La Chine a réussi son pari. Quatorze ans après avoir accueilli les JO d’été, la superpuissance asiatique a organisé avec un relatif succès les Jeux Olympiques d’hiver malgré un contexte délicat. Désormais, elle n’a plus qu’un objectif à atteindre : la Coupe du monde de football. Mais les obstacles sont encore nombreux.
JO d’été, JO d’hiver et maintenant… la Coupe du monde de football ? La Chine rêve d’organiser le rendez-vous sportif le plus suivi de la planète mais devra patienter, entre pratique de la FIFA et niveau encore insuffisant de l’équipe nationale. En vingt ans, la Chine a accueilli les plus grandes compétitions mondiales, du basket à l’athlétisme, en passant par la F1 ou les deux rendez-vous olympiques, avec une logistique bien huilée encore constatée durant ces Jeux. Ne manque plus qu’un Mondial de football.
En prévision d’une candidature espérée par son président Xi Jinping, réputé fan de ballon rond, la Chine construit ou rénove actuellement de nombreux stades. Mais plusieurs obstacles subsistent. Selon ses statuts, la FIFA ne peut accorder deux éditions consécutives du Mondial à des membres de la même Confédération, ce qui permettrait à la Chine d’être candidate dès 2030, après le Qatar (2022), les Etats-Unis, le Canada et le Mexique (2026), mais il y a aussi la règle officieuse de l’alternance des continents.

LA CHINE, 75E NATION FIFA
Il y a surtout un manque de «volonté politique» pour l’instant, estime Cameron Wilson, fondateur du site internet Wild East Football, spécialisé dans le foot chinois. «Beaucoup pensent que la Chine ne veut pas accueillir de Mondial avant d’avoir la certitude que l’équipe nationale est suffisamment performante pour ne pas mettre le pays dans l’embarras avec de lourdes défaites et une élimination précoce», le pays hôte étant qualifié d’office. De tous les pays organisateurs, seule l’Afrique du Sud (2010) a été éliminée dès le premier tour de la compétition.
Malgré des progrès et le renfort de joueurs naturalisés, la sélection nationale reste engluée à la 75e place mondiale du classement FIFA. Régulièrement la cible de moqueries en Chine, elle a subi début février contre le modeste Vietnam une nouvelle défaite humiliante (3-1). Les raisons de ce niveau décevant pour le pays le plus peuplé du monde ? «Le manque d’investissement sur le long terme et la volonté de gagner à court terme», notamment via d’incessants «changements de sélectionneurs», estime Mads Davidsen, ex-directeur technique du club Shanghai SIPG.
«Quand j’étais en Chine, je conseillais d’avoir une vision à 8-10 ans (en termes de jeu). Ensuite, il faut respecter un calendrier défini et attendre les résultats», explique-t-il, jugeant la Chine mûre pour une candidature «en 2034 ou 2038». L’entraîneur globe-trotter français Philippe Troussier, passé par plusieurs clubs chinois dans les années 2010, juge lui qu’il «n’y a pas encore assez d’infrastructures disponibles et d’entraîneurs capables de dispenser des cours de football». Mais avoir une équipe compétitive n’est pas suffisant pour décrocher un Mondial.

LE QATAR EN MODELE
«La concurrence (…) est beaucoup plus intense que pour les JO» car «le format actuel du vote exige que le pays intéressé ait une excellente relation avec la majorité des membres de la FIFA», note Bo Li, professeur de gestion du sport à l’Université Miami (Etats-Unis). «En plus d’avoir le soutien de l’Asie, la Chine devra avoir celui de l’Europe et de l’Afrique», or «les responsables du football chinois ne sont pas très actifs au sein de la FIFA», assure-t-il. Le Qatar était aussi un nain footballistique en 2010 lorsqu’il a remporté l’organisation de la Coupe du monde 2022. Mais il a su élever son niveau, passant de la 113e place mondiale à la 52e aujourd’hui. Un modèle pour la Chine ? Oui, à condition d’effectuer «des changements massifs», estime Cameron Wilson. «Les Chinois doivent» encourager les parents «à laisser leurs enfants consacrer du temps à autre chose qu’aux interminables heures passées à faire leurs devoirs», juge-t-il. La Chine doit aussi repenser ses institutions sportives : «Le football chinois se meurt parce qu’il est contrôlé par la politique et non par les sportifs». Philippe Troussier, désormais sélectionneur des moins de 20 ans du Vietnam, estime toutefois que «la Chine fait du bon travail pour développer son football» et que sa sélection «s’améliore d’année en année». «Le ballon rond chinois a beaucoup évolué» avec «de nombreuses académies» de clubs qui «investissent désormais dans la détection, la sélection et la formation de jeunes joueurs», souligne-t-il. «Il viendra un jour où la Chine s’invitera parmi les grandes nations du football (…) Une participation au Mondial 2026 pourrait être la première étape de son succès.» n