Un mémorable hommage a été rendu, avant-hier, par le commissariat du 23e Salon international du livre d’Alger (Sila) à la grande dame de la culture algérienne Taos Amrouche, qui fut aussi la première poétesse et romancière algérienne, dont le premier roman «Jacinthe noire », a été publié en 1947.

A l’occasion de l’hommage rendu, lundi, à Taos Amrouche, une personnalité souvent marginalisée de son vivant et occultée encore aujourd’hui, une rencontre a été animée par l’écrivain et chercheur Amar Ingrachen, où il est revenu sur l’œuvre et le parcours de cette grande dame de la littérature algérienne, dans le cadre des animations culturelles du 23e Sila, qui se poursuit jusqu’au 10 novembre prochain avec des rencontres thématiques sur les personnalités historiques, le livre et l’édition.
Selon Amar Ingrachen, Taos Amrouche était «une romancière qui a devancé son époque, tant par rapport aux sujets qu’elle a présentés que dans la manière dont elle l’a fait». L’intervenant a également confié que cette grande dame, qui fut surnommée Marguerite, «était non seulement connue en Algérie comme une grande plume et une grande voix algérienne, mais aussi dans le monde entier», a-t-il dit. Amar Ingrachen a ensuite évoqué le parcours atypique de la première poétesse algérienne. «Ses œuvres sont partagées entre le pays natal et les lieux de son exil, auxquels viendront s’ajouter les tourments dus à sa condition de chrétienne socialement marginalisée». Ajoutant que «cette voix moderniste s’est efforcée de mettre en valeur la voix de l’individu et le dévouement de l’individualisme, ou encore l’éloge de soi dans ses œuvres à une époque où ses contemporains, tels que Mouloud Mammeri et Kateb Yacine, s’intéressaient aux sujets politiques ou aux approches idéologiques classiques». Ainsi, celle qui a signé de sa plume l’œuvre emblématique « Solitude, ma mère », était une des écrivaines de son époque tout en étant perpétuellement dans la quête de soi. Elle n’aura de cesse de dénoncer les tabous et les traditions rétrogrades dans une société repliée sur elle-même. Il a aussi précisé, lors de cette rencontre, que Taos Amrouche était aussi connue pour son idéologie et ses idées. «Elle était l’un des membres fondateurs de l’Académie berbère, en 1965, à Paris. Elle s’est, ensuite retirée de cette dernière, à cause des autres membres qui ne voulaient pas s’ouvrir aux autres cultures», a-t-il souligné. Mettant ainsi en avant l’ouverture d’esprit de cette très moderne femme par rapport à son époque, qui appelait déjà au dialogue entre les différentes cultures.
Le chercheur, dont la thèse universitaire porte sur cette personnalité de la culture algérienne, souvent marginalisée de son vivant, a lancé un appel sur la nécessité d’étudier et de mettre en valeur les écrits de cette femme de lettre exceptionnelle, estimant que «les femmes de lettres algériennes doivent suivre l’exemple de Taos Amrouche. Elles doivent en outre s’imprégner de son talent ou encore essayer de faire mieux. Du moins concernant son approche des divers sujets qu’elle a traités avec courage». Le conférencier a aussi abordé dans le cadre de cet hommage, la sublime voix de Taos Amrouche, véritable cantatrice, qui a été la première artiste à adapter à l’opéra «Achwiquen», chants poétiques traditionnels kabyles. Elle a ainsi réussi à sauver de l’oubli et à promouvoir le chant des femmes kabyles, un pan du patrimoine oral, préservé et transmis par les femmes de génération en génération. Née à Tunis en 1913, Taos Marie-Louise Amrouche est issue d’une famille algérienne christianisée. Elle est la fille de Fatma Marguerite Aït Mansour et la sœur de Jean El Mouhoub Amrouche, son aîné, tous deux écrivains. Taos Amrouche est l’auteure de quatre romans autobiographiques et d’un journal intime dans lequel elle se révolte contre les traditions mortifères, tout en s’interrogeant sur ses déracinements et ses exils.