Le 16 février 2016 Gianni Infantino devenait président de la Fédération internationale de football (FIFA) en remplacement de Sepp Blatter qui a été éjecté après des démêlées avec la justice. Comme son prédécesseur, l’actuel patron de la FIFA fait l’objet d’une procédure pénale engagée contre lui en Suisse. Mais la Commission d’éthique de la FIFA n’a, jusque-là, pas jugé utile de le suspendre. Même pas à titre conservatoire.

Pour l’instant, l’histoire ne risque pas de se répéter du côté de Zurich (Suisse) où se trouve le siège de l’instance universelle de la balle ronde. En effet, même si son nom a été directement cité dans une affaire de soupçons de collusion avec Michael Lauber, chef démissionnaire du parquet fédéral suisse, Infantino ne paraît pas particulièrement tracassé. Pour preuve, pas plus tard que dimanche, la structure footballistique planétaire a balayé les allégations, qui ont été rendues publiques jeudi dernier, d’un revers de main. « La FIFA et le président de la FIFA démentent toute insinuation ou allusion portant à croire que le président de la Fifa a tenté d’exercer une influence indue sur le Procureur général de la Confédération », a-t-elle indiqué en assurant que « le président de la FIFA va continuer d’exercer pleinement ses fonctions au sein de la FIFA et d’assumer ses responsabilités. Il va continuer d’apporter sa coopération aux autorités en Suisse et dans le monde entier, comme il s’y est toujours tenu.»

Bell prône présomption d’innocence
Hier, le secrétaire général adjoint de la Fédération internationale, Alasdair Bell, a dit s’attendre à ce qu’Infantino « respectera toute décision de la Commission d’éthique » de l’instance. Le SG adjoint n’a « aucun doute sur le fait que Gianni Infantino respectera toute décision de la Commission d’éthique » et il estime qu’« aucune preuve d’un comportement criminel ou contraire à l’éthique.» Pourtant, le procureur fédéral extraordinaire Stefan Keller avait estimé qu’il y avait des « éléments constitutifs d’un comportement répréhensible en rapport avec la rencontre entre le procureur général Michael Lauber, le président de la FIFA et le premier procureur du Haut-Valais, Rinaldo Arnold ». Etaient alors évoqués « l’abus d’autorité », la « violation du secret de fonction » et l’ « entrave à l’action pénale » comme chefs d’accusation. Belle brochette.

Lauber, un boulet
Pour prouver le bien-fondé de ces soupçons et conformément à la procédure requise afin de pouvoir enquêter sur des « membres d’autorités ou des magistrats élus par l’Assemblée fédérale », Keller a même saisi les commissions parlementaires compétentes. Une démarche visant à obtenir l’autorisation pour « l’ouverture d’une procédure pénale à l’encontre de M. Lauber.» Ce dernier n’était autre que le patron du parquet fédéral suisse avant de déposer sa démission le 24 juillet écoulé. Le nom de Lauber a été lié au « Fifagate ». Sa gestion des procédures relatives à ce gros scandale était suspicieuse. D’autant plus que, comme révélé par les Football Leaks en 2018, plusieurs rencontres informelles entre le dernier nommé et le boss de la FIFA ont été constatées entre 2016 et 2017. Cette affaire pourrait-elle fragiliser la posture d’Infantino dans son nouveau mandat qui a débuté en avril 2019 ? Quand on voit la manière avec laquelle cet épisode a été dédramatisé par l’institution suprême du sport roi, on peut clairement penser que la réponse soit négative. Toutefois, par le passé, on a pu voir que ce genre d’histoires peut prendre des tournures graves très vite. Blatter et Platini peuvent en témoigner… n