Depuis le 24 mars, soit presque un mois après, la wilaya Blida semble s’être adaptée à la vie sous confinement total. Dans quelques jours, soit le 19 avril, les autorités vont décider de la poursuite ou non de cette «quarantaine».


Épicentre de la pandémie du Coronavirus, la région connait, selon le personnel soignant, une baisse légère du nombre de cas positifs. Idem pour le nombre de décès et de cas nécessitant un accès en réanimation. La wilaya de Blida a enregistré 84 cas de décès, contre 86 pour Alger. Et, le nombre de cas confirmés est de 575 sur 2070 au niveau national, soit 27 %. Au début de la pandémie, ce taux était de 55 %. Le nombre de guérisons, grâce notamment au protocole thérapeutique sur base de Chloroquine, est en hausse également. Il est de 133, selon le dernier bilan du Comité scientifique chargé du suivi de l’évolution de la pandémie du Covid-19. Blida et Alger totalisent 57 % des 691 guérisons enregistrés dans le pays. La pression sur les structures hospitalières a quelque peu baissé surtout dans les services réanimation. «Il faut que le dépistage soit plus important dans la région de Blida. Le nombre de porteurs sains du virus est sûrement élevé. D’où la nécessité d’augmenter la fréquence des tests», estime néanmoins un médecin. Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a écarté, dernièrement, le dépistage massif de la population, mais a évoqué l’extension des centres de dépistage à d’autres régions du pays comme Adrar, Ouargla et Oran.

Pas de tests PCR à Blida
Les tests PCR de Blida se font toujours à l’Institut Pasteur d’Alger, «alors qu’il fallait que ces tests se fassent à Blida, principal foyer de la maladie. Ce n’est pas normal», insiste le même médecin. 810 véhicules et 310 motocyclettes, sur 2700 au niveau national, ont été mis en fourrière à Blida ces derniers jours par les services de police, en application des mesures coercitives relatives au non-respect du confinement. Et près de 2000 personnes ont été verbalisées pour infraction à la décision du confinement total. Leurs dossiers ont été transmis à la justice sans mise en détention. Les Blidéens sont autorisés à circuler le jour de 7h à 15 h, mais uniquement pour faire des courses, rejoindre le lieu du travail ou pour faire une consultation médicale. A Blida ville, les mesures de confinement sont plus au moins respectées, ce qui n’est pas le cas des autres communes comme Boufarik, Bouarfa, Beni Merad, Ouled Yaïch, Mouzaia, Soumaa ou El Affroun malgré les appels des imams, avant la prière de fin de journée, ou ceux des services de sécurité. A Bouarfa, une vingtaine de personnes ont d’ailleurs contracté le virus ces derniers jours, mais les habitants continuent à se rassembler dans les rues sans aucune mesure de prévention et les enfants occupent les rues à longueur de journée. Toujours à Blida ville, des commerces, pourtant nécessaires, demeurent toujours fermés, malgré les mises en garde des pouvoirs publics, alors que les prix des fruits et légumes connaissent une forte hausse, à moins de dix jours du mois sacré du Ramadhan. Certains marchés, comme ceux de Bouguerra, à l’est de Blida, est toujours ouvert. Les citoyens y font leurs emplettes sans porter de masques.

«Les masques sont rares en pharmacie»
Ce port n’est toujours pas obligatoire, alors que la région est un foyer pandémique confirmé. «Les masques sont rares dans les pharmacies. Et, puis, ils sont chers. Nous ne pouvons pas en acheter chaque jour, car il paraît qu’il faut changer ce masque après 4 heures», souligne un cadre d’une entreprise privée. «Il faut que le port du masque, important geste barrière, soit obligatoire à Blida. Les autorités doivent l’imposer avant qu’il ne soit trop tard», s’alarme un infirmier à la retraite de l’hôpital Frantz Fanon qui se dit choqué du comportement irresponsable des gens. «Ils parlent collés l’un à l’autre, se touchent, s’embrassent, font comme si de rien n’était ! Ils ne prennent même pas la précaution de maintenir les enfants à la maison», s’indigne-t-il avant de pénétrer dans une pharmacie où les mesures de «distanciation sociale» sont heureusement respectées. Concernant les dons, Blida a reçu des aides en produits alimentaires, fruits et légumes et accessoires de protection sanitaire de 23 wilayas ces trois dernières semaines. Plus de 3400 tonnes de dons, selon un bilan établi par les services de la wilaya de Blida. Près de 90 000 familles de Blida ont bénéficié de ces dons, d’après la même source. Des dons toujours mal distribués malgré les efforts du mouvement associatif, le Croissant rouge et certains services communaux. L’Association nationale des commerçants et artisans a regretté, dans un communiqué, des «détournements» d’aides alimentaires à Blida et a appelé les pouvoirs publics à accentuer le contrôle en saisissant le ministère de l’Intérieur. La wilaya de Blida a, aux dernières nouvelles, ouvert une enquête pour situer les responsabilités au moment où à Blida, des citoyens pointent du doigt «la gestion opaque des dons» au niveau de certaines communes de la wilaya.