Kheireddine Zetchi, président de la Fédération algérienne de football, a réussi à se tirer d’une situation compliquée. Hier, le Bureau Fédéral, sur les bases des résultats de la consultation écrite (fléchée ?) qu’il avait lancée, a décidé de l’arrêt définitif de la saison 2019-2020 en déclarant le CR Belouizdad champion. Ainsi, c’est toute la pyramide du football national qui va changer en vertu de l’accord «consensuel» voté par les différents représentants de clubs lors de cette vaste opération de charme que le patron de la FAF a menée en jonglant avec les statuts réglementaires.

Comment transformer un tour de force en un coup de maître ? Zetchi semble connaître la recette. Avec nombreux détracteurs, et pas des moindres, à ses trousses, le principal décideur de la balle ronde algérienne a pu trouver la formule pour mettre la grande partie de la famille du foot Dz d’accord sur le sort à donner pour l’exercice 2019-2020. Une séquence gelée depuis le 16 mars dernier en raison du Coronavirus.
Sur les 30 journées possibles de la Ligue 1, 22 seulement s’étaient jouées. Comment faire pour choisir les représentants de l’Algérie dans les tournois africains (Ligue des Champions et Coupe de la Confédération CAF) ? Le leader doit-il être déclaré champion ? Comme décider des modalités rétrogradation et accession ? Tant de questions délicates et un verdict définitif que la FAF n’a jamais daigné prendre toute seule.

Déminage réussi
Oui, Zetchi et son équipe n’ont pas été «courageux». Ce n’est pas discutable. Mais il faut savoir que l’approche «démocratique» (même s’elle cache des enjeux «politiques») de la situation, était la meilleure manière pour désamorcer une bombe qui pouvait exploser à tout instant si jamais les mesures prises par le BF ne satisfaisaient pas tout le monde.
Dans cette opération déminage, Zetchi et la FAF ont commencé par soumettre, le 15 juillet dernier, une demande pour tenir une Assemblée générale extraordinaire (AGEx). Requête balayée d’un revers de main par le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) et Sid-Ali Khaldi qui avait estimé que l’AGEx en question était «anti-statutaire». De surcroit, la tutelle n’a jamais fait de proposition concrète à la structure fédérale pour qu’elle puisse se sentir soutenue par les autorités dans son déminage d’une situation à la fois tendue et complexe.

Manipulation «intelligente»
A partir de là, le successeur de Mohamed Raouraoua était clairement acculé. C’est alors qu’il a décidé de «prospecter» auprès des membres de l’AG en leur envoyant des formulaires à remplir avec deux propositions. Pour la première (A), il s’agissait de poursuivre le championnat. Quant à la seconde (B), elle consistait à arrêter la compétition. Dans ce cas, il fallait choisir entre la saison blanche (résultats de la saison 2019-2020 annulés) soit la proposition B1, la désignation des lauréats, clubs qui accèdent et ceux qui rétrogradent et enfin désignation des lauréats (B2) ou le cas (B3) dans lequel des clubs accèdent mais sans relégation.
C’est, fort logiquement, que l’option «B3», offrant des accessions à la pelle (24 clubs rien que pour la Ligue 2), qui a fait l’unanimité auprès des «votants» ayant exprimé leurs voix. Ils représentent près de 90% (85.7% pour être exact) de la composition de l’AG. Pour les 14.3% qui ne se sont pas exprimés, ils représentent une part relativement négligeable et ne peuvent, en aucun cas, remettre en considération la crédibilité du sondage élargi fait par la FAF.

Auto-réhabilitation
En faisant prévaloir le choix «B3», Zetchi a largement réussi son pari. Il fait d’une pierre trois coups : il remporte la bataille face à ses opposants, gagne la confiance de la majorité de l’AG et fait passer son projet de la nouvelle pyramide du foot algérien. En effet, il y aura, à compter de la saison à venir, une Ligue 1 à 20 clubs, une Ligue 2 avec deux groupes de 18 et la 3e division avec 6 groupes (4 au nord et 2 au sud). Quant aux paliers «Régional 1» et «Régional 2», les poules seront composées en fonction de nombre des équipes dans chaque Ligue régionale.
En satisfaisant la grande partie des dirigeants de clubs, on peut clairement croire que le boss de l’instance qui siège à Dely Brahim vient de s’offrir un sérieux joker pour ce qui est des élections fédérales prévues en mars prochain. Aussi, il enlève au MJS et aux Autorités une vraie épine du pied avec cette parade globalement fédératrice et qui évite beaucoup de tensions et désordre. Et ce, même si Khaldi était parmi ceux qui ont jeté Zetchi en pâture le laissant face aux démons de la paranoïa et les caprices d’une rue qui a souvent pesé dans l’équation football. n