Les craintes de voir le nouveau variant Omicron de Covid-19 se propager en Algérie se font grandissantes. La menace est réelle et cela ne serait nullement étonnant qu’il fasse son entrée à n’importe quel moment. Le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), Fawzi Derrar, a fait savoir, hier, que l’Algérie a enregistré «trois cas suspects» du variant Omicron» mais que «les résultats obtenus étaient négatifs». D’autres cas suspects sont soumis actuellement au test de dépistage et en cas de résultats positifs, le ministre de la Santé l’annoncera, a-t-il ajouté.

PAR INES DALI
La rapide transmissibilité d’Omicron se confirme chaque jour un peu plus, sachant qu’un cas de ce variant a déjà été détecté en Tunisie voisine, sans compter qu’il «risque de devenir rapidement majoritaire en Europe» après que des cas aient été découverts dans plusieurs pays, dont ceux avec lesquels l’Algérie a ouvert les frontières aériennes.
L’Algérie n’est donc «pas à l’abri» d’Omicron étant donné «sa propagation accélérée» à travers les cinq continents et «ce n’est qu’une question de temps avant qu’il arrive en Algérie», de l’aveu même du directeur général de l’IPA, qui a tenu à noter que «la vaccination est efficace dans tous les cas». Intervenant également hier à propos de la nouvelle souche du Covid-19, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a déclaré qu’il était «tout à fait normal de s’inquiéter au début de l’apparition de nouveaux variants, comme c’était le cas avec le Delta qui fait les ravages lors de la 3ᵉ vague», soulignant que «ce qui se dit actuellement sur le variant Omicron n’est pas encore prouvé». Il a, cependant, écarté un retour aux mesures de confinement et de fermeture des frontières, précisant que «cela ne sera appliqué que s’il y avait risque d’une catastrophe» sanitaire. Il est revenu sur la «faible vaccination» et a renouvelé l’appel aux citoyens à aller se faire vacciner pour se prémunir contre le coronavirus.
Ainsi, alors que la situation se trouve être déjà «inquiétante» face à la montée de l’épidémie dominée par le variant Delta et la faible vaccination, Omicron viendrait désormais compliquer davantage la donne. Les chiffres des cas confirmés de Covid-19, qui n’ont cessé d’aller crescendo depuis la fin d’octobre, frôlent actuellement de très près les 200 cas quotidiens. Jeudi dernier, l’Algérie a enregistré 198 nouveaux cas et n’a connu qu’une très légère baisse le lendemain à 191 nouveaux cas, hier on comptabilisait 185 cas et 7 décès.
Les mises en garde contre la propagation d’Omicron dans le pays sont émises depuis plusieurs jours par les professionnels de la santé qui ont tous mis l’accent sur l’impératif du renforcement du contrôle aux frontières outre l’obligation du pass vaccinal à tous les voyageurs. La décision a finalement été prise par les pouvoirs publics sur recommandation du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19. Il s’agit de rendre le pass sanitaire obligatoire à tous les passagers par voie maritime à partir de demain lundi. Pour «tous les citoyens désirant voyager par voie maritime, le pass sanitaire (passeport vaccinal), outre les mesures en vigueur (PCR et test sérologique), sont obligatoires pour les voyages de et vers le territoire national, une mesure qui sera appliquée à partir du lundi 6 décembre 2021», a indiqué le ministère des Transports dans un communiqué. Il a, également, appelé les usagers des moyens de transport à respecter «les mesures barrières et les protocoles sanitaires, particulièrement le port du masque, qui feront l’objet d’un contrôle rigoureux par les services compétents pendant le voyage».
Il s’agit donc pour l’Algérie de «resserrer» le contrôle sanitaire aux frontières, selon le Pr Ryad Mahyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19. «C’est un contrôle sanitaire très strict : test PCR de 36 heures, test antigénique à l’arrivée et, éventuellement, isoler les passagers qui viendraient d’Afrique australe en leur accordant une attention particulière et une surveillance», a-t-il explicité dans un entretien à TSA. Concernant le protocole sanitaire dans les espaces ouverts et clos, où il y a eu un allègement des mesures (transports, salles des fêtes, mosquées, etc.), «il faut redoubler de vigilance», a-t-il recommandé, indiquant que le Comité insiste surtout sur l’application stricte des mesures barrières (port de masque obligatoire, distanciation physique et gel hydroalcoolique). Lui aussi estime qu’il n’est pas question pour le moment de fermer les frontières ou de revenir au confinement. Le Comité scientifique, a-t-il dit, se prononce plutôt pour la généralisation de l’obligation du pass sanitaire.

Alger muscle les contrôles aux frontières
Le contrôle aux frontières est, par ailleurs, également renforcé dans des pays vers lesquels les Algériens voyagent. Depuis hier, les passagers à destination de la France, un pays qui compte 9 cas d’Omicron, sont dans «l’obligation de fournir un test PCR ou antigénique négatif de 48 heures avant le voyage», a indiqué la compagnie nationale de transport aérien Air Algérie. Ce test est obligatoire pour les passagers «vaccinés et non vaccinés, de plus de 12 ans», a-t-elle précisé.
Pour les passagers à destination de Tunis, le «carnet de vaccination anti-Covid-19» est désormais obligatoire, en plus du «test PCR négatif de 48 heures avant le départ». Les autorités sanitaires tunisiennes ont pris cette décision après avoir détecté le premier cas du variant Omicron chez un voyageur congolais arrivant d’Istanbul. La Tunisie, pour rassurer ses concitoyens et les pays avec lesquels elle a des lignes aériennes, a fait savoir que tous les voyageurs qui étaient à bord du même avion ont été contactés pour être testés.
Au vu de la situation un peu partout dans le monde et en attendant les résultats des études en cours pour connaître le degré de virulence d’Omicron comparativement aux autres variants, la vigilance, et plus particulièrement le port du masque dans tous les lieux publics, ne devrait plus être un simple slogan mais réellement palpable sur le terrain avec le concours de tous. C’est le message de tous les spécialistes, qui partagent le même avis concernant la solution vaccinale pour faire face aux effets néfastes du Covid. Certains pays ont décidé d’imposer des «restrictions drastiques aux non-vaccinés» s’apparentant à un quasi-confinement, alors qu’un vent de panique souffle dans le monde face au variant Omicron qui «risque de devenir majoritaire en Europe d’ici les tous prochains mois», selon l’agence de l’Union européenne chargée des maladies. Elle ajoute que les cas explosent un peu partout en Europe, où l’Allemagne, après l’Autriche, envisage de rendre la vaccination obligatoire. Pour l’heure, faut-il noter, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a reçu aucune information sur un éventuel décès lié à Omicron. Elle estime que les vaccins restent efficaces pour protéger contre les cas les plus graves, en attendant d’avoir une image beaucoup plus précise de l’impact potentiel du nouveau variant. <