Il est jeune, ambitieux et, tel le ballon qu’il aime tant, il a su rebondir. Bien qu’il ait eu un statut de footballeur professionnel éphémère, l’Algérien Badis Diab a pu s’assurer une pérennité dans le football-circus. S’il a quitté les terrains, il en reste, néanmoins, très proche. Une reconversion dans le football business qu’il a eu l’amabilité de nous raconter.

Le produit du centre de formation de l’AS Saint-Etienne revient aussi sur son aventure avec le MO Constantine et nous dresse une autopsie de la balle ronde algérienne, non sans nous dire comment son cabinet Galactik France a vu le jour.
Reporters : Peu de gens connaissent Badis Diab même s’il a déjà joué dans le championnat algérien avec le MO Constantine. Pouvez-vous vous présenter aux Algériens, en général, et aux lecteurs de Reporters, en particulier ?
Badis Diab : J’ai 27 ans et je suis le directeur général du cabinet Galactik France, leader français du conseil et de l’accompagnement des footballeurs. Après une brève carrière de footballeur professionnel sur différents continents, j’ai décidé de raccrocher les crampons à 21 ans pour me consacrer au football business. J’ai ainsi travaillé pour certains agents des plus influents du football européen. Je cite Mino Raiola et Marco Kirdemir. J’ai décidé ensuite de lancer ma propre structure, en février 2016, aux côtés de mon meilleur ami, Karim Amrani. Depuis l’avènement du cabinet à Paris, des cellules se sont ouvertes à New York et Lisbonne.

Vous avez eu un parcours atypique. Le milieu du ballon rond vous a fasciné depuis tout petit. Vous avez pu être en immersion dans le football-circus. Quels sont les avantages et les inconvénients de ce milieu ?
Le monde du football professionnel est particulier. Je dirai qu’il est extraordinaire parce qu’il permet à des personnes de toutes origines ethniques et sociales de pouvoir réussir, générer des revenus financiers importants et jouir d’une large notoriété.
C’est aussi un parcours du combattant, où les sacrifices physique et moral sont importants. Aucun footballeur au monde ne peut être certain de sa prochaine destination. L’instabilité d’une carrière rend la vie difficile pour de nombreux footballeurs.

Justement, une carrière tient à quelques détails. Qu’est-ce qui a fait que la vôtre bascule et que vous ayez changé de trajectoire tout en restant dans le milieu footballistique ?
Après le centre de formation de l’AS Saint-Etienne, j’ai intégré le monde professionnel à l’âge de 18 ans. Trop jeune et peu entouré, j’ai fait de mauvais choix de carrière qui m’ont amené à voyager dans plusieurs continents à la recherche d’un projet sportif stable. Les années ont défilé, les blessures se sont enchaînées et mon moral en a pris un coup. Peu après mes 20 ans, j’ai compris que je n’étais plus fait pour être footballeur professionnel. J’ai alors décidé d’arrêter ma carrière pour me consacrer à un projet de vie plus stable et plus ambitieux.

Vous avez eu une aventure ici en Algérie. Que pensez-vous du championnat national et de la manière dont sont gérés les clubs ?
Le football algérien est en retard dans de nombreux domaines. En premier lieu, la formation. Les jeunes talents ne sont pas encadrés et les clubs ne proposent pas de structures de formation adéquates au développement de toutes structures professionnelles. Je noterai, pourtant, que les moyens techniques et financiers sont bien là. Cependant, le manque de formation n’est pas le seul problème, il faut ajouter la corruption des clubs, le manque de professionnalisme de la fédération et des pouvoirs publics. Le championnat local est en chantier, que ce soit sur le terrain ou dans les tribunes. Ce qui, à la base, doit être un sport/spectacle est devenu un jeu saturé et contrôlé par une minorité de personnes qui ne comprend rien à la réalité du football moderne.

Beaucoup savent que le milieu est véreux ici en Algérie. Pouvez-vous nous le confirmer ?
Ce que je peux vous confirmer, c’est que le football algérien est gangrené par la corruption à tous les niveaux. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’un projet de corruption élaboré à grande-échelle. C’est plus de vieux réflexes, de mauvais comportements et habitudes qui rendent la corruption presque naturelle et quotidienne à l’intérieur du football algérien. Du président d’un club de seconde division à certains cadres de la fédération, les choix importants sont décidés en fonction d’intérêts personnels et non vis-à-vis de l’intérêt sportif. L’Algérie n’est pas le seul pays dans ce cas-là, mais il est gravement atteint.

Si l’expérience était à refaire, la retenteriez-vous ?
Bien évidemment, je suis fier de mon parcours, qu’il s’agisse de mes réussites ou de mes échecs. Mon expérience algérienne m’a beaucoup appris. Particulièrement en  relations humaines et du rapport de force dans l’industrie du football. Des expériences déterminantes qui m’ont permis d’avoir, aujourd’hui, des compétences dans mon domaine.

Pour avoir vécu une véritable mésaventure lors de votre passage au MO Constantine, pensez-vous qu’il existe des solutions pour qu’un footballeur puisse préserver l’intégralité de ses droits ?
Les solutions sont nombreuses. Tout d’abord, la fédération doit rétablir l’ordre au sein de la sphère du football professionnel. Elle doit durcir le ton avec les clubs et imposer des sanctions lourdes et durables vis-à-vis de ceux qui ne respecteraient pas, sur le plan juridique notamment, les termes des contrats auprès des joueurs. Le problème du non-versement des salaires est un fléau important en Algérie  dans la plupart des clubs du pays. Les dirigeants du football algérien doivent rétablir l’autorité de façon structurée, intelligente et juridiquement sophistiquée.

Votre escale algérienne n’a pas duré longtemps, vous avez connu d’autres points de chute par la suite. On peut dire que vous avez été un globe-trotter. Quel est le pays qui vous a le plus impressionné au niveau de l’organisation et des infrastructures ?
Il est vrai que j’ai eu la chance de beaucoup voyager. Au niveau des infrastructures, je dirai que je n’ai pas connu meilleure structure professionnelle que celle de mon club formateur, l’AS Saint-Etienne. Le centre de formation du club est probablement l’un des plus impressionnants de France. La qualité de la formation et du niveau footballistique en font un club particulier. Cela dit, mon expérience au Vietnam m’a permis de m’ouvrir au monde, d’aller au-delà du connaissable et de faire de moi un véritable citoyen du monde.

Vous n’avez jamais pu retrouver votre forme optimale, ce qui vous a empêché de relancer votre carrière. A partir de quel moment avez-vous commencé à envisager de raccrocher ?
L’idée d’arrêter ma carrière a émergé peu après mes 19 ans. Mais je ne voulais pas raccrocher les crampons sans raison. Il me fallait un projet de vie concret qui me permettra de vivre convenablement. Il m’a fallu plus de deux ans de réflexion avant de prendre une décision définitive.

Quelle était l’alternative ?
L’alternative, c’est la succession de rencontres importantes durant ma carrière qui m’ont permis de développer un réseau large et influent dans les quatre coins de la planète. C’est au fil de ces rencontres que j’ai compris que ma place était dans le football business. Quand on a 20 ans, que l’on parle plusieurs langues pour avoir voyagé dans le monde entier et que l’on dispose d’un réseau important, le choix du football business devient rapidement une évidence.

Racontez-nous un peu votre quotidien et votre nouvelle carrière…
Mon quotidien est celui d’un jeune Parisien de 27 ans, épanoui dans son travail. Une vie de bureau, de rencontres, de négociations et de voyages. J’aime ce que je fais et ce que je suis devenu. Mais je continue de maintenir mon degré de motivation au maximum afin de continuer à être ambitieux. Dans le football business, tout comme dans le football professionnel, d’ailleurs, le secret de la réussite au plus haut niveau est de maintenir constamment un degré de motivation important.

Etes-vous disposé à apporter votre contribution afin de faire évoluer le « sport à onze » en Algérie ?
Je suis très souvent consulté pour apporter mon analyse du football algérien.  Qu’il s’agisse de la situation de l’équipe nationale ou du championnat local. Ma contribution ne peut être que de l’ordre de l’analyse pour le moment. Sur le plan professionnel, je suis souvent approché par des clubs algériens, mais les conditions actuelles ne me permettent pas de répondre favorablement à la demande.

Avant de finir, quel est votre point de vue concernant la délicate passe que traverse l’équipe nationale ?
Comme je l’ai dit récemment à l’un de vos confrères journalistes, l’absence de l’équipe nationale au Mondial 2018 est incontestablement le plus grand échec de l’histoire du football algérien. Nous disposons de la plus grande génération de l’histoire du football algérien avec des joueurs évoluant au plus haut niveau européen. Je pense que faire revenir Rabah Madjer aux affaires est une erreur évidente, aucune fédération au monde n’embaucherait un entraîneur sans activité depuis dix ans. Si les têtes dirigeantes doivent changer, c’est surtout le projet de la fédération qui doit être revu dans le détail. Il faut nécessairement mettre en place un projet à long terme sur les dix ans à venir. Le  développement du championnat local est une priorité. Il reste une condition sine qua non à la réussite de l’équipe nationale.

On vous laisse le soin de conclure…
Je salue les lecteurs de Reporters ainsi que la rédaction pour cette interview et pour votre professionnalisme.