Son départ a été évoqué maintes fois après les désillusions sportives à répétition de l’Algérie. Notamment aux Jeux Olympiques. Mais il aura su faire le dos rond face aux critiques, les charges du ministère de la Jeunesse (MJS) et des Sports et les différentes accusations dans des affaires scabreuses. Cela peut sembler bête, mais il a fallu d’un protocole mal-géré pour accentuer le désamour. Mustapha Berraf, qui a fait la gaffe de se lever au moment où l’hymne de l’Occupant de Palestine a été entonné lors du Grand Slam 2020 de judo (Paris), est désormais ex-président du Comité Olympique algérien.

L’information avait fait le tour de la toile en quelques minutes. Mustapha Berraf partant de la présidence du Comité olympique algérien (COA), c’était la sensation d’un mardi après-midi où tout est allé très vite. Retour sur une démission, rejetée par le Comité exécutif mais définitive et irrévocable, complètement rocambolesque. Après relecture de la première partie du scénario, tout ressemblait à une mise-en-scène. La stabilité a encore, une fois, a été utilisée comme argument pour permettre à une personne de faire de vieux os sur un fauteuil : « après avoir pris connaissance de la décision de démission du président du COA de son poste, le comité exécutif a rejeté à l’unanimité cette décision et demande au Président de continuer sa mission, afin de ne point perturber la bonne marche de notre instance nationale olympique et la préparation de nos athlètes aux jeux olympiques 2020 », pouvait-on lire dans un communiqué du comité exécutif (Comex) de la structure.
La motivation de ce soutien indéfectible ? La préparation pour les Olympiades « s’effectue actuellement en parfaite concertation et harmonie avec les services du Ministère de la Jeunesse et des Sports, avec l’objectif de maintenir le soutien aux athlètes et aux fédérations sportives nationales dans leur quête d’une bonne préparation et la qualification du plus grand nombre d’athlètes algériens aux jeux olympiques de Tokyo.»

L’hymne au désamour
Toutefois, le Comex a omis (volontairement ?) de dire que le ministre de la Jeunesse et des Sports (MJS), Sid-Ali Khaldi, n’a pas daigné s’entretenir avec celui qui gère le COA depuis 2013 en marge de la réception de l’équipe chargée d’organiser les Jeux Méditerranéens 2021 à Oran. Celui qui est aussi membre de l’exécutif au Comité international olympique (CIO) semble connaître le même « rejet » par les autorités. Le nouvel homme du MJS n’a pas que d’autres choix que de suivre la politique de ses prédécesseurs. Non pas par acharnement mais parce que Berraf traîne des casseroles en nombre. Après avoir été cité dans des affaires de malversations, qu’il a toujours niées, il a récemment commis une « bévue » protocolaire.
En effet, lors du grand slam 2020 de judo à Paris (France), il était dans les gradins et s’est levé au moment où l’hymne national de l’occupant de Palestine a été entonné dans une cérémonie de remise de médailles. Une attitude désinvolte et une scène qui s’est propagée à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux. Beaucoup de personnes ont dénoncé le comportement irresponsable d’un homme qui cumule presque 20 années (1996 -1998, 2001-2009 et 2013 jusqu’à ce jour) tous mandats cumulés à la tête de la structure morale du sport en Algérie.

Protection interne et internationale
La campagne médiatique pour dénoncer la « normalisation » était très virulente. Elle a même été qualifiée par « harcèlement moral, d’attaques injustes et répétées touchant à sa personne, à sa dignité et à celle de sa famille émanant des mêmes personnes depuis le début du mandat olympique », comme l’a noté la correspondance du comité exécutif qui « réitère son soutien total à Monsieur Mustapha Berraf, président du Comité olympique et sportif Algérien.»
En réaction à ce mauvais buzz, Berraf comptait animer une conférence de presse hier à Ben Aknoun afin d’« éclairer l’opinion et apporter les précisions à la famille sportive nationale.» Une sortie médiatique finalement annulée. L’homme fort de l’olympisme en Algérie, soutenu par les siens, n’a –finalement- pas jugé utile de se justifier. Et puis, la confiance témoignée par son comité exécutif lui assurait une forme protection auprès du CIO de Thomas Bach avec lequel il est très proche.
D’ailleurs, l’Allemand l’avait félicité pour sa réélection en mai 2017 alors que sa reconduction s’est faite dans un climat des plus tendus. Berraf s’était alors réfugié derrière la charte du CIO qui interdit les immixtions étatiques dans les institutions nationales sous son aile. Etant donné que seul le comité exécutif du COA est le seul à pouvoir destituer le président, Berraf restait, jusqu’à cet instant, indéboulonnable.

Départ acté
Malgré cela, l’ancien président de la Fédération algérienne de basketball (FABB), sachant qu’il a perdu beaucoup de ses soutiens d’antan, ne semblait plus avoir la force d’aller au bras de fer. « On a attenté à mon honneur et celui de ma famille, ma démission est irréversible et irrévocable, c’est mon dernier jour en tant que président du COA, a-t-il annoncé hier. Ma décision a été notifiée au comité exécutif, la réunion d’hier (mardi) était officielle, pas informelle. Elle a été consignée dans le PV.»
Qui chapeautera le COA pendant la transition avant une assemblée élective ? La mission reviendra à Dahmane Hammad. « Cette démission sera présentée devant les membres de l’assemblée générale, dont la réunion sera arrêtée par le président intérimaire Hammad », a ajouté le président démissionnaire. Une tâche qui revient à l’ancien sauteur puisque « le 1er vice-président Meridja, à la tête de la Commission éducation à la Fédération internationale de judo, est en mission et ne peut pas assurer la présidence du COA. C’est pour cette raison que Hammad assurera l’intérim. Meridja est au courant et il n’y a pas de problème.» Une page du sport algérien se tourne dans le mouvement sportif national. Le remue-ménage est en train de se prolonger aux instances. Ce départ pourrait en appeler d’autres dans un avenir proche.