Bien que certains candidats potentiels ne  se soient pas encore prononcés officiellement, les grandes lignes de la prochaine élection présidentielle sont d’ores et déjà tracées.

L’annonce des partis de l’Alliance présidentielle que le président de la République Abdelaziz Bouteflika est leur candidat pour l’élection du 18 avril prochain a été en quelque sorte la pièce qui manquait au puzzle. L’on sait désormais, et c’est Ahmed Ouyahia qui le dit, que Bouteflika sera candidat à un cinquième mandat «à 99%».
Sa participation – en attendant qu’elle se confirme – permet de voir plus clair de quoi sera faite la scène politique dans les prochains jours. D’entrée, les partis de l’Alliance (FLN, RND, MPA et TAJ) affichent la couleur en se mettant en ordre de bataille pour réussir la campagne électorale du candidat Bouteflika, puisque c’est eux qui la mèneront à sa place. L’on assistera donc à un véritable forcing pour vendre «les réalisations» du Président sortant et le slogan de «la continuité et de la stabilité» pour convaincre.
Outre un meeting prévu le 9 février à la Coupole du 5-Juillet, à l’initiative du FLN, la présentation de bilan par Ahmed Ouyahia prochainement devant le Parlement sera une occasion pour défendre l’option Bouteflika.
En face, la configuration de la scène fait émerger depuis quelques jours, quelqu’un que l’on peut qualifier d’invité surprise, car personne ne s’attendait à ce que le général-major à la retraite, Ali Ghediri, auteur d’une contribution dans un média, allait postuler à la présidence de la République. Très rapidement, il «réussit» à capter l’attention d’une grande partie de l’opinion publique.
Ses sorties sont largement médiatisées et relayées sur les réseaux sociaux. Ghediri, en réussissant aussi à s’entourer de certaines personnalités qui, autrefois, ne croyaient pas à la transparence des opérations électorales en Algérie, donne l’image d’un outsider à même de rivaliser avec Bouteflika. Se définissant comme «candidat de la rupture», il espère rassembler différents courants autour de sa personne et compte poursuivre l’aventure jusqu’au bout. Devant ces deux candidats autour desquels la confrontation sera concentrée, Abderrezak Makri du MSP devient presque un détail.
Ghediri, l’homme sorti du bois
Mais, loin des participants au scrutin, la scène politique nous offre aussi un autre son de cloche. Deux partis de l’opposition et non des moindres ont décidé de boycotter et de rejeter l’élection présidentielle. Le FFS ayant opté pour le boycott actif promet déjà «une campagne forte» selon son premier secrétaire, Mohamed hadj-Djilani.
Ce dernier parle de l’implication des élus, des députés, des militants et des membres de la direction nationale dans les sorties de proximité, la distribution de tracts et le contact direct avec les citoyens afin de les appeler à bouder l’urne.
Quant au RCD de Mohcine Belabbas, son rejet signifie qu’il n’occupera pas le terrain, mais son secrétariat national a été chargé de finaliser un appel en vue d’un rassemblement le plus large afin de mobiliser les citoyens et les forces vives du pays autour de l’impératif d’un nouveau départ «qui restitue la parole au peuple dans un Etat où la liberté, la sécurité, l’égalité en droits et l’égalité des chances ne relèvent plus d’un mythe».
C’est dire que la voix du refus sera bel et bien présente, malgré les menaces d’Ahmed Ouyahia qui promet d’interdire aux boycotteurs d’occuper la rue.
L’autre ligne de rejet vient du mouvement Mouwatana, qui a appelé les candidats à «ne pas crédibiliser par leur présence un scrutin tranché d’avance en faveur du candidat du système». Mais, le soutien de Zoubida Assoul, au nom de son parti l’UCP, à Ali Ghediri, a créé une déchirure au sein de ce regroupement. Va-t-il résister à la séduction du général-major à la retraite ? La question reste posée pour le moment.
Benflis et Hanoune encore dans le flou
A l’opposé de ces tendances, des candidats potentiels demeurent toujours dans le flou. On parle surtout de Ali Benflis, président de Talaie El Hourriyet, et de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT). Pour Benflis, «il y a encore beaucoup d’opacité autour des conditions de la tenue de ces élections pour que l’on puisse se prononcer». Tandis que Hanoune pense que son parti ne doit pas aller à la prochaine élection présidentielle qui, selon elle «va aggraver les problèmes, déclencher et accélérer des processus extrêmement dangereux».
Pourtant, les deux partis ont retiré les formulaires de candidature auprès du ministère de l’Intérieur. Preuve qu’ils comptent bien faire partie de la course, mais préfèrent patienter le temps de voir plus clair.<