute des cours, étant donné que la rentabilité du pétrole de schiste est tributaire d’un baril supérieur à 55 dollars. Aux États-Unis, plusieurs sociétés pétrolières indépendantes ont déjà annoncé leur intention de réduire leurs opérations au milieu de l’inondation de brut bon marché. En 2014, lorsque les prix dégringolaient sous l’effet d’une offre abondante, l’Arabie Saoudite avait observé la même attitude en se lançant dans une guerre des prix contre les producteurs américains de schiste. Les membres de l’Opep s’en sont sortis avec d’importants dégâts même si la production américaine de pétrole de schiste a été beaucoup fragilisée par la baisse des prix provoquée par l’Arabie Saoudite. La situation est toute autre avec la Russie ; le pays disposant d’importantes réserves, dont la rentabilité de ses investissements et de son pétrole n’est pas tributaire d’un prix supérieur à 55 dollars comme c’est le cas pour le schiste américain.