La demande formulée par l’ex-FCE de se constituer en Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), une rupture actée en assemblée générale le 22 juillet dernier, a été rejetée par les services du ministère du Travail. Sa direction chargée des relations avec le patronat justifie ce refus par le fait que la déclaration qui lui a été envoyée n’est pas conforme aux dispositions de la loi de juin 1990. Elle annonce un réexamen du dossier qui prélude d’une mutation contraignante pour l’association patronale…

Le passage de l’organisation patronale, connue pendant longtemps sous l’appellation de Forum des chefs d’entreprise (FCE), à une confédération regroupant plusieurs fédérations syndicales de divers secteurs ne s’opère pas comme une lettre à la poste. La mutation de l’organisation est plus que jamais à la croisée des chemins !
En effet, la demande de constitution d’une Confédération algérienne du patronat citoyen, CAPC – l’acronyme choisi pour tourner la page FCE -, a essuyé le rejet de la part du ministère du Travail, département chargé d’agréer les organisations syndicales. La direction des relations de travail au sein du ministère du Travail a signifié que la demande de la CAPC portant sur la constitution d’une confédération de syndicats de différents secteurs d’activité «n’est pas conforme» aux dispositions de la loi 90-14 du 2 juin 1990 modifiée et complétée relative aux modalités d’exercice du droit syndical. Il a été signifié, dans ce sens, à la CAPC que sa demande fera l’objet d’un «réexamen» qui tiendra compte des «modifications apportées présentement» dans les dispositions de la loi citée plus haut.
Ce courrier du ministère du Travail a eu l’effet du «douche écossaise» au sein de l’organisation patronale qui attendait impatiemment le quitus de l’administration pour tourner définitivement la page du Forum qui renvoie, dans l’imaginaire collectif des Algériens, l’image d’un patronat qui a été au service du règne décrié des Bouteflika.
Lors des travaux de l’Assemblée générale tenue au mois de juin dernier et qui a entériné le changement de statut et de sigle, la nouvelle direction s’est fixée l’objectif de se lancer dans une procédure juridique et réglementaire pour confirmer et valider son nouveau statut aux yeux de la loi. Un processus qui, selon une source, devrait commencer «très vite» pour que son président, Samy Agli et son organisation puissent poursuivre leur travail sous un nouveau manteau.
Peine perdue manifestement puisque la rupture que voulait signer le nouveau président de l’organisation avec le règne de Haddad, marqué par la «confusion entre l’économique et le politique», est appelée à compter avec le «réexamen» du dossier tel qu’annoncé par le département du travail. Il faut souligner, dans ce registre, que les membres de l’organisation étaient plutôt contraints à abandonner l’appellation originel du Forum dont l’acronyme pesait sur ses épaules du fait de la «parenté» du FCE sous Haddad au 20 ans de règne de Bouteflika, alors que le sigle était un dénominatif précieux par sa symbolique et peut-être, selon des voix, par la qualité de ses fondateurs à l’image de Omar Ramdane et Rédha Hamiani
Mais, à l’évidence, le retard pris dans la délivrance de l’agrément à cette organisation qui regroupe les patrons du pays n’incite pas moins à se poser des questions de bureaucratie au moment où le gouvernement Djerad se fixe l’objectif de neutraliser la nuisance de l’hydre bureaucratique.
Cette situation n’en pose pas moins également la relation très particulière qu’entretenait l’ancien FCE avec les gouvernements successifs. Des observateurs craignent en effet que cette vieille inimitié ne soit encore à l’ordre du jour et que l’on ne soit pas encore prêt à libérer le champ de la parole économique non gouvernementale.
A l’évidence, ce puzzle gagnerait à être vite recomposé notamment pour la confédération et pour le gouvernement dont l’ordre du jour est marqué par l’urgence de la crise économique à laquelle s’est greffée depuis plus d’une année et demie une crise sanitaire à l’impact certain sur la machine économique.
Ce qui nous amène, par ailleurs, à nous souvenir que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, n’a pas eu les meilleures relations avec cette association patronale alors qu’il était chef de gouvernement faisant face à une forte influence des oligarques sur la décision politique. Une influence que les procès en cours, impliquant plusieurs hommes d’affaires et puissance de l’argent ayant prospéré sous la bénédiction de l’ancien cercle présidentiel, révèlent au grand jour jusqu’à conclure à la mainmise des forces de l’argent sur la gestion de l’argent public.
Certes il est vrai que tout a changé dans le paysage politique et patronal depuis cet été où, M. Tebboune, alors chef de gouvernement, s’agaçait de l’influence d’Ali Haddad, aujourd’hui en prison et sans doute pour longtemps, mais il est des réflexes qui incitent à se poser des questions.
En attendant de savoir comment va évoluer ce dossier, la présente séquence, administrative dans la forme, montre encore une fois que c’est la relation gouvernement-patronat qui risque d’être dénuée de la confiance dont elle a tant besoin.