Devant une situation épidémique non-apaisante et un taux national de vaccination ne dépassant pas les 27%, le gouvernement décide de passer à d’autres mesures de lutte et prévention. Il compte intensifier la campagne de vaccination et élargit le «pass vaccinal», plus précisément le carnet vaccinal, à de nouveaux espaces et lieux de la vie socioéconomique.PAR INES DALI
Le gouvernement décide de passer à la vitesse supérieure et d’élargir le pass vaccinal à de nouveaux segments de la vie sociale et économique, l’objectif étant de rattraper le retard enregistré en matière de vaccination contre le nouveau coronavirus. Le taux national n’est que de 27%, alors que la situation épidémique du pays devient préoccupante avec la hausse des contaminations en sus de la présence du variant Omicron. Tout en prolongeant le dispositif actuel des mesures anti-Covid-19 pour une période de dix jours à compter d’hier, le gouvernement l’a également adapté à la situation actuelle en introduisant de nouvelles mesures dont l’instauration du pass vaccinal et l’intensification de la vaccination.
Il alerte que la situation épidémique enregistre «ces derniers jours une tendance à l’augmentation des cas de contaminations, laquelle est certainement appelée à connaitre une amplification dans son rythme de propagation et dans ses incidences sur les capacités de résilience de nos structures hospitalières», avant de relever que cela est dû, «d’une part, au grand relâchement de la vigilance remarquée chez les citoyens à l’égard du respect des gestes barrières et des différents protocoles sanitaires et, d’autre part, au faible taux de vaccination de la population».
L’Algérie étant loin d’atteindre l’objectif de 70% de vaccination de la population éligible à la fin de l’année, dont quelques jours seulement nous séparent, il était devenu urgent que de nouvelles mesures soient prises. C’est ainsi que les deux principales annoncées dans le communiqué du Premier ministère, rendu public samedi soir, sont axées sur la vaccination massive et l’institution du pass vaccinal comme condition d’entrée dans différents lieux publics et édifices.
Le pass vaccinal devient donc obligatoire pour entrer et sortir d’Algérie, accéder aux stades et lieux où se tiennent des activités sportives (salles de sports et piscines), les espaces et les lieux accueillant les rencontres, séminaires et conférences, les salles de cinéma, théâtres, musées et espaces et lieux de spectacles, les espaces et lieux de célébration de cérémonies et événements à caractère national et local, les salons et les foires et, enfin, les salles des fêtes et les hammams.

Intensification vaccinale dans plusieurs secteurs
A propos de l’intensification de la vaccination, des dispositifs seront également mis en place par le gouvernement. Ils touchent à de nombreux secteurs où la vaccination enregistre un taux très faible. Cette opération concerne «la vaccination des fonctionnaires et certains corps des administrations et institutions publiques ainsi que d’autres métiers des secteurs des services et du commerce devant être raisonnablement en première ligne en matière de vaccination et qui se trouvent plus exposés ou susceptibles d’être des vecteurs importants de contamination». Cela traduit-il l’éventualité d’aller vers l’obligation vaccinale de ces différents corps ? En tous les cas, le gouvernement serre, ainsi, la vis pour inciter le plus grand nombre à se vacciner, notamment ceux qui sont dans le service public comme le corps soignant ou encore le corps enseignant chez lesquels le taux de vaccination ne dépasse pas les 30%.
Depuis plusieurs mois, des appels ont été lancés pour la mise en place et l’application de ces mesures par les professionnels de la santé, dont le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. Contacté hier, il a fait montre de sa «satisfaction» quant aux mesures annoncées par le gouvernement. «Je suis très content que la décision de généraliser le pass vaccinal ait été prise. Il était temps de passer ce cap. C’est une décision courageuse», a-t-il dit, rappelant qu’il a toujours plaidé pour cela, tout comme la vaccination massive. «Le gouvernement a décidé, enfin, de faire le tri et c’est tant mieux, car il n’y a pas de raison que les personnes qu’on vaccine et auxquels on délivre des QR Code mettent ce dernier dans leur portefeuille sans l’utiliser. Il faut faire valoir ce QR Code», a-t-il ajouté. A noter que toute personne vaccinée se voit délivrer sur le lieu de la vaccination ce qu’on appelle le carnet vaccinal dans lequel est notée la date de la 1re et 2e dose, ainsi que le nom du vaccin utilisé. Notre interlocuteur estime qu’à travers les présentes mesures, «on va donc essayer d’obliger ceux qui ne sont pas vaccinés à avoir ce pass sanitaire pour pouvoir vaquer à leurs occupations». Pour lui, il est «inconcevable que les fonctionnaires en tous genres, à l’instar des personnels de la santé ou encore ceux de l’enseignement ne soient pas vaccinés». «A mon avis, ils doivent se faire vacciner ou, pourquoi pas, être mis en disponibilité. Il faut que les gens prennent leur responsabilité», a-t-il estimé. Il poursuit en soutenant, par ailleurs, que chez le personnel de la santé, «la majorité des médecins sont vaccinés» et que la vaccination devrait être intensifiée donc chez les autres corps.

«Pas normal que nous ne soyons qu’à 27% de taux de vaccination»
Il déplore qu’on se retrouve actuellement face au «problème de la vaccination des enfants alors que les enseignants ne sont pas vaccinés» et n’admet pas qu’un enseignant qui serait contaminé prenne le risque de transmettre le virus aux élèves de sa classe. A ce propos, le ministère de l’Education nationale a annoncé, hier, qu’une troisième campagne de vaccination sera organisée au profit de ce corps dès la rentrée des vacances d’hier, soit du 2 au 13 janvier 2022.
Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins relève, par ailleurs, qu’«il n’est pas normal que nous ne soyons qu’à 27% de taux de vaccination», soulignant que cela est «un échec» si l’on considère l’objectif premier de 70% à la fin de décembre, et impute cela au «manque de communication et d’organisation». Maintenant, il s’agit de «trouver d’autres voies et moyens de relancer la vaccination» et le gouvernement, selon Dr Berkani, a pris les dispositions qui, tout d’abord, vont obliger la vaccination et, ensuite, laisser entrer dans tous les lieux d’une vie organisée sociétale que les gens vaccinés».
En tout état de cause, le gouvernement explique, dans son communiqué, que les mesures prise s’inscrivent dans une démarche de «l’adaptation régulière du dispositif de gestion de la crise sanitaire» et «visent aussi à éviter le recours aux mesures de restrictions de la mobilité ou de suspension d’activités économiques, commerciales et sociales ou encore de confinement à domicile». <