Le prix surréel a fait couler beaucoup d’encre. Cinquante (50) milliards de dinars est le coût de construction du nouveau stade de Tizi-Ouzou. C’est ce que le ministre de la Jeunesse et des Sports (MJS), Mohamed Hattab, avait annoncé le 24 décembre dernier. Mais voilà qu’Ali Haddad, patron du groupe algérien ETRHB associé à l’entreprise turque Mapa Insaat ve ticaret pour construire cet antre, a tenté de justifier le gros chèque. L’homme d’affaires a sorti les hectares, les mètres cubes et les tonnes pour expliquer la cherté de la facture de ce qui serait, en vérité, « un complexe  sportif doté d’un stade annexe en gazon, une piste d’athlétisme et un parking.» Et pour vous dire, ses arguments étaient loin d’être convaincants.

 

Retard, difficultés rencontrées lors de l’importation des matériaux et  d’approvisionnement du chantier en ciment et acier, l’adaptation de l’étude du stade aux normes Fifa, déplacement des réseaux d’électricité, les problèmes de paiement…, Haddad a tenté, tant bien que mal, de faire croire que l’enveloppe épaisse et exorbitante dédiée à la construction de l’enceinte n’avait rien d’anormale. « Le chantier a été lancé en mai 2010, mais entre-temps les nouvelles normes Fifa pour les stades ont été publiées. Il fallait donc arrêter le chantier, et adapter l’étude du stade de Tizi Ouzou aux nouvelles normes de l’instance du football mondial. En réalité, les travaux ont démarré en juin 2011 », a argué le boss de l’ETRHB en précisant que le budget initial « a été réévalué de 30% pour atteindre les 46 milliards de dinars, soit 328 millions d’euros, en précisant que son coût initial était de 228 millions d’euros. » Et encore, 228 millions d’euros en 2010 était une somme mirobolante si l’on considère le coût de la monnaie nationale. On comptait 93 dinars pour 1 euro. Presque 9 années plus tard, elle a connu une forte dépréciation (1 euro vaut 150 DA en banque). Et ça a, semble-t-il, changé le cours de choses.

Une comparaison, des aberrations

Loin de l’aspect économique, Haddad a parlé de l’urbanistique et de la construction. Il a indiqué que pour l’Allianz Arena « la capacité est
de 70 000 places, s’étale sur
171.000 m2 (contre 600 000 m2 pour celui de Tizi Ouzou). Sa réalisation a englouti 107.000 m3 de béton et 20.000 tonnes d’acier pour un coût final de 340 millions d’euros. Le coût initial du stade était de 270 millions d’euros, soit une réévaluation de 20%.» Il ajoutera que « pour le stade de la Juventus de Turin, le coût final est de 155 millions d’euros pour un coût initial de 105 millions d’euros, soit une réévaluation de 33%. Il s’étale sur une superficie de 180.000 m2. Sa réalisation a nécessité 40.000 m3 de béton et 6 000 tonnes d’acier. Sa capacité est de 40.000 places.» Haddad a parlé de la structure brute des deux stades sans évoquer les espaces intérieurs. Et sur ce point, il y a beaucoup à dire car il semble s’attarder sur la carcasse. Il a aussi tenu à souligner qu’il s’agit d’un complexe sportif notant qui compte « 60 hectares et comprend un stade de football de 50.000 places, un stade d’athlétisme de 6.500 places, un stade de réplique en gazon naturel et un parking de 3.600 places.» Et il a insisté que sur le fait que ce projet est « situé dans un terrain accidenté, la construction de ce stade a nécessité l’extraction de 1.800.000 m3 de déblais et la réalisation de 10 km de routes.» Pour rester dans ce registre d’idée, on précisera juste que les Italiens ont dû détruire Dell Alpi, l’ancienne maison de la « Juve », pour mettre la nouvelle sur pilier. Le déblayage et l’enlèvement des anciennes fondations étaient nécessaires et coûteux.

Le bon sens égaré sur le parking

Les installations « annexes » ont été mises en avant par le patron du FCE. Il a notamment parlé d’un parc pour véhicules d’une capacité de 3 600 places. Comparativement, on relèvera que l’Allianz Arena est dotée d’un parking de 9 800 places (270 000 m²) en plus de 20 000 supplémentaires se trouvant à proximité directe de l’Arena, dont 130 places réservées aux personnes handicapées.
Pour l’écrin munichois, il est doté de 75 024 places (15 900 debout et
59 124 assises) contre 71 137 pour les matchs de Bundesliga et 69 334 pour les matchs internationaux. Pour ce qui est des lieux intérieurs, il inclut 2 000 sièges business, 400 places pour la presse, 106 loges (VIP et autres) de tailles diverses et 165 places spéciales pour les handicapés.
Parler d’un parking comme une « option » est tout simplement surréel en 2019. Tout stade répondant aux normes universelles doit disposer de cet espace. L’introduire dans les aménagements pour donner des contours à l’appellation « complexe » est incompréhensible. De plus, un terrain annexé n’est exceptionnel en rien. Même l’Etoile Rouge de Belgrade en dispose. Elle en a même trois qui  jouxtent le stade Rajko Mitić bâti en… 1963.

L’allianz Arena remboursé en 9 ans !

Aussi, il faudra parler du retour sur cet onéreux investissement. On essayera d’oublier la somme et parler de bon sens. Comment pourrait-on combler ces dépenses ? Désormais, c’est la préoccupation. Les Allemands avaient emprunté 346 millions d’euros pour financer l’édifice footballistique. La direction bavaroise s’était accordée avec la banque sur une durée de 25 ans pour remboursement. Malgré cet échéancier fixé à 2030, le board a réussi à couvrir l’emprunt au bout de 9 années d’exploitation de l’Allianz Arena.  C’était grâce à une politique marketing infaillible. Le sponsoring et le « naming » ont largement contribué à booster les finances. Allianz a donné son nom à la bâtisse pour 15 années à compter de 2014 contre 90 millions d’euros (6 millions annuels). En acquérant 8.3% des actions en posant un chèque de 110 millions d’euros, l’assureur allemand  est devenu le troisième sponsor après  l’équipementier Adidas qui détient 10% des parts devant Audi (9.9%). Les trois sources de revenus sont allemandes. C’est la vraie.

Deutsche Qualität !
Pour le stade de Tizi-Ouzou, il sera « offert » à la JS Kabylie, club le plus titré en Algérie. Un sigle mythique dans la forme. Un peu comme le Bayern Munich. Sur le fond, pour ce qui est de la rentabilité et la capacité à renflouer les caisses, le gouffre est énorme. C’est pour dire que l’éventualité de récupérer l’argent investi est minime pour ne pas dire nulle. Surtout que le souci majeur qui se poserait pour l’appellation n’est pas de la donner au plus offrant mais pour satisfaire la population. Certains veulent le « baptiser » Matoub Lounès quand le président de la République a opté pour Abdelkader Khalef. Quant à nous, on a envie de dire « Rabi Yekhlef » (Puisse Dieu nous indemniser).