Reporté plusieurs fois, le procès du coordinateur du MDS, Fethi Ghares, a eu lieu hier au Tribunal de Baïnem. Le procureur a requis trois ans de prison ferme assortis d’une amende de 100 000 DA.

PAR NAZIM B.
M. Ghares est poursuivi pour «atteinte à la personne du président de la République, outrage à corps constitué, diffusion au public de publications pouvant porter atteinte à l’intérêt national, diffusion d’informations pouvant porter atteinte à l’unité nationale, diffusion d’informations pouvant porter atteinte à l’ordre public», a souligné le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), qui rappelle que le militant politique a été arrêté le 30 juin dernier et placé sous mandat de dépôt.
Dans ses réponses aux questions du juge, le leader du MDS a qualifié son procès de «politique», déclarant que «c’est le coordinateur d’un parti qui est poursuivi», ajoutant avoir «critiqué le règne des années Bouteflika». Sur sa lancée, Ghares a déclaré : «Cela fait 6 mois que je suis en détention provisoire. Suis-je un danger pour le pays ? Je ne vais pas fuir le pays. Je n’ai pas de passeport. Je ne fuirai pas mon pays comme l’ont fait Khaled Nezzar et Chakib Khelil.»
A l’entame des plaidoiries, les avocats du collectif de défense du chef du MDS ont mis en avant le fait que l’arrestation de Ghares faisait suite à ses déclarations, lors de la conférence de presse de solidarité, en juillet dernier, avec le journaliste correspondant Rabah Karèche qui était en détention. Pendant cette période de détention, le collectif de défense de Fethi Ghares
a dénoncé la détention «arbitraire» de ce dernier ainsi que l’inaction de la justice dans l’instruction de son dossier.
«Fethi Ghares a été placé en détention provisoire depuis le 1er juillet dernier, alors qu’il n’a ni volé ni détourné de l’argent public», se sont indignés les avocats. Il a seulement exprimé ses opinions politiques au moment où les Algériens militaient pour un changement pacifique», s’est indigné Me Mustapha Bouchachi, l’un des membres du collectif de défense, lors d’une conférence de presse, organisée au siège du MDS à Alger. Soulignant que Fethi Ghares se trouve en prison «uniquement pour ses opinions politiques» diffusées à travers les médias et les réseaux sociaux, a plaidé Maître Bouchachi, pour qui «toutes les accusations mentionnées dans le procès-verbal des officiers de la police judiciaire ont été maintenues par le procureur de la République». «Ce n’est ni moral ni éthique de voir les juges mettre un militant politique en prison, pour ensuite prendre congé et n’enclencher aucune procédure. Le message est clair avec son maintien en prison durant toute cette période, dire aux partis politiques, aux syndicats et aux militants pour les droits de l’Homme que nul n’échappe à la répression», avait soutenu Me Bouchachi, qui a indiqué que le coordinateur national du MDS présente «toutes les garanties pour une liberté provisoire». A souligner que la mise en détention de Ghares a suscité la désapprobation des partis politiques. «Par la mise sous mandat de dépôt de Fethi Ghares, coordinateur du MDS, le pouvoir s’obstine à criminaliser l’action politique, ce qui est inacceptable et risquerait de nous renvoyer à l’ère du parti unique», avait dénoncé le FFS. Pour sa part, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) s’alarme en constatant que les arrestations de militants politiques et d’activistes de la révolution du 22 février «se comptent par milliers dans tout le pays atteignant ces derniers mois une ampleur sans précédent».