Les lendemains du premier vendredi signant la reprise des marches hebdomadaires du mouvement populaire, qui ne semble pas avoir perdu de ses capacités de mobilisation, n’ont pas été sans poser plusieurs questionnements sur la nécessité ou pas de sa structuration, sur son discours et les interprétations qui l’accompagnent, mais aussi sur ce qu’il peut produire en termes d’offres politiques. Après donc plus de deux ans de contestation populaire, c’est le temps des interrogations.

Le mouvement populaire pour le changement va-t-il se suffire des manifestations de rue de chaque vendredi ? N’est-il pas venu le temps de donner une projection politique à cette mobilisation ? Que faudrait-il faire pour permettre à ce mouvement inédit de se hisser en matière d’organisation et de production du discours à la hauteur des espoirs suscités depuis son avènement il y a plus de deux années ? Passer à une organisation du mouvement est-elle de nature à le préserver maintenant, qu’on parle du risque de le voir subir des infiltrations aux conséquences fâcheuses ? Autant de questions que se posent de plus en plus les Algériens.
Surtout qu’en plus du risque de «folklorisation» des manifestations, des voix acquises au mouvement n’hésitent plus à mettre en garde sur «un glissement» dans les slogans scandés, notamment ceux favorables à l’islamisme politique, mais aussi ceux visant l’institution militaire à qui sont distillés des mots d’ordre hostiles. Le pouvoir recourt-il à la fois à l’épouvantail du terrorisme et à la récupération islamiste ? C’est la question qui a été posée par nos confrères d’El Watan à l’universitaire Nacer Djabi, enseignant de sociologie à la retraite.
«Cette carte est trop vieille, elle est dépassée. Elle est vouée à l’échec, comme c’était le cas par le passé, en dépit du fait qu’elle pourrait freiner, pour un moment, la solution attendue et espérée par les Algériens. La même carte a été expérimentée par le régime durant la première année du Hirak, en jouant sur les points faibles de la société algérienne, au lieu de valoriser ses points forts. Car toute société dispose de forces et de faiblesses», a-t-il souligné.
Mais le discours tenu samedi par le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP) contre les formations politiques du courant dit laïc ne dit pas moins cette «bipolarité» quant à la direction que devrait prendre le mouvement citoyen. Le chef du parti islamiste a exprimé ses «réserves à propos de certaines pratiques constatées lors des manifestations du mouvement populaire» désignant ce qu’il considère comme des «particularismes». Makri a fustigé, à cette occasion, les mots d’ordre scandés par les manifestants citant celui de «pour un Etat civil et non militaire», estimant que derrière la récurrence du slogan, «il y a l’intention de semer le trouble dans le lien armée-peuple».
Pour sa part, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, a renouvelé la mise en garde contre «les lobbies français qui sont derrière les campagnes hystériques ciblant les institutions de l’Etat, en particulier l’Armée nationale populaire (ANP)». Soulignant que «l’Algérie et ses institutions étatiques affrontent constamment ce genre de campagnes par un travail sécuritaire, diplomatique et médiatique pour les contrer», M. Belhimer a estimé que «le peuple algérien, conscient de tout cela, demeure mobilisé autour de ses institutions légitimes et en totale synergie avec ses dirigeants et son armée».