PAR NAZIM B.
C’est aujourd’hui que sera rendu le verdict dans l’affaire de l’ancienne ministre de la Culture, Khalida Toumi, contre laquelle le procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’hamed (Alger) avait requis la lourde peine de 10 ans de prison ferme.
Poursuivie, avec d’anciens responsables du secteur de la Culture, pour «abus de fonction», «dilapidation de deniers publics» et «octroi d’indus avantages à des tiers», Khalida Toumi, 64 ans, est en détention préventive depuis le 4 novembre 2019. Devant le juge qui l’a auditionnée après plusieurs reports de son procès pour divers motifs, l’ancienne ministre n’a pas fait que rejeter les accusations retenues contre elle et sa gestion de quelques dossiers durant son règne à la tête du ministère de la Culture, entre 2002 et 2014, elle en a fait une tribune pour clamer son innocence, faisant part de sa «conviction» qu’elle «une détenue politique».
Dans une déclaration qu’elle a lue à l’ouverture de son procès, Khalida Toumi a déclaré rejeter « catégoriquement, dans le fond et dans la forme», les griefs retenus contre elle et liés notamment à l’organisation des manifestations «Alger, capitale de la culture arabe», «Tlemcen, capitale de la culture islamique», le 2e Festival panafricain, la réalisation du film sur l’Emir Abdelkader.
«La preuve est que la décision de mon incarcération avait été prise avant l’instruction et qu’elle n’avait aucune relation avec la gestion du secteur de la culture à l’époque où j’étais ministre, mais que les manifestations internationales et le film sur l’Emir Abdelkader ont été utilisés pour masquer le caractère politique de mon arrestation», a-t-elle souligné. Elle a également critiqué le contenu des rapports des inspecteurs de l’IGF, qui «ont considéré à tort certaines de mes actions comme non conformes à la loi et à la réglementation parce qu’ils sont référés à l’article 43, paragraphe 4 du code des marchés publics et qu’ils ont ignoré les décisions gouvernementales ainsi que les décisions interministérielles entre le ministère des Finances (tutelle de l’IGF) et le ministère de la Culture autorisant des dérogations et des exceptions». Sur sa lancée, elle a expliqué au Tribunal, que «les comptes d’affectation spéciale de ces manifestations ont été clôturés dans le cadre des lois de finances et tout le monde sait qu’aucun compte ne peut être clôturé sans passer par le contrôle de l’IGF, de la Cour des comptes et des deux Chambres du Parlement». Et d’ajouter, dans le même chapitre, que «les enquêteurs ont ignoré les très courts délais accordés à la préparation et à la réalisation de ces manifestations culturelles mais n’ont fait ressortir ni détournement ni dilapidation, ni profit ni corruption ou encore favoritisme au profit de mes amis et mes proches». Il faut souligner que le collectif d’avocats de l’ex-ministre ont dû se battre pour que le procès soit programmé. Dans le dossier de Khalida Toumi, aucune accusation touchant aux détournements, à l’enrichissement illicite, à l’octroi d’avantages au profit de parents ou de proches ou à la corruption, a estimé l’avocat Boudjemaa Ghechir. Ce dernier a fait remarquer que «la garantie d’un jugement dans un délai raisonnable dans le cas de poursuites pénales est liée au droit à la liberté, à la présomption d’innocence et au principe directeur du procès équitable et des droits de la défense».
Avec Khalida Toumi, plusieurs responsables du secteur de la Culture sont également poursuivis dans cette affaire, notamment ceux qui étaient chargés de la gestion des événements culturels durant la période où Khalida Toumi était à la tête du secteur, dont «Tlemcen, capitale de la culture islamique». <