Par Nadir Kadi
La secrétaire générale du Parti des Travailleurs (PT) Louisa Hanoune a estimé, hier lors de la célébration du 31e anniversaire de son mouvement, que «le Parti», et plus généralement le paysage politique algérien, est victime «d’attaques féroces contre le multipartisme». La responsable qui a notamment apporté son soutien au MDS, après l’arrestation du membre dirigeant Ouahid Benhalla, puis de Fethi Gherras, pour les «points de vue qu’il a exprimés en privé», a fait le lien entre cette «situation» qu’elle dénonce et sa propre arrestation en 2019 : «Ces attaques contre le multipartisme, qui est la base de la démocratie (…), prend aujourd’hui la forme d’une répression constante des militants et dirigeants de parti et organisation politique, mais aussi par des menaces de dissolution et d’ingérence dans les affaires des partis ou par la volonté claire du pouvoir de remplacer le multipartisme par une société civile fabriquée et non politique.» En ce sens, la commémoration du 31e anniversaire, qui intervient après un 30e avorté à cause de la Covid, a été l’occasion d’offrir durant plus de deux heures une tribune à plusieurs militants politiques proches du mouvement, dont des avocats et des syndicalistes.
La responsable du PT estime que l’organisation de l’anniversaire du parti est déjà en soit un «acte de résistance», en déclarant lors de l’une de ses prises de parole : «La commémoration des 31 ans du PT est un acte de résistance, en défense du multipartisme et des acquis démocratiques (…)» Cette «répression» contre le PT, qui intervient alors que «la révolution et la contre-révolution s’accélèrent», estime Louisa Hanoune, aurait plus précisément pris une nouvelle tournure au lendemain de la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. «En 2019, nous n’avions pas pu commémorer la création du parti à cause de mon arrestation dans le cadre d’une attaque féroce contre notre mouvement. Elle était conduite par le pouvoir du fait-accompli qui s’est approprié le pouvoir après la démission d’Abdelaziz Bouteflika. Et cette attaque s’est amplifiée par la suite et a touché les droits et libertés démocratiques et le multipartisme, en particulier».
Dans cette même logique de dénonciation des «restrictions» et des «atteintes» aux libertés fondamentales, la responsable du PT a également fustigé, hier, la gestion de la crise sanitaire et, plus encore, les mesures limitant la liberté de déplacement. Ainsi, Louisa Hanoune explique que la commémoration de la création du PT est elle-même victime de ces mesures : «Nous attendions des délégations des régions du Sud du pays (…) Ils n’ont pas pu trouver de vols, toutes les dessertes sont fermées à cause du manque en ce début d’été. Les militants d’Adrar, Illizi, Tamanrasset et Tindouf n’ont pas pu nous rejoindre.» Ces mesures sont pour la responsable du PT une atteinte à l’activité de l’ensemble du pays : «En 2020, le confinement dit sanitaire qu’a imposé le gouvernement a impacté toutes les activités politiques, économiques et culturelles». La responsable estime également que la crise sanitaire a été instrumentalisée dès ses débuts : «La Covid-19 a été un facteur de décantation (…) Le régime l’a instrumentalisée pour instaurer des réglementations non démocratiques.»
En ce sens, l’un des intervenants à l’anniversaire du PT, Omar Amara, syndicaliste représentant «les transporteurs privés», a expliqué que les professionnels «publics ou privés» du transport doivent affronter de «graves difficultés». En cause, selon le syndicaliste et responsable du PT a Jijel, «les mesures contre la pandémie, mais aussi la hausse du «prix des carburants». Quant aux «interventions» extérieures aux Parti des travailleurs, il s’est notamment agi de la lecture d’une lettre de l’Entente internationale des travailleurs et des peuples (EIT). Un document mettant en substance en garde contre la politique «transition écologique» imposée dans le monde. Une politique qui serait utilisée «face aux peuples» et en y associant les confédérations syndicales, «la pseudo-transition écologique et énergétique est en réalité une restructuration de l’industrie qui causera des millions de licenciements. Il s’agit de protéger l’économie et non la planète». n