La décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem (El Qods) comme capitale d’Israël continuait, hier, à alimenter les inquiétudes à travers le monde et les mises en garde à l’adresse du président américain, dont les manœuvres en solo dans ce dossier précis constituent une rupture manifeste avec des décennies de diplomatie américaine et internationale.

 

A quelques heures de l’approche du discours, qu’il devait prononcer pour confirmer son projet au profit de l’occupant israélien, Trump a été rappelé à l’ordre par le Pape François qui s’est montré vivement préoccupé par l’attitude du président des Etats-Unis. «Je ne peux taire ma profonde inquiétude», a-t-il déclaré avant d’adresser «un appel vibrant pour que tous s’engagent à respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les résolutions pertinentes de l’ONU». Le pape a exalté «sagesse et prudence» face au risque d’ajouter aux convulsions mondiales. Ville abritant les trois grandes religions monothéistes, Jérusalem (El Qods) est regardée dans toute sa symbolique par le souverain pontife qui s’y était déjà rendu en 2014.
L’Iran a également réagi hier à la décision «historique» de Donald Trump, mais sur un autre ton que celui adopté par le Pape François. Dans un discours prononcé devant de hauts responsables à Téhéran, le président iranien Hassan Rohani a affirmé que son pays «ne tolérerait pas» cette décision qu’il assimile à «une violation des lieux saints musulmans», non sans appeler les musulmans à s’unir face à ce «grand complot». Un peu plus tôt dans la journée, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’était, lui aussi, exprimé et a considéré la décision américaine comme étant un geste désespéré, fruit de l’«incompétence» des Etats-Unis.
Pour sa part, la Syrie a condamné l’attitude du président américain qu’elle juge, elle aussi, de projet «dangereux». «La Syrie condamne dans les termes les plus forts la volonté du président américain de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem (El Qods) occupée et de reconnaître Jérusalem (El Qods) comme capitale de l’occupation israélienne», a indiqué une source au ministère des Affaires étrangères citée par l’agence Sana. «Cette initiative dangereuse de l’administration américaine montre clairement le mépris des Etats-Unis à l’égard de la loi internationale», a jouté la même source, avant de préciser que «le président américain et ses alliés dans la région assumeront la responsabilité d’une telle décision», poursuit-elle.
La Turquie organise un sommet des principaux dirigeants musulmans
Après avoir vivement critiqué, mardi, la décision américaine, la Turquie, en sa qualité de présidente en exercice de l’Organisation de coopération islamique (OCI), va organiser, le 13 décembre à Istanbul, un sommet des dirigeants des principaux pays musulmans. A travers cette initiative, le président turc compte sensibiliser ces dirigeants sur la nécessité d’unifier leurs rangs pour réagir au projet de Donald Trump. «Notre président de la République convoque un sommet extraordinaire de l’Organisation de coopération islamique (OCI) pour permettre aux pays musulmans d’agir de façon unifiée et coordonnée face à ces développements», a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence turque Ibrahim Kalin. Précisant que cette réunion aurait lieu le 13 décembre à Istanbul. M. Kalin a, à l’occasion, appelé l’administration américaine à «revenir immédiatement» sur sa «grave erreur». «Jérusalem (El Qods) est notre honneur, Jérusalem (El Qods) est notre cause commune. Comme l’a dit notre président hier. Jérusalem (El Qods) est notre ligne rouge», a-t-il lancé.
En prévision du sommet auquel il a appelé, M. Erdogan s’est entretenu hier avec les chefs d’Etat ou de gouvernement de la Malaisie, de la Tunisie, de l’Iran, du Qatar, de l’Arabie saoudite, du Pakistan et de l’Indonésie. La veille, il avait déjà affirmé que le statut de Jérusalem était «une ligne rouge» pour les musulmans, évoquant même une possible rupture diplomatique avec Israël si Washington devait reconnaître la ville sainte comme capitale. Cette question devait d’ailleurs être au centre d’entretiens que devait avoir le président turc, hier à Ankara, avec le roi de Jordanie Abdallah II, dont le pays est le gardien des Lieux saints musulmans de Jérusalem.
Ces entretiens se sont d’ailleurs tenus alors que les délégations palestiniennes et jordaniennes à la Ligue arabe demandaient, le même jour, une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères au sujet de la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. La tenue de cette réunion est prévue pour samedi prochain, selon une source diplomatique, suite à une première réunion qui a rassemblé, mardi, les délégués permanents des Etats membres. Selon la demande du représentant de la Palestine, la réunion devrait permettre d’examiner «les actions arabes qui s’imposent au sujet de ce changement affectant le statut juridique et historique de Jérusalem». La demande des délégations jordaniennes et palestiniennes a par ailleurs été appuyée par le Maroc. La Ligue arabe a déjà mis en garde, mardi, les Etats-Unis, contre un déplacement de leur ambassade à Tel-Aviv vers Jérusalem. «Cette décision mettrait fin au rôle des Etats-Unis comme médiateur de confiance entre les Palestiniens et les forces (israéliennes) d’occupation», a prévenu le secrétaire général de cette organisation, Ahmed Aboul Gheit.
L’Organisation des nations unies (ONU) a, quant à elle, fait savoir que le statut de Jérusalem (El Qods) doit faire l’objet de négociations (ONU). «L’avenir de Jérusalem (El Qods) est quelque chose qui doit être négociée entre Palestiniens et Israéliens assis côte à côte dans des négociations directes», a déclaré hier l’envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient, Nickolay Mladenov.