Retenue parmi les douze troupes en compétition au 52e Festival national du théâtre amateur de Mostaganem (FNTA), la participation, mercredi dernier, de la troupe du Mouvement théâtral de Koléa (MTK), a retenu l’attention bien au-delà du sujet de la pièce intitulée « El-Taiha » ou de la prestation des comédiens. Et pour cause, le responsable de la troupe de Koléa, le metteur en scène et formateur Youcef Taouint, a fait le choix de confier l’ensemble de la préparation technique, mais aussi de la mise en scène aux soins des jeunes membres de l’association.

Un moyen, dit-il, de conforter la troupe de théâtre à la réalité d’un festival de cette envergure. Rencontré alors qu’il supervisait, du fond de la salle, les dernières répétitions, Youcef Taouint, largement connu dans le monde du quatrième art en tant que comédien, metteur en scène mais aussi journaliste spécialisé, bien qu’il préfère à chaque occasion se présenter comme formateur, nous précisera ainsi, à l’issue des répétitions, que «le MTK participe au festival depuis 1986, nous y avons décroché plusieurs prix », avant d’ajouter que cette édition était quelque peu « différente ».
«Pour cette édition, nous avons spécialement formé un groupe composé uniquement de jeunes membres de l’association, âgés pour la plupart de 16, 19 et 23 ans. En fait, à part pour le régisseur qui a une certaine expérience, c’est une occasion pour tous les comédiens ainsi que pour le metteur en scène de se confronter au public, à la scène dans le cadre du festival », nous précise Youcef Taouint.

Priorité à la formation des jeunes comédiens
L’artiste ajoutera que l’objectif premier n’est pas les distinctions ou les prix, mais davantage d’inscrire le travail des membres de l’association dans l’histoire du théâtre amateur : «Notre but est de le confronter au festival de Mostaganem, nous leurs parlons de la manifestation, de son histoire, de nos participations (…) Il est aussi nécessaire de leur donner leur chance. Pour la plupart, ce sera une première d’être dans un tel festival.» Une vision que partage également le jeune metteur en scène Yazid Aouati, qui supervise le travail des sept comédiens et des deux techniciens. Il nous déclare à ce titre : «Nous avons participé aux présélections du FNTA et nous avons eu la chance d’être retenus. Pour nous, cette participation est déjà une réussite, une nouvelle expérience.» La troupe de Koléa, qui réunit ainsi sept comédiens, dont trois comédiennes, a déjà une certaine expérience avec plusieurs représentations à Blida, Koléa, ou encore dans le cadre de spectacles organisés par des universités, nous a-t-on expliqué. Yazid Aouati nous précise que les premières préparations en vue du 52e FNTA remontent quant à elles à l’année 2018, en affirmant que «nous travaillions sur cette pièce depuis un an, cela a commencé comme une formation de six mois avec des lycéens (…) En fait pour la plupart nous n’avions aucune expérience de la scène. Ensuite, c’est notre professeur, Youcef Taouint, qui nous a proposé de continuer en se fixant pour objectif de présenter le spectacle face à un public». Quant à la prestation de la troupe, chaleureusement applaudie par le public, il s’agit d’une comédie à caractère social prenant pour cadre un asile psychiatrique où les pensionnaires souffrent plus du caractère du directeur que de leur maladie. Youcef Taouint, notant à propos du texte de la pièce «El-Taiha », que «cette pièce n’est pas difficile à interpréter, c’est ce que je dirais une ‘’pièce de formation’’ qui permet à chaque personnage d’interpréter son rôle de plusieurs manières».

Trente ans d’expérience et de dévouement au quatrième art
Le Mouvement théâtrale de Koléa réuni, pour rappel, sous la forme d’une association, se compose de plusieurs troupes, notamment dédiées au théâtre pour enfants qui sont très souvent à l’affiche de la Maison de la culture de la commune ou en répétition au niveau de la salle de l’APC de Koléa. «Certains jours, nous avons les trois troupes qui répètent dans la même journée. Le MTK est pour moi plus qu’une association. Tout le monde s’entraide, c’est une école de formation, d’autant que le MTK, en 30 ans d’existence a réussi à avoir son propre matériel et surtout nous avons une scène pour les répétitions. Sans cela, nous ne pourrions rien faire», nous précise Yazid Aouati.
Ajoutant que le seul bémol pour la troupe et, plus généralement, pour l’ensemble des comédiens amateurs, c’est le manque d’opportunités de se produire face à un public. En cause, comprend-on, le manque de salles, mais aussi d’une dynamique en faveur de la culture du quatrième art. Le MTK proposait pour sa part une moyenne d’une quinzaine de représentations par an, «c’est un nombre relativement important en comparaison avec d’autres troupes, mais c’est surtout grâce aux festivals que nous organisons par nos propres moyens». La 52e du FNTA se clôture, aujourd’hui, avec la découverte des lauréats qui remporteront les six distinctions, dont le Grand prix qui permettra à la troupe gagnante de bénéficier d’une tournée nationale grâce à une convention avec l’Agence algérienne pour le rayonnement culture (AARC).