Le mouvement de protestation populaire s’est poursuivi, imperturbablement, pour le dixième vendredi d’affilée. Au niveau national, la mobilisation reste stable, les Algériens continuent à exiger le changement alors que le pays semble irrémédiablement entré dans une phase de vulnérabilité chronique.

Les slogans visant certains personnages de l’Etat sont toujours reproduits : «Qu’ils partent tous !» Cette exigence, considérée comme à la limite du nihilisme par certains observateurs, reste impassiblement ressassée par les manifestants. Les affaires de justice qui défraient la chronique depuis des semaines mettant en cause des personnalités bien connues du sérail politique ou de la sphère économique ne semblent pas rassurer outre mesure des manifestants qui veulent plus que des sanctions contre les transgresseurs. L’activation d’anciens dossiers de justice, concernant des personnages intouchables jusque-là, suscite au plus de la curiosité et anime les débats sans convaincre la majorité qui exige toujours un véritable changement. La crise politique reste décidément en attente d’un début de solution. Et le déferlement des affaires de justice aussi spectaculaires soient-elles ne semble pas répondre à cette question lancinante. Jusqu’où ira cette ébullition populaire et comment vont réagir les décideurs pour éviter le dangereux blocage ? La crise est plus que jamais installée en nos murs et les possibilités de sortie de crise ne semblent pas se bousculer au portillon. Il y a une sorte de cacophonie ambiante compliquant une crise qui semble se durcir au fil des semaines. Les acteurs politiques à différents niveaux se doivent de redoubler d’imagination afin de trouver des possibilités de sortie qui pourraient conduire le pays à bon port. L’institution militaire, à travers son chef d’état-major Gaïd Salah, a été de nouveau interpellée durant la marche de vendredi à accompagner le mouvement populaire et aller vers «l’essentiel». Les Algériens qui sortent chaque vendredi exprimer des exigences politiques sont en attente d’une véritable feuille de route. Celle proposée actuellement par le chef d’Etat par intérim Abdelkader Bensalah ne semble visiblement pas agréer grand monde. Les Algériens l’ont exprimé, encore une fois, ce vendredi.

Quels lendemains ?
La crise politique tourne quasiment à un dialogue de sourds entre un mouvement populaire, exigeant le changement et le départ préalable d’un certain nombre de personnes assimilées à « l’ancien système », et une direction de l’Armée, qui semble vouloir une sortie de crise telle que préconisée par la Constitution. L’engagement irrémédiable dans cette option semble avoir davantage bloqué les possibilités de sortie. L’opposition dit toujours appuyer le mouvement populaire, sans proposer d’alternative hardie. Cette incapacité de l’élite à traduire ce mouvement de manifestation populaire en véritable projet d’actions politiques semble inquiéter plus que jamais. Il est un fait. L’organisation d’une élection présidentielle annoncée pour le 4 juillet prochain semble inimaginable dans les conditions de tension actuelles. Les difficultés des représentants du gouvernement et de l’administration publique à activer à Alger ou à l’intérieur du pays sont un symptôme lourd en enseignement. Il y a une véritable requête des Algériens pour qu’on les entende. Comment imaginer une solution rapide, avec un consensus minimal, qui pourrait convaincre la majorité des Algériens ? Il reste pour le moins difficile de prédire l’évolution de la situation dans les semaines à venir tant les portes de sortie de crise semblent irrémédiablement closes. A un vendredi du mois de Ramadan certains commencent à se demander si la mobilisation va continuer avec la même ferveur durant une période où l’Algérien adopte de nouvelles habitudes. Il est un fait, les Algériens ne veulent visiblement pas rentrer chez eux tant que la situation n’aura pas véritablement évoluer. Depuis le 22 février, ils l’expriment de façon résolue.