Depuis les années 1950, le mouvement estudiantin a marqué par sa lutte tous les événements historiques traversés par le pays. Ce mouvement a même constitué « le noyau des révolutions », ont souligné les professeurs Dahou Djerbal et Farid Cherbal, lors de la 53e conférence-débat du Cercle des lumières pour la pensée libre (CLPL), tenue dimanche au siège du Mouvement démocratique et social (MDS) à Alger.

Organisée à l’occasion de la Journée nationale de l’étudiant, cette conférence a eu pour thème « La contribution du mouvement estudiantin autonome algérien aux luttes pour les libertés démocratiques ».
«Sans aucun doute, le mouvement estudiantin est impliqué dans les luttes pour les libertés, l’égalité des sexes, la démocratie et la dénonciation des répressions et ce, depuis les première années de l’indépendance», dira Farid Cherbal, professeur des universités en génétique moléculaire et en génétique du cancer à l’USTHB, Alger, qui s’est exprimé longuement sur le parcours des étudiants depuis l’indépendance à nos jours.
Faisant remarquer que «l’université a toujours été un lieu de débat», le Pr Cherbal soulignera que durant les premières années post-colonisation, la lutte s’inscrivait dans le cadre de «la rupture avec l’université française», avant que n’arrivent «les réformes importantes du secteur de l’enseignement supérieur en 1971», a-t-il ajouté. «Aujourd’hui, nous sommes en présence d’un mouvement estudiantin différent par rapport à ce que nous avons eu l’habitude de voir», relèvera le même intervenant, en référence au rôle que jouent les étudiants depuis le mouvement de contestation populaire.
« Le Hirak des étudiants est un mouvement qui peut faire bouger les rapports de force», a-t-il estimé dans la logique des événements qui caractérisent le pays depuis trois mois et qui voient la communauté universitaire investir la rue chaque mardi pour maintenir la pression des marches populaires du vendredi et des revendications exprimées pour le départ du pouvoir en place. «La mobilisation et le nombre comptent énormément pour maintenir la pression », soutiendra l’universitaire, avant de noter : « Nous avons plus d’un 107 millions étudiants, 48 universités et 107 établissements et centres universitaires et la majorité écrasante des étudiants est mobilisée contre le départ du système. »
Ceci représente un acquis et « ce sont les étudiants qui vont organiser le mouvement populaire et tracer des feuille de route », considère-t-il, non sans se réjouir de l’émergence de leaders étudiants et leur implication dans le Hirak, ainsi que du retour de la mixité dans les protestations. De son côté, l’historien et directeur de la revue NAQD, Dahou Djerbal, a souligné l’existence de divergences et de conflits identitaires et idéologiques entre les étudiants, soit à Alger ou à Paris, et ce depuis le début du mouvement estudiantin algérien dans les années 50.
A cette époque, il y a eu des étudiants qui ont rejoint Ferhat Abbas et d’autres qui ont rejoint l’Association des oulémas algériens. «L’historique du mouvement estudiantin algérien nous montre que celui-ci s’est toujours intégré dans la stratégie du système. Ce qui est tout à fait le contraire, aujourd’hui, ce mouvement cherche à démanteler le système en place », conclura le Pr Djerbal.<